Après les Championnats du monde de canoë-kayak de vitesse en août dernier, Sophia Jensen avait décrit la saison qu’elle venait de vivre comme « la plus difficile mentalement de sa carrière ». Elle savait qu’un changement était nécessaire pour continuer de s’épanouir dans son sport.
L’athlète de 24 ans est passée de la parole aux actes durant la saison morte en prenant une importante décision : celle de quitter l’entourage de l’équipe nationale. Jensen représentera toujours le Canada sur la scène internationale, mais s’entraînera exclusivement avec le programme provincial au cours de la prochaine saison.
« J’ai pris un pas de recul pour me permettre de revenir à la base et un peu me rappeler pourquoi j’aime autant ce sport. J’avais absolument besoin d’un changement d’environnement et je voulais faire les choses à ma manière pour l’avenir. Je suis excitée pour ce qui s’en vient. J’ai hâte de voir ce que je serai capable d’accomplir en me mettant en priorité », a raconté Sophia Jensen, en entrevue avec Sportcom.
« Ce n’est que du positif jusqu’à maintenant. Je me sens bien, physiquement, mais aussi mentalement. L’Équipe du Québec a toujours été derrière moi pour me soutenir et m’encourager, et c’est réellement tout ce dont j’ai besoin pour avoir confiance en moi en tant qu’athlète : quelqu’un qui croit en moi », a-t-elle ajouté.
Sur le plan sportif, cette décision semble déjà porter ses fruits. Jensen a remporté l’épreuve du C1 200 m aux essais de l’équipe nationale de vitesse à Chula Vista, en Californie, au début du mois, en plus de se classer deuxième du C1 500 m, à seulement 21 centièmes de l’Ontarienne Katie Vincent, championne du monde sur la distance en 2023.
« Ça s’est tellement bien passé ! Je n’avais pas vraiment d’attente pour cette première compétition de la saison et je voulais simplement appliquer tout ce que j’avais appris à l’entraînement au cours des derniers mois. Je ne ressentais pas de pression, pas de stress et je me suis vraiment amusée. »
Ce qui compte le plus à ses yeux, c’est justement d’avoir retrouvé le plaisir de pratiquer son sport, ce qu’elle avait quelque peu perdu au cours des dernières années où les objectifs de résultat avaient pris énormément le dessus.
« Cette année, je veux retrouver mon amour pour le canoë. Au cours des dernières saisons, j’avais moins de plaisir pendant les compétitions, je n’étais pas toujours assez motivée et j’étais souvent fatiguée. Je ne veux pas que ce soit comme ça cette année, je veux être excitée chaque fois que je serai sur la ligne de départ. Au niveau des résultats, il arrivera ce qui arrivera, je ferai de mon mieux chaque fois. »
Entraîneure de Jensen au Club Cascades, Karen Lukanovich voit elle aussi déjà les effets positifs de la décision de la Québécoise.
« Ensemble, on a décidé de prioriser ce qui lui permettra de s’épanouir sur l’eau. Les résultats se font d’ailleurs déjà sentir avec ses belles courses aux essais, il y a quelques semaines. On a un excellent groupe qui l’encadre au quotidien. Ce n’était pas une décision facile, mais on est excités de l’avoir avec nous et de la voir aussi heureuse », a mentionné l’entraîneure.
Un couteau à double tranchant
En revenant avec l’Équipe du Québec, Sophia Jensen devra toutefois renoncer aux épreuves par équipe pour la prochaine saison de Coupe du monde. Un constat difficile à accepter, mais qui était vraiment nécessaire à ses yeux.
« J’adore les épreuves par équipe, c’est toujours plaisant de préparer des stratégies avec des coéquipières et travailler en équipe vers un but commun. C’est peut-être ce qui me faisait le plus peur en effectuant mon retour avec l’Équipe du Québec, ç’a pesé dans la balance, mais ce n’était pas suffisant pour me faire changer d’idée », a-t-elle expliqué.
Au contraire, son retour avec l’Équipe du Québec pourra bénéficier aux jeunes athlètes de canoë-kayak qui souhaitent s’élancer en Coupe du monde au cours des prochaines années. S’entraîner avec une olympienne comme Sophia Jensen au quotidien pourrait en inspirer plusieurs.
D’ailleurs, certaines comme Elizabeth Desrosiers-McArthur et Amélie Laliberté sont tout près de cet objectif et pourraient devenir des partenaires intéressantes pour Jensen en vue des épreuves par équipe.
« Les jeunes sont plus rapides que ce à quoi je m’attendais. Elles me poussent à me dépasser sans arrêt ! Elles travaillent fort et, honnêtement, même pour moi, c’est inspirant de les voir. J’espère pouvoir les motiver en retour pour qu’elles puissent elles aussi atteindre leurs plus grands objectifs. Si je peux avoir le rôle de grande sœur avec certaines, ça me fait extrêmement plaisir. »
« C’est excellent pour le développement de nos jeunes athlètes. Elles ont la chance de voir ce que ça prend pour devenir l’une des meilleures au monde. Je crois que Sophia aime ce rôle, elle répond aux questions et, sans vouloir trop s’imposer, permet d’aider notre groupe d’entraîneurs, mais oui, c’est une opportunité en or pour nos jeunes athlètes », a poursuivi Karen Lukanovich.
La première Coupe du monde de la saison se tiendra du 8 au 10 mai à Szeged, en Hongrie, et sera déjà déterminante pour les Championnats du monde en fin de saison. En juillet, Jensen aura la chance de pagayer pour une première fois en Coupe du monde à Montréal alors que le circuit s’arrêtera au bassin de l’Île Notre-Dame du 9 au 12 juillet.
« J’ai tellement, tellement hâte. Ce sera tellement incroyable, j’en suis certaine. Les compétitions à Montréal sont souvent chaotiques à plusieurs niveaux, mais ça rend le tout plus spécial. C’est le moment que j’attends avec le plus d’impatience cette saison », a conclu Jensen.





