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Jean Pascal continue de défier le temps

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C’était la première vraie fin de semaine annonciatrice de l’été. Les enfants envahissaient les ruelles avec leurs trottinettes et leurs vélos. Leurs parents réalisaient pendant ce temps-là les premières tâches pour aménager la cour arrière ou encore simplement profiter de la vie.

Mais alors que plusieurs personnes avaient le luxe d’arrêter le temps en cette fin d’avril, Jean Pascal était cloîtré à l’intérieur d’un gymnase du Massachusetts pour commencer les préparatifs en vue du combat qu’il livrera à Francis Lafrenière le 27 juin au Colisée de Laval.

Un choc que l’ex-champion des poids mi-lourds a déjà annoncé comme étant son dernier en carrière, mais qui ne représentera peut-être pas – finalement – son chant du cygne. « J’ai l’objectif de me rendre à 50 combats. Je ne sais pas si je vais me rendre à 50, mais après 50, je vais officiellement m’arrêter », a-t-il lâché lors d’une entrevue téléphonique avec RDS.ca.

À 43 ans, Pascal (37-8-1, 21 K.-O.) continue de défier le temps et de prolonger un parcours que plusieurs ont cru plus d’une fois terminé dans la foulée de certaines de ses plus dures défaites, face à Sergey Kovalev, Dmitrii Bivol, Michael Eifert et Michaeł Cieślak, notamment.

Il faut dire que le principal intéressé a souvent contribué à entretenir les rumeurs de retraite au fil des années. En 2017, son combat – qu’il a remporté – contre Ahmed Elbiali avait été présenté comme son « dernier en carrière », alors qu’il a mentionné au centre du ring après son dernier revers contre Cieślak en juin dernier à Laval que « toute bonne chose a une fin ».

Cela dit, Pascal n’est jamais à court de prétextes pour remonter dans l’arène. Il parle de son duel contre Lafrenière comme d’« une célébration de la boxe québécoise » et n’hésite pas non plus à lancer des défis à certains pugilistes, de temps à autre, sur les réseaux sociaux.

« Je veux quitter le sport selon mes conditions avant d’entreprendre ma prochaine carrière, avoue celui qui a lancé sa carrière professionnelle avec Groupe Yvon Michel en février 2005.

« Le sport a évolué et la perception des gens a changé. Je veux démontrer qu’à 40 ans, ce n’est pas la fin pour monsieur ou madame Tout-le-monde. C’est simplement une évolution. À 20 ans, tu as l’énergie, à 30 ans, l’expérience et à 40 ans, la maîtrise de l’énergie et de l’expérience. Tom Brady et Jaromir Jagr ne sont pas des exceptions, mais la preuve qu’il est possible de “performer” après 40 ans, grâce à l’évolution de la technologie dans le sport. »

Reste que Pascal est loin d’avoir gagné un Super Bowl comme l’a fait Brady à 43 ans en 2021. Sa dernière victoire sur la scène internationale – contre Fanlong Meng – remonte à mai 2022. Il est également difficile de prétendre qu’il a été particulièrement compétitif à ses deux dernières défaites face à Eifert, en mars 2023, ainsi que contre Cieślak, en juin dernier.

Mais qu’importe le niveau ou la notoriété de son adversaire – Lafrenière a déjà été classé 5e à la WBO chez les poids moyens – le plus grand champion que la boxe québécoise a formé des rangs amateurs jusqu’aux professionnels veut simplement partir sur une note positive.

« À la fin d’une carrière, chaque combat devient le plus important, a conclu Pascal. Si je m’incline contre Lafrenière, il y aurait une tache à l’héritage que je souhaite laisser au sport.

« Malgré le fait que je sois en fin de carrière, je fais les mêmes sacrifices qu’au début. C’est naturel pour moi, c’est le “mindset” de l’excellence. Lafrenière a dit que j’étais pour lui le combat de championnat du monde qu’il n’a jamais eu. Pour me battre, il n’aura pas le choix de s’entraîner comme un champion. C’est pour cela que je fais encore tous ces sacrifices. »

D’une certaine façon, cela fait maintenant une décennie que Pascal repousse le ménage de la cour arrière – lire : l’heure de la retraite – pour assouvir son désir de compétition. Et s’il y a bien une chose que ces dix dernières années ont permis d’apprendre, c’est que c’est Pascal – et personne d’autre – qui déterminera le moment où il rangera irrévocablement ses gants.