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Un contexte favorable pour Butler

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À bien des égards, Steven Butler aurait pu porter un regard cynique sur l’année qui vient de se terminer. Le Montréalais fondait beaucoup d’espoir sur sa rencontre fratricide avec Erik Bazinyan pour tourner la page sur son parcours chez les poids moyens, après deux dures défaites en championnat du monde et une autre, un peu plus récente, contre Patrice Volny.

L’annulation à trois reprises de son affrontement prévu face à son ami d’enfance l’a amené à ne disputer que deux combats contre des adversaires de remplacement qui ne lui ont rien apporté sur le plan politique. En effet, le nom de Butler n’apparaît toujours pas dans le top-15 de l’une des quatre grandes organisations de boxe internationale chez les super-moyens.

Mais à 30 ans et 43 combats au compteur, Butler possède assez d’expérience pour savoir qu’un boxeur qui gagne finit habituellement par avoir sa chance et c’est ce qu’il obtiendra le 5 mars prochain, alors qu’il affrontera à Ramadan Hiseni pour le titre continental des super-moyens de la WBA, en finale d’un gala d’Eye of the Tiger au Cabaret du Casino de Montréal.

Avec le recul, Butler juge qu’il n’a nécessairement pas perdu son temps au cours des douze derniers mois. Une victoire contre Bazinyan aurait été plus payante à pratiquement tous les points de vue, mais ses succès face à José de Jesús Macías et Stéphane Fondjo lui ont permis de se concentrer sur un aspect de son sport qu’il a si souvent négligé dans le passé.

« La dernière année en a été une de retrouvailles, a expliqué Butler en entrevue avec RDS.ca vendredi avant-midi. Je me suis retrouvé dans ma boxe. J’ai essayé de mettre plus l’accent sur la boxe au lieu de juste vouloir knockouter, avoir les pieds “flats” et aller de l’avant. Je suis un bon boxeur. J’ai mis ça de l’avant en 2025 et je veux continuer sur cette lancée-là. »

Ces deux duels qu’il a remportés avant la limite contre de Jesús Macías et Fondjo lui ont aussi donné la chance de se familiariser avec sa nouvelle catégorie de poids. La puissance de Butler étant une composante inhérente de sa boxe, allait-elle se transposer à 168 livres?

« C’est le jour et la nuit, a-t-il répondu. C’est un changement que je voulais depuis longtemps, car je perdais trop d’énergie et de force pendant ma perte de poids. J’arrivais souvent au premier round de mes combats et je cassais parce que je manquais d’énergie. »

Le combat contre Hiseni sera un excellent moyen pour Butler de montrer qu’il a bel et bien tiré des leçons de sa dernière défaite face à Volny, celle qui avait sonné le glas de son aventure chez les moyens. Il avait d’ailleurs vite reconnu s’être obstiné à vouloir échanger avec son adversaire plutôt que de pistonner son jab, se déplacer et ensuite recommencer.

Hiseni en sera d’ailleurs à sa troisième visite en sol québécois, après avoir soutiré un verdict nul majoritaire à Shamil Khataev en juin 2024 à Montréal avant de surprendre Alexandre Gaumont en l’emportant par décision unanime des juges en décembre dernier à Gatineau.

« C’est un adversaire qui vient pour livrer la marchandise et qui est intelligent dans ce qu’il fait, a décrit Butler. Il n’est pas spectaculaire : tu ne te dis pas qu’il a un bon jab, un bon ci, un bon ça. Mais il te met en position où tu peux te retrouver en difficulté et inconfortable. »

C’est justement ce que le Suisse a réussi contre Gaumont en forçant ce dernier à se battre au corps-à-corps et à l’empêcher ainsi de déployer sa puissance. Hiseni n’hésite également pas à narguer son rival pendant le duel, ce qui peut surprendre les boxeurs inexpérimentés.

« Je m’attends à ce qu’il fasse ça contre moi, a lancé Butler. J’ai beaucoup plus d’expérience que lui, tant dans le nombre de combats que dans les combats de championnat du monde. Il va savoir ce qu’est la différence avec un boxeur d’élite et les autres qu’il a déjà affrontés. »

Avec toutes les ceintures qui sont présentement vacantes chez les super-moyens à la suite de l’annonce de la retraite du champion incontesté Terence Crawford en décembre, Butler sait pertinemment que le contexte ne sera jamais aussi favorable qu’il est actuellement pour qu’il obtienne un combat de championnat du monde. Et il a surtout appris depuis très longtemps que c’est après l’avoir emporté que le téléphone se met généralement à sonner.