Des dizaines de travailleuses du sexe se sont rassemblées samedi à Montréal pour protester contre le cadre légal qui entoure leurs activités et déclarent faire grève à l’occasion du Grand Prix de Formule 1 du Canada, organisé cette fin de semaine.
Avec cette manifestation revendiquée comme une première au Québec, « on fait l’histoire », affirme à l’AFP Ella, une manifestante au visage caché et qui préfère rester anonyme, parmi les quelque 200 personnes rassemblées sur une place d’un quartier de Montréal où sont implantés de nombreux clubs de strip-tease.
Ces travailleuses du sexe dénoncent « un modèle de criminalisation partielle » de leurs activités, explique Melina May, cofondatrice au Comité autonome du travail du sexe (CATS) et elle-même travailleuse du sexe.
Au Canada, s’il est légal de vendre des services sexuels, leur achat reste passible de sanctions pénales. C’est ce que dénoncent les manifestants, qui souhaitent abolir cette interdiction afin d’obtenir un cadre légal clair, davantage susceptible d’assurer la sécurité des travailleurs du sexe.
Elles ont décidé d’organiser cette action lors de la fin de semaine du Grand Prix du Canada de F1, « très profitable pour les patrons » selon Melina May.
Alors que les clients affluent à Montréal, les travailleurs du sexe espèrent accroitre la résonance de leur initiative en choisissant de faire la grève et de ne pas se présenter sur leurs lieux de travail, malgré les menaces de représailles de patrons.
Les manifestants demandent aussi l’abolition d’une pratique consistant, pour les clubs de streap-tease et autres établissements de ce type, à faire payer aux travailleurs du sexe le droit d’approcher leurs clients.
« On ne veut plus avoir à payer pour travailler », souligne Adore Golman, militante au sein du CATS et travailleuse du sexe de 30 ans. Ces frais sont même souvent plus élevés pendant la fin de semaine de F1, contraignant les danseuses à débourser jusqu’à 150 $ canadiens.
Cette manifestation inédite, où résonnaient les notes d’un orchestre improvisé, vise aussi à dénoncer les jugements qui pèsent toujours sur ces travailleurs du sexe.
Une des pancartes est écrit non à la putophobie, décrite comme la peur des prostituées. « On subit beaucoup de stigmatisation », ajoute Ella.




