COLLABORATION SPÉCIALE
Donald « Don » King a eu 94 ans mercredi, le 20 août. Il n'est plus très actif, mais il n'a certes pas perdu ses instincts de bagarreur.
King a organisé son premier gala de boxe à l'aréna de Cleveland en Ohio, le 28 aout 1972. Ça va faire 53 ans, ce qui correspond approximativement à la date de ma première session au CEGEP de Sherbrooke.
À sa dernière présence comme promoteur, en juin 2024, il tenait son 429e gala en carrière au Hard Rock d'Hollywood. Sa vedette principale, l'ancien prodige Adrian Broner, y a subi sa cinquième défaite. L'un des participants à cette soirée de 11 combats était le poids lourd américain Michael Hunter, classé no 1 WBA, no 7 WBC, no 13 WBO.
« The Bounty » Hunter (24-1-2, 17 K.-O.) a vu sa participation aux Jeux olympiques de Londres, en 2021, écourtée par une défaite aux points contre notre Artur Beterbiev.
Sa seule défaite chez les professionnels, il l'a subi face à l'actuel champion du monde unifié des lourds Oleksandr Usyk par décision, pour le titre WBO des lourds légers en 2017. Hunter est un solide aspirant mondial, possiblement le meilleur poids lourd américain. À sa ceinture, il arbore le scalp de Matin Bakole à qui il a passé le K.-O. en 2018.
Quand on a débuté la boxe à RDS en 1989, Don King possédait un contrat exclusif avec Showtime et sa vedette principale était l'attraction numéro un sur la planète : « Iron » Mike Tyson. Showtime avait une entente avec TSN et RDS et nous présentions les galas de King.
Vous connaissez le langage coloré et non châtié de Jean-Paul Chartrand. De temps en temps, il se laissait aller en parlant de King, rappelant ses antécédents judiciaires, ses relations houleuses avec ses boxeurs et sa guerre de tranchées avec son homologue Bob Arum.
Jean-Paul se croyait à l'abri par la barrière des langues, mais jusqu'à ce que RDS reçoive une mise en demeure de Don King Production. King avait des preuves de propos, provenant de mon animateur, qu'il considérait comme calomnieux et diffamatoires et il était furieux.
À cette époque les réseaux sociaux n'existaient pas, mais King engageait des espions partout. J-P a dû s'excuser en onde pour ses commentaires envers monsieur King pour éviter une poursuite et l'interdiction à RDS de présenter les évènements de sa firme. Je vous assure que mon compère n'a plus jamais récidivé.
J-P se donnait souvent des airs de gangsters, mais dans les faits, il était très conscient de ses limites et DKP c'était trop gros pour lui!
Le 29 mai dernier, Don King Production remportait l'appel d'offres pour obtenir les droits d'organiser le combat du championnat WBA régulier des lourds entre le champion bulgare Kubrat Pulev contre l'aspirant obligatoire Michael Hunter, avec une mise de 1,1 million de dollars.
Pulev est devenu champion en détrônant le Syrien Mahmoud Charr en décembre de l'an dernier. Ça ne vous dit rien n'est-ce pas? En fait, deux boxeurs marginaux dans l'écho système des lourds d'aujourd'hui.
King prévoyait alors d'organiser le combat en Floride le 23 août. Peu de temps après le légendaire promoteur repoussait l'événement à l'automne sans préciser de dates.
Il y a deux semaines, le grand argentier saoudien Turki Alalshikh annonçait un combat, présenté en marge du gala de Canelo Alvarez contre Terrence Crawford le 13 septembre prochain au Allegiant de Las Vegas, entre Michael Hunter et Jarrell Miller.
Sur les 60 positions d'aspirants mondiaux chez les lourds, il n'y a que cinq Américains classés dont Hunter et Miller. D'où l'intérêt à présenter ce combat à Las Vegas. Les autres Américains qualifiés sont Richard Torrez Jr., Jared Anderson et Deontay Wilder.
Cependant, on avait oublié d'avertir le grand homme aux cheveux hérissés. Comme Hunter n'avait pas de nouvelles de King, il a cru qu'il était libre de ses attaches avec lui et il a conclu l'entente avec son excellence.
Dès le lendemain de l'annonce, King lançait une mise en demeure de désistement à l'endroit du riche saoudien.
Hunter a eu beau plaider qu'il était disponible et que son entente avec King était expirée, mais Alalshikh a retiré quand même son offre en exprimant qu'il n'avait nulle envie d'en découdre avec ce membre du Panthéon de la boxe internationale, comme J-P il y a 35 ans.
Tout le monde connait la réputation de Don King et même à 94 ans on veut toujours éviter de s'y frotter. On soupçonne même l'Américain d'avoir éprouvé plus de plaisir, dans sa carrière, à remporter ses causes en justice que des combats sur le ring.
Moses Itauma, le prochain Mike Tyson?
Moses Itauma, (13-0-0, 11 K.-O.) 20 ans seulement, a réglé le cas du vétéran Dillian Whyte (31-4-0, 21 K.-O.) en moins de deux minutes, une démonstration de vitesse, précision et de puissance dans cette confrontation toute britannique.
C'était la cinquième défaite de Whyte et jamais il n'a été dans le coup, lui qui avait une réputation de dur à cuir.
Après ce combat, je suis allé visionner les bagarres de Mike Tyson au même âge. On se souvient que « Iron Mike » était âgé de 20 ans et cinq mois quand il est devenu champion du monde WBC en détrônant Trevor Berbick en moins de deux petits rounds, en 1986.
Tous les deux sont rapides, félins et puissants. Mike Tyson se battait avec la rage au cœur, en prédateur extrêmement intimidant et ne s'arrêtait que lorsque le cœur de l'adversaire était arraché de sa poitrine.
Itauma est plus en contrôle, il découpe ses adversaires en petits morceaux jusqu'aux os pour les obliger à la soumission.
Les deux sont des phénomènes générationnels. Tyson aurait pu faire encore mieux s'il avait été mieux encadré, plus discipliné. Sa descente s'est amorcée dix ans après avoir été couronnée. Son déclin s'est amorcé à partir de sa défaite contre Evander Holyfield en 1996. Il n'avait que 30 ans.
Cette décennie, où l'enfant terrible des Catskill était à son sommet, a été l'une des périodes les plus fébriles, les plus excitantes et populaires de l'histoire de ce sport. Son pouvoir d'attraction sur les foules aura traversé le temps comme en font foi les 125 millions d'auditeurs qui l'ont suivi sur Netflix l'an dernier, à l'aube de la soixantaine.
Je me souviens à cette époque dans un magazine on comparait les qualités athlétiques des plus grands athlètes dominants de la planète; Michael Jordan, Tiger Woods, Wayne Gretzky, Bo Jackson et Mike Tyson. La conclusion était que Tyson n'était pas le plus grand athlète, mais il aurait pu tous leur donner une raclée!
Itauma semble plus pragmatique, est entouré de gens qui connaissent la profession et ne sont pas en état d'urgence. Ce serait une erreur magistrale d'opposer Itauma au génie du ring qui est Oleksandr Usyk, comme plusieurs le souhaitent. Le vétéran promoteur Frank Warren en est bien conscient du danger, ne se sent pas obligé de compresser le citron, ses affaires sont florissantes et il l'argent ne manque pas.
La suite s'annonce brillante pour le jeune gaucher anglais. Tyson Fury, qui a retenu ses services lors de ses deux préparations pour Usyk, ne tarit d'éloge. Alexis Barrière participait aussi à ces camps et a eu l'occasion de combattre à l'entrainement avec cette merveille et il n'en pense que du bien. Les deux se sont liés d'amitiés et communiquent ensemble régulièrement.
C'est dans le ciel que sous peu Itauma, qui n'a jamais connu les affres de la défaite en 50 combats amateurs, sera champion du monde, dès que le propriétaire des quatre ceintures en échappera une!
Il semble posséder les aptitudes pour dominer les rings avec ses poings tout en étant un gentleman hors du ring. Tyson lui était entier, aussi dévastateur aves ses poings sur le ring qu'avec son regard glacial et terrifiant hors du ring. Tyson ne dominait pas, il terrorisait.
L'Anglais connaitra peut-être une plus longue carrière, garnira peut-être sa salle des trophées de plus nombreuses ceintures, mais est-ce qu'il atteindra un jour la stature de Tyson? Je ne crois pas.
Bonne boxe!





