Boxe

De grands chamboulements dans le monde de la boxe

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Manny Pacquiao et Floyd Mayweather fils (Getty Images)

La semaine qui vient de s’écouler a été aussi prolifique en nouvelles majeures dans le monde de la boxe internationale que lors de la semaine où Edward Snowden a révélé les activités illégales de la NSA américaine.

Voici ce qui a dominé les actualités :

  • Conor Benn signe avec Zuffa sans en parler à Hearn.
  • Netflix va présenter Mayweather/Pacquiao II en septembre.
  • Le combat de Fury/Makhmudov sur Netflix sera organisé par Zuffa
  • Frank Warren se prépare à poursuivre Sela et Zuffa pour 1 milliard
  • Conor Benn c. Regis Prograis sur le show de Fury
  • Rumeurs de retour Top Rank avec ESPN.

Conor Benn signe avec Zuffa sans en parler à Hearn

Conor Benn (24-1-0, 14 K.-O.), 29 ans, boxe depuis 2016 et tous ses combats ont été produits par Matchroom d’Eddie Hearn. Son contrat était terminé avec son promoteur qui avait toutefois le droit d’égaler toute offre d’un compétiteur.

En fait Hearn n’avait pas senti le besoin de renouveler son entente contractuelle avec son boxeur tellement la relation entre eux était dans le béton.

Le boxeur anglais vient de remplir deux fois le Tottenham Hotspur Stadium, en partageant une défaite d’abord puis une victoire avec Chris Eubank Fils. Il a accepté et signé une proposition de Dana White pour un combat chez les mi-moyens qui lui rapporterait 15 millions.

On sait maintenant que cette bataille aura lieu contre l’ancien double champion des super-légers l’américain Regis Prograis (30-3-0, 24 K.-O.) 37 ans, 2 défaites à ses 3 derniers combats et qui n’a jamais combattu à 147 livres.

Benn est un bon boxeur sans plus, loin du calibre de l’élite mondiale des mi-moyens dominée par les Devin Haney, Ryan Garcia ou Rolando Romero. Du point de vue strictement affaires, le prix payé ne fait pas de sens. Il faut dire qu’en Grande-Bretagne, Benn fait partie de la royauté pugilistique, son père Nigel y étant une légende des rings anglais. Le promoteur de son père était le père d’Eddie, Barry Hearn.

Autant on est surpris du montant et la soudaineté de l’entente qu’on l’est encore davantage de la façon dont ça s’est passé.

Durant les 10 ans de sa carrière, Benn a connu beaucoup d’ennuis, problèmes d’argent, deux tests antidopage échoués, défaite, et celui qui l’a toujours supporté, encouragé, défendu, comme s’il était un membre de sa propre famille, est Eddie Hearn.

Benn a négocié et signé son entente avec White sans en parler à celui qui avait toujours été dans son coin. C’est son avocat qui a appelé Eddie pour l’informer après coup. Quand ce dernier a juste sollicité une discussion au téléphone avec son ancien protégé, ce fut un non catégorique.

Au bout du compte, Hearn n’a pas égalé l’offre parce qu’il n’avait pas de contrepartie à offrir. Il n’aurait sûrement pas empêché Benn de recevoir une bourse qui assure son avenir et celle de sa famille, mais il aurait souhaité que ce soit fait avec plus de respect et de reconnaissance et ça se comprend. « Jeter des perles aux pourceaux. »

Le combat de Fury/Makhmudov sur Netflix sera organisé par Zuffa

C’est Zuffa qui sera le promoteur officiel du gala à Londres mettant en vedette Tyson Fury contre le montréalais Arslanbek Makhmudov et Conor Benn c. Regis, le tout présenté sur Netflix.

Cette annonce est très lourde de signification. C’est l’équipe de Dana White qui a organisé Canelo Alvarez face à Terence Crawford au Allegiant à Las Vegas, elle a donc l’expérience et les ressources requises. Zuffa n’est pas le financier de la soirée, c’est plutôt Turki Alalshikh et la compagnie Sela d’Arabie Saoudite qui a cette responsabilité.

D’ailleurs, Mark Shapiro, président de TKO propriétaire de Zuffa, UFC et WWE s’est empressé de confirmer que les 15 millions qu’on va donner à Conor Benn viennent de Sela et non de son organisation.

Ce détail confirme alors que la décision de mettre sous contrat Benn provenait directement de son Excellence Alalshikh. Est-ce un message qu’il a voulu lancer à Hearn qui a été très vocal contre les prétentions de Zuffa de réinventer le bouton à 4 trous?

Enfin ici, le problème est que le promoteur de Tyson Fury depuis 2014, 21 mois avant qu’il ne devienne champion du monde des poids lourds, est Frank Warren de Queensberry promotions.

Warren est un vétéran de 73 ans, intronisé au Temple de la renommée internationale de la boxe en 2008, promoteur de 718 événements, principalement en Grande-Bretagne, depuis 1980.

De plus il connait très bien le Stade de Tottenham Hotspur pour avoir été le promoteur de Fury/Chisora à cet endroit en 2022 et également co-promoteur de Eubank/Benn I en 2025. Dans toute son histoire, cet amphithéâtre, qui peut accueillir près de 70 000 spectateurs, a hébergé quatre galas de boxe. En plus de ceux précités, il y a eu Joshua/Usyk I en 2022 et Eubank/Benn II en 2026.

Évidemment, Warren va obtenir son pourcentage sur le contrat avec Fury, mais il est écarté de l’organisation de l’événement, du prestige et des revenus qui en découlent, dans son propre pays, son territoire, mettant en vedette son boxeur vedette. Remplacé par une organisation américaine, il le prend très mal!

Frank Warren se prépare à poursuivre Sela et Zuffa pour 1 milliard

Comme dirait mon ami Régis : « Le bordel est pris dans shop », entre Frank Warren et Turki Alalshikh. Warren a fait parvenir un avis de bris de contrat à l’organisation saoudienne Sela et le Groupe TKO concernant le partenariat qui a fondé Zuffa Boxing, ou plus précisément qui en a écarté sa compagnie. Il est prêt à poursuivre devant les tribunaux si on ne répond pas à ses revendications.

Ce qu’il réclame, c’est la faramineuse somme d‘un milliard de dollars qu’il considère que sa participation aurait valu à Queensberry.

Lorsque Turki Alalshikh a débuté son invasion en boxe professionnelle via les « Saisons Riyad » d’Arabie saoudite, c’est Frank Warren qu’il a contracté pour qu’il devienne le promoteur principal de cette aventure. Alalshikh avait besoin de son expérience, son expertise, de ses relations internationales, de ses contacts avec l’ordre établi de la boxe internationale, en plus de ses boxeurs.

L’événement qui a lancé les activités de la boxe dans ce pays du Moyen Orient a été le combat de Tyson Fury contre Francis , en octobre 2023, sous la direction de Warren. Depuis, son entreprise Queensberry a organisé ou coorganisé les 12 événements suivants à Riyad, dont le dernier le 27 décembre 2025 contre de généreuses rémunérations.

Depuis l’annonce de la naissance de Zuffa boxing en juin 2025, le torchon brule entre les parties. Dans les faits, Queensberry accuse Sela et TKO d’avoir agi dans son dos pour créer Zuffa Boxing sans l’inclure, alors qu’ils avaient prétendument signé des accords exclusifs entre eux.

Selon Warren, sa compagnie avait conclu une entente d’exclusivité, en septembre 2023, pour faciliter l’introduction de Sela et Turki Alalshikh dans le sport. Concernant TKO, Queensberry leur avait donné accès à leur plateforme de données pour qu’il se familiarise avec les activités de la boxe, qui incluait les informations confidentielles sur l’entente avec Sela.

Warren a donc fait parvenir des avis à ses intimés les invitant à corriger la situation par un accord à l’amiable sinon il les poursuivra devant la « High Court » de Londres.

Ce sera vraiment très intéressant à suivre. On pourrait penser que les forces en présence sont déséquilibrées et que si on demandait à nos officiers de la RACJ de sanctionner le combat, ils refuseraient tellement le mismatch semble manifeste.

Évidemment, Alalshikh et ses amis sont immensément riches et ont l’habitude de gérer à leur façon sans demander la permission à personne. En revanche, les gens du milieu vous diront que Warren ne s’est jamais laissé intimider dans sa vie et que dans sa carrière, il a presque toujours remporté ses litiges parce qu’il est toujours bien documenté et bien préparé.

Je serais très surpris qu’un juge doive éventuellement trancher. J’ai l’impression qu’on va plutôt trouver un terrain d’entente. Comme on dit dans le pays du Roi Charles III : « A lean agreement is better than a fat lawsuit ».

Netflix va présenter Mayweather/Pacquiao II en septembre

Beaucoup diront que 11 ans après le grandiose événement qui a donné un combat quand même ordinaire, qui lui arrivait 5 ans trop tard, alors que les duellistes sont maintenant âgés de 49 ans pour Mayweather et 47 ans Pacquiao, que c’est totalement inutile, sans valeur et même ridicule.

On dira aussi que ces deux « hasbeen » ont gaspillé leurs fortunes et qu’ils ont un besoin urgent de regarnir leur fonds de pension.

Ces deux génies du ring ont largement dominé leurs pairs pendant plus d’une décennie, établissant record par-dessus record en contribuant largement à une optimisation de la rentabilité, de la popularité ainsi que de la notoriété du sport.

Les deux évoluaient à une époque où la richesse et la célébrité étaient synonymes de mobilisation populaire et non de subventions de milliardaires. C’est par des billets et des foyers résidentiels vendus un par un qu’on a établi un record de 600 millions en revenus pour leur événement du 2 mai 2015.

J’y étais au Grand Garden Arena de Las Vegas et on m’a offert 25 000 $ pour mon billet qu’Al Haymon m’avait gratifié. Le lendemain, il y a eu plus d’un millier d’avions-privés qui ont décollé du McCarren International Airport.

En juillet dernier, « PacMan » Pacquiao a affronté le champion du monde WBC des mi-moyens Mario Barrios, 17 ans son cadet, un match nul, alors que la majorité croyait qu’il méritait la victoire.

C’est ce résultat qui a convaincu Netflix que l’ancien sénateur philippin savait encore manier l’escrime des poings.

L’événement sera présenté dans la magnifique Sphere de Vegas! J’ai payé 200$ avec ma conjointe pour prendre siège et me laisser transporter quelques instants sous l’eau, dans l’espace et dans la jungle par la magie des écrans numériques. J’imagine facilement la beauté et l’excitation d’assister à un gala de boxe dans cet endroit.

Netflix a attiré plus de 100 millions d’auditeurs avec Tyson/Paul et on a eu droit au combat le plus excitant de l’histoire de la boxe féminine, Katie Taylor c. Amanda Serrano II. Netflix a tellement apprécié qu’il les a ramenés, comme têtes d’affiche, sur sa plateforme pour l’opus numéro III.

Alors il est fort à parier qu’on va avoir droit à une sous-carte relevée qui va offrir une plateforme de visibilité unique pour des combattants qu’on va découvrir.

Une dernière motivation, Mayweather est devenu milliardaire en gagnant tous ses combats alors que dans la majorité des cas on aurait souhaité qu’il soit vaincu. Que ce soit Arturo Gatti, Oscar De La Hoya, Pacquiao, Canelo Alvarez, Miguel Cotto, Shane Mosley et autres, ils étaient tous les favoris populaires.

En septembre prochain, ce sera probablement la plus belle occasion pour que « Money » perde son 0 de sa fiche de 50 victoires dont il s’en enorgueillit tellement. Ça fait longtemps qu’on souhaite ça!

Si ce soir-là, le combat et la carte ne vous intéressent pas, il y a un choix alternatif illimité sur Netflix, et ce sera le même prix.

Top Rank de retour avec ESPN?

Je sais ma chronique est encore un peu longue, j’ai de la difficulté à me discipliner, mais je ne pouvais pas terminer sans parler de cette rumeur de retour probable de Top Rank avec ESPN.

Si ça se concrétise, ce serait la meilleure nouvelle de cette jeune année 2026. ESPN, qui a perdu UFC à Paramount, réalise peut-être l’intérêt et les investissements fabuleux de plateformes concurrentes à ESPN+ comme DAZN, Paramount, Netflix vont créer des rivalités, amener de la notoriété au sport et développer non seulement des champions, mais de nouvelles célébrités. Alors, pourquoi passer outre?

De l’autre côté, l’industrie globale de la boxe se porte mieux quand un géant comme Top Rank, avec une direction composée majoritairement de légendes de Canastota, y amène sa vision, sa perspective et son influence.

Parfois, il faut se séparer pour mieux se retrouver!

Bonne Boxe!