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Le Canada joue une carte d’une grande équipe

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GUIDE DU RDS.ca | CALENDRIER | STATS | ÉQUIPE CANADIENNE

Pendant des années, le Canada a dû apprendre à participer aux grands tournois.

Contre l’Afrique du Sud, il a appris une autre leçon : les grands tournois se gagnent aussi les mauvais soirs.

Ce 16e de finale à Los Angeles n’a rien d’un chef‑d’œuvre. Pendant plus de 90 minutes, le Canada domine sans tuer le match. Les occasions se succèdent : Jonathan David, Tani Oluwaseyi, Moïse Bombito, Tajon Buchanan. Ronwen Williams, dans le but sud‑africain, repousse tout ce qui bouge. À force, une impression familière s’installe : celle de ce match typique où une équipe canadienne s’épuise, ne concrétise pas, et finit punie pour ne pas avoir transformé sa domination en qualification.

Et puis arrive la 92e minute. Toute la soirée, Stephen Eustáquio a donné le tempo. Il ne lui manquait qu’un geste pour transformer son influence en destin. Quand le centre de Jacob Shaffelburg est renvoyé à l’entrée de la surface, beaucoup auraient frappé en force, à l’aveugle, avec toute la frustration accumulée. Eustáquio, lui, contrôle, ajuste, et frappe comme à l’entraînement : une demi‑volée sèche dans le petit filet.

Eustaquio délivre le Canada dans les arrêts de jeu Stephen Eustaquio brise une égalité de 0-0 dans les arrêts de jeu et envoie le Canada en huitièmes de finale.

Ce n’est pas seulement un geste technique. C’est la matérialisation de tout ce que cette équipe essaye de devenir depuis quatre ans : une sélection capable de garder la tête froide là où elle perdait autrefois les pédales, de transformer la nervosité en lucidité, d’accepter que certains soirs, il faut gagner un match qui vous résiste.

L’entrée d’Alphonso Davies raconte la même chose, à sa manière. Physiquement, il n’est pas le joueur des grandes chevauchées : il trottine plus qu’il ne sprinte, évite les longues courses. Et pourtant, sa simple présence change le paysage. Les défenseurs sud‑africains reculent d’un mètre, ses coéquipiers osent une passe de plus, une ligne se libère. En quelques ballons, sans être décisif au tableau d’affichage, il contribue à déplacer le poids du match du bon côté du terrain. Ce n’est plus le Canada qui s’accroche à son image d’outsider courageux; c’est une équipe qui commence à comprendre ce que fait la présence d’un grand joueur dans un moment serré.

Le plus intéressant, c’est que cette victoire ne gomme pas les défauts. Le Canada a été brouillon dans la finition, parfois imprécis dans la circulation, souvent friable dans les duels. Sur un autre soir, les mêmes ingrédients produisent un nul frustrant et une prolongation piégeuse. C’est précisément pour cela que ce 1–0 vaut plus qu’un huitième de finale en théorie : il prouve que cette sélection est désormais capable de ne pas se faire punir chaque fois qu’elle n’est pas à son meilleur.

On peut le dire autrement : le Canada vient de découvrir une nouvelle compétence, indispensable à toute grande équipe de tournoi. Il savait produire des matchs références, comme contre le Qatar. Il savait dissiper le trac du premier match, comme contre la Bosnie. Il savait parfois rivaliser sans récompense, comme face à la Suisse. Désormais, il sait aussi gagner le match qui lui glissait entre les doigts.

Les grandes équipes ne gagnent pas seulement les beaux matchs. Elles gagnent aussi ceux qu’elles ne maîtrisent jamais vraiment. Pendant longtemps, le Canada regardait ce genre de victoire chez les autres. À Los Angeles, il en a signé une à son tour.

Dans les coupes, on ne demande pas comment. On demande si. À cette question, le Canada répond désormais oui.