Si près, mais si loin à la fois. Steven Butler et son entourage croyaient dur comme fer que le combat que le boxeur montréalais a livré contre Edgar Berlanga dimanche était à sa portée.
Un duel qui a commencé sur les chapeaux de roue et dont Butler a pris l’avantage à la fin du deuxième round, après avoir envoyé Berlanga au plancher à l’aide d’une droite. À ce moment précis, son équipe était certaine qu’il était enfin prêt à vivre son moment de gloire.
Mais un troisième round pendant lequel le Portoricain est parvenu à ébranler solidement le Québécois a jeté les bases d’une victoire sans équivoque. Une victoire enregistrée par arrêt de l’arbitre au septième round, alors que Butler venait d’encaisser une solide main gauche.
Un dénouement crève-cœur, encore plus cruel que ses deux défaites en championnat du monde face à Ryota Murata et Zhanibek Alimkhanuly. Parce que cette fois, Butler n’a pas l’excuse de la jeunesse et de l’inexpérience ou bien de la grandiloquence de son adversaire.
« Après l’avoir “droppé”, avec toute l’expérience que Steven possède... tout le monde y croyait, a raconté à RDS.ca l’ancien aspirant mondial chez les poids super-légers Mathieu Germain, qui faisait partie du coin de son ami Butler lors de la confrontation de dimanche.
« Mais aussitôt qu’il s’est fait toucher, c’est devenu une guerre. Il y a ensuite eu des moments où il recommençait à boxer et réussissait à “timer” Berlanga, mais ç’a été beaucoup de hauts et de bas. Dans l’ensemble, ç’allait bien avant qu’il ne se fasse toucher.
« De là, l’immense déception. Il a travaillé tellement fort pour se rendre jusque-là. C’est devenu un athlète et un père de famille mature avec le temps. Il vit très loin de sa famille pendant ses camps d’entraînement. Il avait tout sacrifié pour livrer la prestation de sa vie. »
Le combat contre Berlanga était en quelque sorte celui de la rédemption pour Butler. Passé chez les super-moyens à la suite de son revers face à Patrice Volny en juin 2024, il avait la chance de signer une importante victoire sur la scène internationale sur une grande scène.
C’est d’ailleurs dans la foulée de sa défaite contre Volny que Butler avait demandé à Germain de lui filer un coup de main entre ses camps d’entraînement qui se déroulent toujours au gymnase de son entraîneur « Iceman » John Scully qui est situé au Connecticut.
« J’avais déjà donné un coup de main pour un combat au Mexique (face à José de Jesús Macáis, que Butler avait perdu en janvier 2021, NDLR), a rappelé Germain. Steven aimait bien l’aspect technique que j’amenais. Il trouvait que ça pouvait bien se coller à son style...
« Cette association s’est faite tout naturellement. Nous sommes de meilleurs amis dans la vie et nous nous parlons au téléphone tous les jours. J’ai toujours suivi ce que John avait en tête lorsque j’entraînais Steven au Québec, mais j’ajoutais ma petite touche personnelle.
« Steven a toujours bien compris les choses, mais il a surtout appris pourquoi il devait les faire. Il a toujours été un beau boxeur, mais il était affligé du syndrome du cogneur. Quand tu sais que tu peux knockouter n’importe qui, tu finis par oublier certaines subtilités comme lancer des jabs ou des coups au corps. Ce sont pourtant des trucs qu’il faisait en début de carrière qu’il a laissé un peu filer. Mais il n’est pas le seul boxeur à avoir eu ce problème-là. »
Évidemment, cette dernière défaite contre Berlanga, sa sixième – toutes avant la limite – en carrière soulève d’importantes questions sur l’avenir de Butler, qui est âgé de 30 ans. Devrait-il accrocher ces gants – il totalise déjà 45 combats au compteur – ou poursuivre l’aventure de la boxe professionnelle jusqu’à ce que plus aucune offre ne lui soit proposée?
« Je n’ai pas encore parlé avec lui. Je le laisse profiter de son temps avec sa famille. Ce n’est pas le moment pour lui de penser à la boxe, a répondu Germain. Je ne peux pas parler en son nom, mais c’est certain qu’après chacune de mes défaites, la déception était très vive.
« C’est certain que Steven aura toujours le désir de s’investir en vue d’un combat. C’est un gars qui aime s’entraîner et qui aime la boxe. Il sera toujours animé par le désir de se battre.
« Steven s’est toujours battu contre les meilleurs quand cette opportunité s’offrait à lui. Il n’a jamais refusé d’affronter personne. C’est un vrai guerrier et un exemple de caractère. »
Ultimement, il n’est pas impossible qu’à son retour au gymnase, Butler réalise que le jeu n’en vaut tout simplement plus la chandelle. Germain est bien placé pour en témoigner.
« Je réfléchis, mais ma retraite n’est pas encore prise. Je n’ai pas ralenti au point de ne plus pouvoir rivaliser avec les petits jeunes au gymnase, a-t-il conclu en riant. À ce stade-ci de ma carrière, si je n’ai pas d’offre, ça va se faire naturellement. Pour le moment, je n’ai rien devant moi et je me dirige vers une retraite semi-forcée. Mais je suis fier de ce que j’ai livré.
« C’est là où j’en suis, mais encore une fois, je ne peux pas parler pour Steven. C’est un gars spectaculaire qui a mérité toutes les chances qu’il a obtenues tout au long de sa carrière. »





