Aux yeux de plusieurs, le duel que Wilkens Mathieu livrait contre Shakeel Phinn jeudi soir au Cabaret du Casino de Montréal en demi-finale de l’événement mettant en vedette Mary Spencer et Mikaela Mayer représentait un véritable piège pour le prodige d’Eye of the Tiger.
Il faut dire que les amateurs avaient encore bien frais en mémoire la solide prestation que le Brossardois avait offerte environ un an et demi plus tôt face à Erik Bazinyan au même endroit. Alors qu’il semblait en avoir largement fait pour l’emporter, il avait dû se contenter d’un verdict nul partagé des juges, au grand étonnement de tous les spectateurs présents.
Mais Mathieu (15-0) n’est pas Bazinyan et il l’a assurément prouvé en dominant Phinn (27-4-2) avant de s’imposer par décision unanime (99-90, 98-91 et 98-91) au terme d’un combat de 10 rounds pendant lesquels il y a toutefois eu des moments très chaudement disputés.
Cette victoire permettra très certainement au Montréalais d’effectuer un bond significatif au classement des poids super-moyens du WBC – où il pointe actuellement au 31e rang –, car il a mis la main sur la ceinture continentale des Amériques ainsi que celle de la NABF.
Au-delà de ses deux premières breloques en carrière, le jeune homme était d’abord et avant tout heureux d’avoir été en mesure de montrer qu’il est bel et bien rendu à un autre niveau.
« Je suis fier de moi quand même parce que je n’avais jamais dépassé six depuis le début de ma carrière, a rappelé Mathieu. C’était tout nouveau pour moi et je pense que j’ai bien géré ça. Je n’ai jamais paniqué. Je m’étais très, très bien préparé à tous les scénarios possibles. »
« C’est un combat qui va le faire progresser beaucoup, a renchéri son promoteur Camille Estephan. Je pensais qu’il était pour l’arrêter au cinquième ou sixième round, mais quand le combat s’est terminé, j’étais heureux, car il a fait dix rounds contre un gars difficile à boxer.
« C’est le genre d’expérience que tu ne peux pas acheter. Tu dois absolument l’avoir vécue. »
Mathieu a en effet laissé croire pendant un moment qu’il pourrait stopper Phinn, après l’avoir envoyé au plancher au troisième round à l’aide d’une gauche suivie d’une droite. Sauf erreur, il s’agissait de la première fois qu’il visitait le canevas depuis le début de sa carrière.
L’élégant droitier a ensuite connu une formidable séquence dans la première minute du septième au cours de laquelle plusieurs de ses coups en puissance ont touché la cible, mais son adversaire a refusé de tomber. Mathieu s’est cependant épuisé à ce moment-là.
« J’ai décidé d’y aller le tout pour le tout en pendant que j’allais l’arrêter et j’ai dû prendre un pas de recul pour reprendre mon souffle, a expliqué Mathieu. Mais je vais devoir travailler mon cardio pour mieux gérer mes énergies. Ç’a ouvert la porte à une bonne fin de combat. »
Phinn a en effet connu ses meilleurs moments aux huitième et neuvième assauts, mais Mathieu a néanmoins été en mesure de rouler avec les coups et n’a jamais été en danger.
« Honnêtement, respect à Shakeel Phinn, mais il était beaucoup moins fort que je pensais, a avoué Mathieu. Physiquement, je pensais qu’il était vraiment plus fort que ça. Il ne frappait pas si fort que ça. Tous ses coups, je les voyais venir. C’étaient toujours les mêmes.
« Même s’il m’a touché à la fin, c’étaient des coups qui n’auraient jamais dû me toucher. »
Fort de sa plus importante victoire en carrière, Mathieu semble avoir déjà son prochain objectif en tête : il s’agit de l’ex-aspirant mondial chez les poids moyens Gabriel Rosado, qui a déjà perdu avant la limite contre un certain David Lemieux en décembre 2014 à Brooklyn.
« Nous allons mettre le paquet pour Wilkens, a confirmé Estephan. Nous croyons en lui. »
Biyarslanov et Ünal lancent des messages
Il n’y a aucun doute qu’il faudra commencer à prendre Arthur Biyarslanov (20-0) au sérieux à la suite de sa victoire par décision unanime (99-90, 97-92 et 96-93) contre l’ex-champion des super-légers Sergey Lipinets (18-5-1). Dans un combat qui s’est transformé en bain de sang après que Lipinets eut été coupé au front, le détenteur de la ceinture de super-légers de la NABF a dominé la première partie de l’affrontement, envoyant notamment l’Américain d’origine kazakhe au tapis à la fin du troisième round. Ce dernier s’est toutefois servi à bon escient de son expérience dans les derniers rounds, forçant son rival à boxer sur les talons.
Même si elle était télégraphiée, la puissante droite que Mehmet Nadir Ünal (14-0, 12 K.-O.) a envoyée au menton de Ralfs Vilcans (18-3) n’a laissé aucune chance au Letton, si bien que le Montréalais d’origine turque s’est imposé par arrêt de l’arbitre à 2 :44 du 1er round. Ünal, qui a défendu pour la première fois son titre continental des Amériques des mi-lourds du WBC, progressera assurément au classement, où il pointe en 14e place. Visiblement blessé au pied droit pendant sa chute, Vilcans boitait au moment de regagner son vestiaire. À noter qu’il n’avait jamais été arrêté en carrière, lui qui s’est déjà mesuré à Anthony Yarde.
Chassé du top-15 du classement de l’IBF pour des raisons obscures dont seule la boxe a le secret, le mi-moyen Christopher Guerrero (16-0) a bien plaidé sa cause pour y retourner en battant William Andres Herrera (17-5) par décision unanime (99-91, 98-92 et 97-93). Même si les cartes des 3 juges ont largement favorisé le Montréalais, l’affrontement a été très chaudement disputé et une certaine animosité était palpable entre les deux boxeurs tout au long du choc de 10 rounds. Guerrero a également défendu pour la 2e fois sa ceinture continentale des Amériques du WBC, où il occupe présentement le 18e rang, à 147 livres.
Absent de la compétition depuis plus de 14 mois en raison de diverses blessures, dont une au biceps droit, Thomas Chabot (11-1) n’a pas du tout connu le retour espéré en s’inclinant par décision unanime (79-71, 78-72 et 78-72) contre Logan Clouthier (7-0). Le super-plume de Thetford Mines a visité le tapis à deux reprises au cinquième round, après avoir reçu des crochets de gauche au foie à chaque occasion. Chabot est malgré tout demeuré compétitif jusqu’à la fin de l’affrontement, mais Clouthier était cependant nettement supérieur ce soir.
« C’est une grande leçon de courage que Thomas nous a donnée, a mentionné l’un de ses entraîneurs, François Duguay, après le combat. Après la deuxième chute, il ne s’est pas donné l’option d’abandonner, ce qui est très important pour la suite des choses. Même s’il savait à ce moment-là que c’était perdu, il s’est relevé et n’a pas cessé de compétitionner. »
En lever de rideau, Erik Israyelan (3-0) a eu droit à un combat certainement plus compétitif qu’anticipé, puisqu’il l’a emporté par décision partagée (40-36, 39-37 et 37-39) contre Dylan Schroeder (6-1). Le super-plume montréalais d’origine arménienne a montré quelques carences dans sa défense pendant le duel et devra rapidement effectuer des ajustements, étant donné qu’il sera de retour dans le ring dans deux semaines, le 13 novembre prochain.





