« La santé des femmes, c’est un angle mort dans le sport », lance rapidement Bianca Dancose-Giambattisto, physiothérapeute en santé pelvienne et fondatrice de Femmes dans le sport, lors de son entretien avec Sportcom.
Cela inclut la santé menstruelle et du plancher pelvien, mise de l’avant par l’ancienne gymnaste durant la campagne Parlons-Sang, lancée au cours des derniers mois. Elle souhaitait alors sensibiliser le milieu sportif aux enjeux de santé féminine. Sophiane Méthot, médaillée de bronze des Jeux olympiques de Paris et l’une des porte-paroles de la campagne, a accepté de raconter sa relation avec la santé féminine dans son sport.
« Je me fais pipi dessus chaque jour, c’est quelque chose de très, très normal. On en parle et on en rit », avoue la trampoliniste. Quand j’étais plus jeune, je devais parfois changer jusqu’à trois fois de maillot par jour. La première fois que j’ai eu des fuites urinaires, j’avais 10 ans, j’étais avec un entraîneur masculin et j’étais trop gênée d’en parler, donc j’endurais le tout. »
La physiothérapeute mentionne que Méthot n’est évidemment pas la seule athlète à vivre avec ce genre de situation, particulièrement dans les sports où les impacts sont grands, comme c’est le cas en trampoline. Les fuites urinaires ne sont qu’un exemple parmi les dysfonctions pelviennes qui peuvent affecter les athlètes. Les descentes d’organes, donc des lourdeurs et des bombements dans la zone du périnée, en représentent un autre.
Le plancher pelvien est formé des muscles à la base du bassin, qui s’attachent au niveau de la symphyse pubienne et au sacrum. Il aide également à retenir les urines et les selles tout en soutenant les organes, le bassin, le bas du dos et les hanches.
« C’est tabou de parler du plancher pelvien dans le sport. Il y a plein de gens qui ne réalisent pas que ça pourrait avoir un impact sur leur pratique sportive », affirme Dancose-Giambattisto. On peut aussi voir des douleurs pelviennes au niveau du périnée, souvent chez les cyclistes, comme elles sont assises sur une selle de vélo pendant une très longue durée. Ou encore, des douleurs lombaires ou dans le bas du ventre causées par le plancher pelvien. »
« Pratiquement toutes les athlètes vivent avec ces enjeux »
Sophiane Méthot ne le cache pas : les fuites urinaires sont extrêmement présentes dans son sport. Elle se dit toutefois privilégiée d’évoluer dans un milieu sensibilisé à ce sujet, auprès de son entraîneure Karina Kosko, qui prône les échanges avec ses athlètes en lien avec la santé féminine.
« En trampoline, on a énormément d’impacts au fond de la toile et ça mène souvent à des fuites urinaires, c’est quelque chose qui est extrêmement commun. Pratiquement toutes les athlètes vivent avec ces enjeux. Ce n’est pas rare que je doive arrêter de m’entraîner pour courir aux toilettes ou que je doive changer de maillot pendant mon entraînement. »
La physiothérapie périnéale existe justement pour les athlètes qui souffrent de ces symptômes. Sophiane Méthot a d’ailleurs bénéficié de ces services au cours de sa carrière et a vu de grandes améliorations.
« Avec le temps et avec l’aide de spécialistes, j’ai appris à mieux gérer ces situations grâce aux exercices pour renforcer mon plancher pelvien », dit l’olympienne de 27 ans.
« En physiothérapie, on peut faire une réadaptation comme pour n’importe quelle autre partie du corps. Si on a des fuites urinaires, il y a des exercices à faire pour entraîner les muscles du plancher pelvien. On peut aussi faire des interventions manuelles au plancher pelvien. Ce qu’on fait beaucoup avec les athlètes, c’est apprendre à gérer la pression dans l’abdomen et bien activer la musculature profonde afin de limiter les douleurs et, ultimement, améliorer les performances athlétiques », explique Bianca Dancose-Giambattisto.
La fondatrice de Femmes dans le sport estime finalement que la campagne Parlons-Sang a été un véritable succès dans le milieu sportif québécois, notamment grâce au défi d’équité menstruelle qui a été relevé par une trentaine d’organismes au cours des derniers mois.
L’objectif de sensibilisation afin de démystifier la santé féminine a également fait partie de la campagne par le biais d’outils éducatifs, créés en collaboration avec l’Institut national du sport du Québec et Égale Action.
« Il y a énormément d’athlètes qui vivent avec des troubles du cycle menstruel ou d’autres enjeux liés à la santé féminine et qui ne savent même pas ce qui est normal ou non. On a créé ces outils avec des athlètes qui ont partagé leur histoire et qui ont pris la parole au nom de toutes les athlètes féminines sur ce qu’elles considéraient comme pertinent d’y retrouver. Je pense que ça permet de briser le silence et c’était vraiment notre objectif majeur », conclut Dancose-Giambattisto.





