Marilou Duvernay-Tardif n’a rien laissé paraître de son absence de plus d’un an en Coupe du monde d’aviron. Dimanche, à l’étape de Séville, en Espagne, elle et ses coéquipières du quatre de couple se sont classées au quatrième rang.
Duvernay-Tardif a fait équipe avec Caroline de Paiva, Kristen Siermachesky et Katie Clark pour l’occasion. Retrouver sa place dans une finale de Coupe du monde était aussi la confirmation que la rameuse de 27 ans avait fait les bons choix de vie et que son entraîneur Tim Morris avait eu raison de lui faire confiance. L’an dernier, lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle voulait faire un voyage de voile de quatre mois sur le bateau familial Yamé, entre Gaspé à l’Alaska, où l’équipage allait naviguer dans le passage du Nord-Ouest, Morris lui avait donné le feu vert.
En juin 2025, avant de prendre le large, Duvernay-Tardif avait mentionné ceci en entrevue à Sportcom :
« C’est vraiment spécial parce que ce sera le premier été en huit ans où je ne ferai aucune course d’aviron sur la scène internationale. J’ai parlé avec Aviron Canada pour avoir un plan d’entraînement, j’aurai d’ailleurs un rameur à bord. Je veux être prête à mon retour avec l’équipe nationale à l’automne. »
Un an plus tard, elle a tenu parole.
« Chaque printemps, il faut refaire sa place dans les équipages (de l’équipe canadienne) et il n’y a jamais de garanties de courser. Et ça, je le savais. En prenant un été complet à l’extérieur des compétitions, c’est sûr que c’était un stress ajouté », a relevé l’athlète en entrevue dimanche dernier. « Prendre une année off a été la meilleure décision que j’ai pu prendre dans ma vie d’athlète. »
Équipière dans un nouveau rôle
Après près de dix ans à ramer au haut niveau, l’athlète sentait que son corps avait besoin de repos, même si son périple en mer était loin d’être des vacances. Se réveiller à toutes les trois heures pour aller monter la garde sur le pont, une météo froide et changeante, des conditions sanitaires de base, en plus de la promiscuité constante entre les membres de l’équipage : ce sont tous des éléments qui ont rendu ces quatre mois « très exigeants», tant aux plans émotif que physique.
De juin à octobre, Marilou Duvernay-Tardif était encore équipière, mais cette fois en compagnie de son père François, de sa sœur Delphine et de Nicolas, un ami de la famille. Son rôle n’était plus de faire avancer un bateau à reculons à une cadence élevée; elle devait maintenant surveiller les glaces et faire des résumés vidéo de leur périple dans les médias sociaux.
Entre les différentes tâches quotidiennes de la vie marine, elle a tout de même trouvé du temps pour s’entraîner sur un ergomètre qu’elle installait sur le pont du bateau de 42 pieds construit par son père.
« Ce sont des expériences de vie qui peuvent m’apporter des choses dans le sport. C’était important pour moi de vivre ça et de ne pas passer à côté de cette occasion qui se présente une fois dans une vie. Et aussi, de faire ça avec des membres de ma famille, ç’a été important. Je vis dans l’Ouest canadien depuis six ans et je ne les vois pas beaucoup.»
Lorsqu’elle a repris l’entraînement en octobre, son plan était d’y aller une étape à la fois et de faire confiance au fameux processus, qui guide bien des athlètes, peu importe leur sport. Pas question pour elle de mettre les bouchées doubles. Favoriser sa récupération était un élément clé afin de retrouver sa place dans l’équipe nationale.
« Revenir à l’entraînement à gros volume, ç’aurait pu être un risque de surentraînement et de blessure. Je me suis assurée d’être le moins malade possible et une fois au premier test de VO2Max, en décembre, ç’a été le plus haut de ma vie après juste deux mois d’entraînement ! Ça prouve à quel point l’équilibre, c’est important dans le sport de haut niveau et à quel point notre corps n’est pas une machine. Il a besoin de récupérer lui aussi. »
Marilou Duvernay-Tardif et ses coéquipières sont déjà de retour au centre national d’entraînement de Victoria où auront bientôt lieu les courses de sélection en vue des Championnats du monde.
« Avoir vécu cette aventure-là me donne une meilleure perspective sur la vie d’athlète. »






