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Depuis deux ans, Biello constate « l’effet Marsch »  

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MONTRÉAL – Mauro Biello nous attend au deuxième étage de l’hôtel du centre-ville où loge l’équipe nationale. Sourire chaleureux, franche poignée de mains. Il fait toujours bon de revoir l’ancien pilote de l’Impact, qui se prépare aujourd’hui à participer à sa deuxième Coupe du monde comme entraîneur-adjoint au sein de la sélection.

Cette interaction en apparence banale ne l’est pas tant que ça. Elle offre en effet un petit aperçu de l’évolution des mentalités qui s’est opérée ces dernières années au sein de l’équipe nationale masculine.

Lorsqu’il la dirigeait, entre 2018 et 2023, John Herdman s’était érigé comme l’unique porte-parole du projet. Sous Jesse Marsch, Biello, comme d’autres, a de nouveau la liberté de partager sa vision et son expertise. Et en discutant avec lui, quelques jours avant que le Canada complète sa préparation contre l’Irlande au Stade Saputo, on comprend un peu mieux comment, justement grâce à ce changement d’entraîneur, l’équipe canadienne a évolué depuis son voyage au Qatar en 2022.

En entrevue, Biello passera une vingtaine de minutes à nous expliquer comment Marsch a « amené l’équipe à un autre niveau » et à « croire qu’on peut être compétitifs contre les grosses équipes. »

Herdman et Marsch ont travaillé dans des contextes différents. Le premier a dû diriger ses hommes à travers un processus de qualification éreintant duquel ils sont sortis galvanisés, affublés du titre de rois de la CONCACAF. Aux commandes d’un groupe qualifié d’emblée en sa qualité de pays hôte, Marsch a dû user de créativité afin de maximiser les plages horaires à sa disposition. Il a bâti un calendrier robuste afin d’exposer ses joueurs à une compétition plus relevée et des environnements intimidants.

L’autre partie du travail était de leur faire comprendre le niveau d’engagement requis pour non seulement faire acte de présence à ces rendez-vous, mais s’y démarquer positivement.

« Notre message, nos attentes, c’est toujours à un certain niveau, explique Biello. On est tough. Si vous posez la question aux joueurs sur comment on les fait travailler quand ils viennent en équipe nationale, ils vont vous dire que c’est intense. Il y a des gars qui me disent comment le niveau est beaucoup plus élevé qu’en club. »

« Ça c’est quelque chose que Jesse a amené. Comparé à John, il a amené cette intensité au plus haut niveau. Quand on s’entraîne, ce n’est pas juste de faire des passes. On bosse. Et vous le voyez sur le terrain, on est une équipe qui pousse. On est agressifs, on pousse. »

Pour convaincre ses gars de se défoncer pour la cause, Marsch aurait simplement pu brandir devant eux la carotte de la Coupe du monde. « Le buy in, c’est toujours un peu plus facile à aller chercher en équipe nationale parce que tout le monde veut sa place, tout le monde veut faire partie de l’équipe », avoue Biello.

Mais Marsch est allé plus loin. Comme, littéralement plus loin.

« Il a voyagé partout en Europe, il est allé voir tous les joueurs. Dans le passé, ça n’arrivait jamais, quelque chose comme ça. Jamais, insiste Biello. Mais il faut bâtir ces relations avec les joueurs pour que quand ça devient dur, ils vont être là pour toi. »

« Les attentes vont être plus élevées »

Après deux ans de travail, la philosophie de Marsch a été encapsulée dans cette phrase qui est devenue le phare de l’équipe canadienne à l’approche du tournoi. « We wanna be the hardest team to beat in the world », dévoile Biello dans la langue du vestiaire. « On veut être l’équipe la plus difficile à battre dans le monde. Alors c’est ça. Imagine les attentes qu’on se met sur nous-mêmes. Je pense que la mentalité des joueurs, c’est très fort présentement. »

Cette ambition décomplexée, croit le Montréalais, permettra aux 26 sélectionnés de mieux relativiser les attentes extérieures, qui peuvent être fédératrices comme elles peuvent être paralysantes. Celles-ci seront dans une autre stratosphère que ce qu’on a connu il y a trois ans et demi au Qatar.

« On le sait, les attentes vont être plus hautes. Ce n’est plus de marquer le premier but [de l’histoire du Canada à la Coupe du monde]. C’est des victoires, c’est passer la phase de groupes et tout ça. »

—  Mauro Biello

« Mais c’est ça aussi pour nous, ce sont nos attentes comme équipe. Nos demandes aux joueurs sont là, elles sont élevées. On veut combattre les bonnes équipes. À la fin, on a préparé l’équipe pour ça. Si on joue contre la France, il faut qu’on aille là pour gagner. On sait que ça va être difficile, mais on commence en premier avec cette mentalité forte. Ce message, il a toujours été constant et cohérent, pour que les joueurs aient quelque chose à quoi s’attacher. »

En 2022, le Canada avait flirté avec la surprise contre la Belgique, mais avait frappé son mur contre la Croatie et le Maroc. La qualité des adversaires y était bien sûr pour quelque chose, mais avec le recul, Biello estime que les Rouges « n’étaient pas encore assez matures pour aller plus loin. »

De cette expérience, les 13 vétérans qui ont transporté le flambeau jusqu’en 2026 auront appris « que les marges d’erreurs sont très minces et qu’il faut être très, très, très concentrés dans tous les aspects du jeu », a retenu Biello.

Et ceux qui n’étaient pas au Qatar en ont eu un aperçu dans la préparation militaire élaborée par Marsch. Son adjoint est convaincu que ça fera une différence contre la Bosnie, le Qatar, la Suisse... et qui sait ensuite?