MONTRÉAL – Nick Kyrgios racontait mardi soir que sa confiance et sa motivation à gagner ont rarement été aussi élevées qu’elles le sont présentement, dix ans après son entrée chez les professionnels.

 

Moins de 24 heures plus tard, alors qu’il disputait un 8e match en l’espace de dix jours, il avait l’occasion de confirmer ses ambitions à l’Omnium Banque Nationale de Montréal.

 

Porté par le bruyant soutien d’une foule montréalaise rangée derrière lui malgré sa réputation de « bad boy », Kyrgios a comblé un retard d’une manche pour s’imposer par le score de 6-7 (7/2), 6-4, 6-2 sur le no 1 mondial Daniil Medvedev,

 

Kyrgios surprend Medvedev au 2e tour

Il signait ainsi une 16e victoire d’affilée (matchs de simple et de double combinés) depuis sa défaite en finale de Wimbledon contre Novak Djokovic.

 

C’était aussi son 3e triomphe aux dépens de Medvedev à leur 4e confrontation, après deux gains acquis durant l’excellente saison 2019 du Russe.

 

« Ç’a été une dure bataille, a-t-il dit modestement en point de presse d’après-match. Je n’ai pas abordé ce match en me disant que je m’en allais affronter le no 1 au monde. Je devais arriver sur le terrain avec un style de jeu qui allait l’empêcher de prendre trop de rythme. J’ai fait l’enchaînement service-volée pratiquement à chaque point. Je fais ces deux choses très bien en ce moment, alors ça m'apparaissait comme une bonne manière de brouiller les cartes. »

 

« Ce n’est qu’un match toutefois. C’est ça l’affaire avec le tennis. Ce n’est pas comme si cette victoire allait me faire monter dans le top-10 ou quelque chose du genre. Je dois être prêt pour mon prochain défi », a-t-il sagement enchaîné.

 

Après un bris d’égalité désastreux de la part du 37e joueur au monde – il venait précédemment de louper deux balles de manche à 5-4 sur le service de son rival –, on ne voyait pas un Kyrgios aussi sage, et on aurait pu être tenté de croire que sa séquence irrésistible touchait à sa fin.

 

Multipliant les fautes directes à un moment des plus inopportuns, il s’est mis à gesticuler en direction de son box, tandis que le tenant du titre en profitait pour raffermir son emprise.

 

Frustré de son effondrement soudain, Kyrgios a expédié de toutes ses forces, à 1-6 dans le bris d’égalité, une balle bien au-delà du troisième balcon du court central. Ce geste, qui n’est pas nécessairement inhabituel de sa part, lui a valu un avertissement de l’arbitre française Aurélie Tourte.

 

« J’étais là tout le long dans ce premier set. Il a réussi deux magnifiques services pour s’en sortir (à 4-5). Mon sentiment était que je méritais de le remporter. Lorsque je suis retourné à ma chaise, je me suis dit de jouer sans pression. J’ai pris plus de risques en retour. Ça m’a pris de briser tôt et de m’emparer du momentum. À partir de là, tout s’est mis en place. Je dirais que je n’ai jamais dans ma carrière aussi bien joué les points cruciaux que maintenant. »

 

Beaucoup plus zen par la suite

 

Après cet accès de colère, le portait devenait limpide : les chances de l’Australien de remonter la pente, ou à tout le moins de faire douter Medvedev, allaient dépendre de sa capacité à changer son langage corporel empreint de défaitisme.

 

« Je réagis comme je veux bien réagir, a dit Kyrgios à ce sujet. La foule a le droit d’apprécier ou non, mais vous remarquerez que le stade était rempli à pleine capacité, encore. »

 

Le premier signe encourageant n’a pas tardé à venir, alors que le favori de la foule a enregistré le premier bris de la rencontre dès l’entame du second set. Quelques instants plus tard, il confirmait qu’il ne devait pas encore être pris pour battu en s’extirpant d’une délicate situation de 0-30.

 

C’est ainsi que Kyrgios, qui s’était montré parfait au service lors de son triomphe à Washington la semaine dernière – ses six adversaires n’ont totalisé que dix opportunités de le briser, et n’en ont converti aucune – a pu remettre les compteurs à zéro, forçant la présentation d’une manche ultime.

 

Le vent venait bel et bien de tourner dans le match, surtout que Medvedev n’avait rien fait de spécial dans la première heure et demie de jeu.

 

Les enjeux étaient pourtant particulièrement élevés pour le monarque de l’ATP, qui espérait défendre les 1000 points empochés l’année dernière, à Toronto.

 

À l’inverse, il a plutôt ouvert la porte à ce que l’infatigable Rafael Nadal – absent de dernière minute cette semaine à Montréal – lui reprenne sa couronne le mois prochain, à l’US Open.

 

Refusant de se défiler, Medvedev a admis que ce revers était « difficile à prendre pour le moment ».

 

« Quand tu perds, ce n’est jamais la joie, et ce n’est pas bon pour la confiance. C’est certain que les deux ou trois prochains jours, ce ne sera pas si facile de retourner à l’entraînement, sachant qu’à Montréal, certains se battent encore pour les 1000 points et le titre Masters. »

 

« Nick a très bien joué, a-t-il reconnu. La chose qui m’a nui, c’est d’avoir eu à l’affronter si tôt dans la compétition, car il est en excellente forme. Il est l’un des dix ou 15 meilleurs, alors bientôt il sera un joueur classé. Cela dit, ça ne veut pas dire que je l’aurais battu plus tard dans la semaine. C’est vraiment dommage pour moi de perdre ce match. Je dois maintenant me tourner vers Cincinnati et essayer de bien faire là-bas. »

 

Malgré les efforts du Russe pour colmater les brèches dans la dernière manche, Kyrgios, assurément l’un des serveurs les plus élégants à voir à l’œuvre, alliant esthétisme et puissance, était tout simplement intouchable.

  

Plus fort mentalement que lors des années passées, ce dernier a mis la touche à une victoire qu’il n’a pas volée après exactement 2 heures de jeu, prenant rendez-vous en ronde des 16 avec son compatriote et bon ami Alex de Minaur, tombeur de Denis Shapovalov au 1er tour.

 

« Je dirais que physiquement, personne ne doit se sentir frais à ce point-ci du calendrier. On a tous nos blessures ou nos inconforts physiques. Personnellement, je le ressens à mon réveil, je suis un peu plus fatigué et mes échauffements durent moins longtemps. (...) C’est énorme pour moi d’avoir mon physio près de moi en tout temps, une chose que la COVID rendait impossible l’an dernier », a-t-il conclu à l’égard de la charge de travail qui accompagne sa récente percée.

 

Alcaraz a « mal géré la pression »

 

Pour amorcer le programme de la journée au Stade IGA, l’Américain Tommy Paul a causé une première surprise de taille, faisant fi lui aussi d’un retard d’une manche pour renverser la jeune sensation espagnole Carlos Alcaraz, propulsé au statut de 2e favori en raison des forfaits de Nadal et Alexander Zverev.

 

C’était la première fois de sa jeune carrière, à sa 101e rencontre sur le circuit ATP, qu’Alcaraz subissait la défaite après qu’il se soit procuré une balle de match. Paul a réussi à calmer le jeu avant de remporter la seconde manche 7-6.

 

On croyait ensuite qu’Alcaraz l’avait lui-même échappé belle en fin de 3e set lorsqu’il a survécu à quatre balles de match concédées à Paul.

 

Mais après 3 heures 20 minutes de tennis de haute voltige, c’est le joueur non-classé qui a fini par avoir le dessus, signant sa 3e victoire du calendrier 2022 face à un joueur du top-10 mondial.

 

« Je pourrais dire que c’est la première fois que je n’ai pas été capable de gérer la pression, celle d’être le 2e favori du tournoi, a admis le surdoué de 19 ans. Tout ce que je peux dire, c’est que je dois être mieux préparé à faire face à cette pression. »

 

Alcaraz a par ailleurs admis que sa première présence à vie sur les courts montréalais a demandé un ajustement, ce qui n’a pas servi sa cause.

 

« J’ai toujours cru que le premier match d’un tournoi sur une surface avec laquelle on n’est pas familier n’est pas facile. »

 

Bon joueur, l’Espagnol a néanmoins salué la belle prestation de son rival, qui n’a jamais lâché le morceau.

 

« Tommy a très bien joué et retourné, a-t-il noté. De mon côté, ç’a été quelque peu une bataille contre moi-même. J’ai raté des moments importants. Je n’ai pas vraiment été en mesure d’afficher mon meilleur niveau. »

 

« Je crois que je l’ai eu à son premier match du calendrier sur surface dure. Disons que si j’ai à l’affronter de nouveau, j’espère qu’il n’aura pas eu le temps d’en jouer trop d’autres! », a quant à lui blagué Paul à sa sortie du court, alors qu’il prépare son duel de 8es de finale face au Croate Marin Cilic.