Cette semaine, nous avons pris la route vers Kalmar pour entamer la seconde moitié de notre saison. Même si nous avons offert une performance qui se devait d’être plus dominante, Kalmar IF se retrouvant parmi les dernières équipes au classement de notre championnat, nous avons gagné le match par la marque de 2 à 0.

 

J’ai amorcé cette deuxième moitié de saison en récoltant une passe décisive sur centre et un but en une touche dans la boite de réparation.

 

Après le match, j’ai été approchée par un journaliste qui voulait mes commentaires sur notre performance.

 

Il en a aussi profité pour me poser la question suivante : « Tu as joué défenseure centrale et latérale cette saison. As-tu une préférence? »

 

C’est une question que j’ai l’habitude de recevoir, et pas seulement récemment. En 10 ans de soccer à 11, il y a seulement deux positions dans lesquelles je ne me suis jamais alignée: milieu défensif et gardienne de but. Outre ces deux postes, j’ai passé un minimum de deux ans à chacune des autres positions (sauf défenseur central, qui est un rôle assez récent pour moi). Avoir joué plusieurs positions au fil des années a son lot d’avantages, et quelques désavantages, mais néanmoins, cette particularité me permet d’avoir une bonne idée des rôles et demandes liés à chaque position. Voici donc ma perspective sur ces différents postes.

 

Ma première position sur un terrain à 11 a été milieu de terrain offensif. J’y ai joué au cours de mes premières années compétitives, et j’y suis fréquemment retournée au cours de ma carrière. Encore aujourd’hui, il m’arrive de me retrouver au centre du terrain. Quand John Herdman était entraîneur de l’équipe nationale féminine, il faisait souvent référence aux milieux de terrain comme les « quarts arrières » de l’équipe. Une phrase qu’il répétait souvent était « give the QBs the ball ». Ce n’est pas un secret, au soccer, l’équipe qui contrôle le milieu du terrain est souvent l’équipe qui domine le match. Un bon milieu de terrain offensif sait donc contrôler l’espace autour de lui en influençant les joueurs adverses par ses mouvements avec et sans le ballon.

 

Gabrielle CarleCes jours-ci, j’ai de la difficulté à penser à un scénario qui me pousserait à occuper la position d’attaquante centrale. Pourtant, il fut un temps où mon identité de joueuse était bâtie autour de cette position. Lors de mes années en équipes du Québec et dans la ligue élite québécoise (U14 à U16), j’associais ma valeur en tant que joueuse à ma capacité à marquer des buts. N’étant pas l’athlète la plus imposante physiquement, mais possédant une bonne vitesse et une bonne capacité technique, j’adorais recevoir des ballons en profondeur et dribbler près de la boite de réparation adverse. Marquer était une partie tellement importante de mon jeu que lorsque que j’ai été placée à une position plus défensive à l’université, j’ai eu besoin d’une saison complète pour accepter que mon rôle principal n’était plus celui de marqueuse. Encore aujourd’hui, dès que j’ai l’opportunité, j’aime me porter vers l’avant pour contribuer aux buts de mon équipe.

 

En 2013, j’ai reçu ma première invitation en équipe nationale, avec les U17. J’ai été recrutée en tant qu’attaquante centrale, mais après seulement quelques jours de camp d’entrainement, j’ai été transférée à l’aile. Jusqu’à ce point, j’avais toujours été une joueuse d’axe, l’aile m’était plutôt inconnue. Sans surprise, j’y ai découvert une perspective du terrain complètement différente. Le jeu d’un ailier est plus linéaire que celui d’un joueur de centre, qui peut se déplacer sur tous les angles. Avec la ligne de touche si près, les options de jeu sont réduites, ce qui en même temps d’ajouter une certaine simplicité au jeu d’un ailier, accroit également le niveau de difficulté, les portes de sorties d’une situation difficile étant moindres. Malgré les différences, j’ai rapidement pris gout à cette position, cette dernière m'offrant beaucoup d’opportunités pour les duels 1 contre 1 et les courses en profondeur.

 

À une semaine du début de ma 1re saison universitaire, en 2017, notre défenseure latérale gauche s’est déchiré le ligament croisé antérieur du genou. Mon entraîneur m’a alors demandé de jouer les premiers matchs de la saison à la gauche de notre ligne défensive, le temps qu’il trouve une solution permanente. Cinq saisons plus tard et toujours défenseure latérale, il semble que j’étais sa solution permanente. Initialement, c’était un rôle qui ne m’intéressait pas du tout, qui me faisait même peur. Si près du but, une erreur peut coûter cher. J’ai par contre rapidement découvert que cette position avait beaucoup plus à m’offrir qu’une peur de faire des erreurs. La perspective d’un défenseur latéral est similaire à celle d’un attaquant latéral, sauf qu’un défenseur latéral se retrouve beaucoup plus souvent face au jeu, lui offrant une vision plus complète du terrain. C’est un poste où il est possible de faire la différence tant défensivement qu’offensivement, et après très peu de temps, j’ai réalisé que j’appréciais autant le rôle défensif qu’offensif.

 

En arrivant en Suède, j’étais convaincue que mes jours passés à jouer à la chaise musicale version « positions sur le terrain » étaient derrière moi. Puis, après seulement trois matchs de saison régulière, Beta m’a demandé si j’accepterais de temporairement jouer au centre de notre ligne défensive pour y ajouter de la vitesse. Lors de mon premier match à cette position, je me sentais un peu comme une funambule sans filet. Un tout petit mauvais pas, une déviation malchanceuse, et le ballon se retrouve au fond de notre filet. Par contre, comme c’est le cas pour le rôle de défenseur latéral, c’est le risque qui vient avec cette position, mais ce n’est pas ce qui la définit. Au centre de la ligne défensive, j’ai une vision claire du terrain. Offensivement, je peux contrôler le rythme du jeu, et défensivement, je peux anticiper les opportunités adverses et interrompre leurs chances de marquer.

 

Pour répondre à la question du journaliste, ma préférence est simplement de me retrouver sur le terrain. Il y a multiples façons de jouer un même poste, et j’aime bien l’idée de pouvoir me retrouver à différentes positions sur le terrain et d’y amener mes propres attributs. Le jour où je me retrouverai gardienne de but, par contre, mon discours ne sera certainement pas le même!