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Après un long détour, Veyre a trouvé sa voie

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Caroline Veyre se fait un nom vers un combat de championnat À Sports 30, Raphaël Guillemette discute du combat déterminant de Caroline Veyre qui l'opposera à Licia Boudersa, du côté de Detroit le 26 juillet.

Cela aura pris quelques années et un détour infructueux par Las Vegas, mais Caroline Veyre semble enfin avoir trouvé sa voie, alors que la boxeuse entame le chapitre le plus important – et celui auquel elle a foncièrement toujours rêvé – de sa carrière chez les professionnelles.

La Montréalaise âgée de 36 ans pourrait en effet devenir aspirante obligatoire au titre des poids plumes du WBC, samedi soir à Detroit, si elle parvient à vaincre Licia Boudersa dans un combat prévu pour dix rounds où la ceinture d'argent du WBC sera également à l'enjeu.

Un dénouement que très peu d'observateurs auraient pu imaginer à la suite de son divorce acrimonieux avec Groupe Yvon Michel en mars 2024 et de la défaite qu'elle a subie en septembre 2024 au Mexique à son seul affrontement sous les ordres du réputé Kay Koroma.

Sa rencontre avec l'entraîneur Samuel Décarie-Drolet a toutefois complètement changé la donne, si bien que Veyre se retrouve aujourd'hui dans une situation avantageuse en raison du contrat qu'elle a signé avec le promoteur de Claressa Shields, Salita Promotions, en janvier dernier. Et dire que l'association avec Décarie-Drolet n'aurait pu jamais voir le jour!

« Quand elle est revenue de Vegas, elle m'avait dit qu'elle avait besoin de quelqu'un pour l'entraîner, mais je lui avais répondu que si je commençais à l'entraîner, il fallait que ce soit à temps plein et je n'avais pas le temps pour ça », a relaté Décarie-Drolet avant une séance d'entraînement organisée lundi au gymnase du quartier Parc-Extension où ils s'entraînent.

Question de ne pas laisser Veyre en plan, Décarie-Drolet l'a cependant invitée à servir de partenaire d'entraînement à Leïla Beaudoin jusqu'à tant qu'elle se trouve un endroit bien à elle pour installer ses pénates. Un coup de foudre professionnel est toutefois survenu et les deux parties ont très rapidement réalisé qu'il était inconcevable qu'elles ne collaborent pas.

« Quand j'ai vu comment Caro travaillait, quand j'ai vu la personne qu'elle était, ç'a été un coup de foudre au chapitre de sa personnalité, de la manière qu'elle a de s'entraîner et de sa discipline. C'est quelqu'un qui pousse tout le temps, il faut la retenir », a indiqué Décarie-Drolet. Donc ça, en tant qu'entraîneur, c'est le style d'athlète avec lequel tu veux travailler. »

« J'évolue tellement rapidement depuis que je suis avec lui, a continué Veyre. Après notre [dernier] combat en février, on a tout de suite vu les nouvelles choses à travailler. Je suis revenue tout de suite dans le gymnase. On s'est tout de suite mis là-dessus. C'est fou le niveau que j'ai pris en peu de temps. Ça fait à peu près quinze semaines que je me prépare.

« Ma puissance a augmenté, ma force de frappe, mon jeu de pieds... ma technique est différente, mais adaptée au style professionnel. C'est ce dont que je suis le plus contente. »

Il s'agissait d'ailleurs du plus grand défi auquel étaient confrontés Veyre et Décarie-Drolet. Malgré toute la volonté du monde, l'entraîneur était loin d'être convaincu de pouvoir réussir à changer le style de la boxeuse après autant d'années passées dans les rangs amateurs, où elle a notamment représenté l'Unifolié aux Jeux olympiques de Tokyo organisés en 2021.

« Je n'étais pas certain à quel point elle allait pouvoir s'améliorer davantage, a expliqué Décarie-Drolet. Parce qu'avec un gros bagage [amateur] comme ça, les ajustements ne vont être que de petites choses. Mais Caro, c'est une éponge. À partir du moment où elle comprend et voit le pourquoi de la chose, elle le fait, puis ça va vite et ça va très, très bien. »

« Quand j'ai tourné pro, ça m'a pris du temps à transitionner. J'avais de la difficulté à trouver ce qu'il me fallait, a reconnu Veyre. Je suis tellement contente d'avoir vu la différence quand j'ai commencé à frapper. La façon qu'il me montrait comment frapper, c'était nouveau pour moi. Même le jeu de pieds était du nouveau. C'est devenu un sport complètement différent.

« Après quinze ans de boxe amateur, j'étais habituée à faire certaines choses qui me permettaient de gagner et ces choses-là ne me servaient plus. Il fallait vraiment que je change certaines choses. [Samuel] m'a beaucoup aidée à changer toutes ces choses-là. »

Au-delà du travail avec son entraîneur, Veyre a reconnu que l'environnement dans lequel elle baigne maintenant compte pour beaucoup dans ses succès. En plus de Beaudoin, elle a également pu mettre les gants avec l'Australienne Cherneka « Sugar Neekz » Johnson, qui est devenue championne incontestée des poids coqs le 11 juillet dernier à New York, après qu'elle s'est installée à Montréal pour y tenir une bonne partie de son camp d'entraînement.

« Ça nous pousse toutes les deux. Ça nous rend meilleures toutes les deux. C'est génial d'avoir une partenaire d'entraînement tout le temps avec moi, » a dit Veyre au sujet de Beaudoin, qui a remporté son dernier combat par arrêt de l'arbitre au sixième round en juin.

« C'était un super bon timing », a-t-elle ensuite ajouté au sujet de la présence de Johnson dans la métropole. C'était vraiment un excellent sparring, c'était super compétitif. On a pu pratiquer beaucoup de choses. C'était un autre niveau. Tu ne peux avoir ça tout le temps. »

La route a été longue pour remonter jusqu'au soleil et les rues ont parfois été sombres, mais tout cela en valait la peine, croit aujourd'hui Caroline Veyre. « C'est exactement de ça que je rêvais », dit-elle au sujet de sa présence en sous-carte d'un gala mettant en vedette Claressa Shields. Ça va être une soirée inoubliable. Les cris, la foule... ça va être malade. »