Après avoir souligné ces dernières semaines les héritages sportif et culturel laissés par les Jeux olympiques, en 1976, Montréal fête ces jours-ci un autre anniversaire important : celui de l’obtention du bureau principal de l’Agence mondiale antidopage (AMA), le 21 août 2001.
Ce sont aujourd’hui environ 140 employés qui s’activent dans les locaux situés dans la tour de la Bourse, au centre-ville de la métropole. Et même si la mission a grandement évolué au fil du temps, elle reste fondamentalement la même : c’est-à-dire harmoniser et normaliser les méthodes de détection et de lutte contre le dopage dans le sport à l’échelle planétaire.
« Nous travaillons essentiellement avec le Comité international olympique (CIO) et les gouvernements du monde entier afin de garantir une lutte antidopage coordonnée et cohérente », a expliqué le directeur de l’exploitation de l’AMA, Stuart Kemp, au cours d’une longue entrevue par visioconférence avec RDS.ca effectuée un peu plus tôt cette semaine.
« Ainsi, que vous soyez un joueur de hockey sur glace canadien ou un joueur de rugby kenyan, vous êtes soumis aux mêmes règles, vous devez respecter la même liste de substances interdites, vous recevez la même formation sur vos droits et responsabilités, et, surtout, la procédure disciplinaire sera identique en cas de contrôle positif », a-t-il continué.
« Il s’agit donc d’un travail très complexe, qui implique de l’éducation, du travail juridique, de la recherche scientifique et ainsi de suite. Le rôle principal de l’AMA est de rassembler toutes ces disciplines dans un ensemble cohérent de règles : à savoir le code mondial antidopage, qui est accepté par toutes les fédérations sportives internationales et qui est ensuite mis en œuvre par les gouvernements du monde entier, grâce au développement d’organisations nationales d’antidopage, comme celle que nous avons ici au Canada. »
Montréal et le Canada ont souvent été à l’avant-garde dans la lutte antidopage. C’est notamment pendant les Jeux de 1976 qu’ont été mis en place les premiers contrôles systématiques pour les stéroïdes anabolisants avec la création d’un laboratoire certifié, qui a, entre autres, permis d’épingler sept haltérophiles, dont trois qui ont perdu leur médaille.
Puis, c’est à la suite du scandale de Ben Johnson aux Jeux de Séoul, en 1988, et la création de la Commission d’enquête Dubin, en 1989, que le pays a revu ses politiques antidopage en mettant sur pied une organisation régulatrice indépendante des fédérations sportives.
À l’échelle mondiale, ce n’est cependant qu’à la fin des années 1990 qu’il y a eu une réelle volonté de coordonner les efforts. À l’époque, en 1998, précisément, le Tour de France était secoué par l’« affaire Festina », du nom de l’équipe cycliste mêlée à un scandale de dopage.
« C’est à ce moment-là qu’il a été véritablement reconnu qu’un sport comme le cyclisme, ou n’importe quel autre d’ailleurs, ne pouvait pas résoudre à lui seul le problème du dopage dans le sport. Il fallait un effort coordonné impliquant le mouvement sportif et les gouvernements du monde entier, avec un engagement tant financier que sur le plan de la coordination, car les athlètes voyagent constamment à travers le monde, a rappelé Kemp.
« De la même manière que pour la lutte contre la criminalité internationale, aucun pays ni aucune organisation ne peut y parvenir seul. Un partenariat est indispensable et c’est pourquoi les gouvernements du monde et le CIO se sont réunis et ont décidé de créer un organisme indépendant pour coordonner la lutte contre le dopage dans le sport : l’AMA. »
Fondée à la suite de la Déclaration de Lausanne sur le dopage dans le sport, en 1999, l’AMA s’est d’abord temporairement installée en Suisse avant de déménager son bureau principal à Montréal, après un vote extrêmement serré que Montréal a gagné 17-15 contre Lausanne.
En plus des deux villes susmentionnées, Bonn, en Allemagne, Stockholm, en Suède, et Vienne, en Autriche, étaient également dans la course. Ancienne ville olympique et pionnière dans la lutte antidopage, Montréal faisait partie des favorites, et c’est ultimement l’implication du secrétaire d’État au sport amateur, Denis Coderre, qui a fait la différence.
« La candidature était très attrayante. Montréal possède une riche histoire sportive. C’est une ville olympique. C’est une ville très internationale. C’est également une ville avec de nombreux instituts de recherche, où la population est très instruite, a mentionné Kemp.
« Il y avait de nombreuses bonnes raisons pour que l’AMA soit accueillie ici (une aide financière de 18 millions $ sur 10 ans, rapportaient les journaux de l’époque, NDLR) et cela a été un immense succès. Non seulement nous sommes venus initialement à Montréal, mais nous avons renouvelé cet accord. Nous n’avons donc jamais regretté ce choix depuis. »
Pour l’heure, le bureau principal de l’AMA demeurera à Montréal jusqu’à la fin de 2031 et ce ne sont pas les défis qui manqueront d’ici là. Le recours à l’intelligence artificielle pourrait notamment aider les scientifiques dans leurs recherches afin de garantir la fiabilité des tests et, surtout, du système pour qu’il reste fondamentalement juste et équitable envers les athlètes.
Kemp est ironiquement assez bien placé pour en parler, puisque son père, Nigel Kemp, était l’entraîneur de la nageuse Nancy Garapick. En 1976, la Néo-Écossaise a remporté deux médailles de bronze au 100 et 200 mètres dos, étant chaque fois devancée par des rivales est-allemandes, qui étaient au cœur d’un système de dopage d’État à très grande échelle.





