C’est dans une ambiance festive que le principal diffuseur numérique en boxe professionnelle, DAZN, et son principal collaborateur Matchroom Boxing, ont annoncé le renouvellement de leur entente pour les cinq prochaines années.
Ce pacte assure la majeure partie du financement, de 30 à 40 événements par année, de la troupe menée par Eddie Hearn, principalement dans les marchés des États-Unis, du Royaume-Uni, du Mexique et de l’Australie.
C’est en 2018 que DAZN a pour la première fois tissé des liens contractuels avec Matchroom. Une incursion spectaculaire dans le monde de la boxe professionnelle qui garantissait la somme faramineuse de 1 milliard $, au promoteur britannique, pour 8 ans, du jamais vu même dans les années les plus prolifiques de HBO.
DAZN n’a pas exactement rempli toutes ses promesses en injectant la plus importante source de financement de l’histoire de ce sport, mais le diffuseur a définitivement changé le portrait de la façon dont l’image des combats était acheminée, propagée, dans les foyers de partout à travers le monde.
DAZN est arrivé la même année que la décevante disparition de HBO, qui après 45 ans de diffusions célèbre, prestigieuse et soutenue, ne parvenait plus à y trouver sa place dans ce nouvel écosystème.
L’année précédente, en 2017, ESPN avait conclu une entente colossale avec Top Rank et Showtime avait encore le vent dans les voiles en présentant tous les galas de PBC.
Le modèle de l’époque, pour la distribution résidentielle à la télévision, remontait déjà aux années 1980. Les galas réguliers étaient présentés sur le câble comme HBO, Showtime, ESPN, USA Network et les grands événements étaient vendus via la télévision à la carte.
Ce modèle de télévision à la carte résidentiel était une extension des projections en circuit fermé, dans des arénas ou cinémas, provenant aussi loin que dans les années 1950.
Ici au Québec, le Forum de Montréal et le Centre Paul-Sauvé ont été des endroits populaires de ces diffusions en circuit fermé.
C’est grâce à la formule de ventes résidentielles qu’on a établi le record de revenus pour un événement unique de boxe alors que le combat Mayweather/Pacquiao, le 2 mai 2015, a été acheté par plus de 4,6 millions de foyers pour des revenus de plus de 400 millions $.
Quand DAZN est arrivé, ses dirigeants ont alors annoncé le début d’une nouvelle ère et la mort de la télévision à la carte (PPV). On promettait que pour un abonnement mensuel, les clients auraient accès à tous les plus grands combats sans frais supplémentaires.
C’est à ce niveau que DAZN n’a pas tout à fait rempli ses promesses et s’est aussi éventuellement laissé tenter par une tarification modulée, en fonction de l’envergure du combat présenté, qui s’ajoute au prix de base.
Revenons à 2018, alors que le jeune et impétueux Eddie Hearn, 39 ans, à l’allure très « British », la carrure et le charme de James Bond, annonce qu’avec DAZN il va envahir le marché américain, redéfinir l’industrie et revigorer le marché. Il est alors la risée de l’establishment de l’époque qu’on compare plutôt à un Mr. Bean.
Bob Arum de Top Rank, Al Haymon de PBC, Leonard Ellerbe de Mayweather promotion, Oscar De La Hoya de Golden Boy et Lou DiBella de DBE Promotions ridiculisent les prétentions de l’Anglais et lui prédisent une fin rapide et un fiasco total comme le bateau britannique RMS Titanic.
Pour un, le vétéran Bob Arum, le doyen des promoteurs et le plus puissant à l’époque, se moque de DAZN en les surnommant DeadZone. Arum a déjà vu ça de la compétition, Don King lui en faisant souvent voir de toutes les couleurs pendant des décennies. King a pratiquement disparu et le diplômé en droit de Harvard est encore au top. Hearn a des croûtes à manger.
Aujourd’hui, on craint dans l’industrie que Top Rank ne se relève pas de la fin de son entente avec ESPN qui a expiré en juillet dernier. Nous étions tous convaincus que ce géant saurait se renouveler et trouver un autre diffuseur rapidement. Sept mois plus tard les espoirs faiblissent.
Leonard Ellerbe n’est plus avec Mayweather Promotions, qui a pratiquement fermé boutique. Lou DiBella se concentre davantage sur le baseball alors qu’il est le propriétaire et directeur général des Flying Squirrels de Richmond dans la Eastern League, affilié aux Giants de San Francisco. Premier Boxing Champions d’Al Haymon a perdu ses diffuseurs Fox et Showtime et ne survit que par une précaire entente de distribution à la carte avec Amazon Prime Video.
Oscar De La Hoya a de son côté éventuellement joint DAZN dans une entente plus modeste que celle de Matchroom. Canelo Alvarez, alors sous contrat avec Golden Boy, a été le catalyseur de cette association. Cependant, le promoteur californien n’a pas encore réussi à renouveler son contrat avec DAZN, expiré depuis décembre dernier et ses ennuis relationnels et juridiques avec ses deux vedettes Virgil Ortiz et Ryan Garcia augurent mal.
Dans les faits, il est maintenant indéniable que le promoteur de boxe numéro un au monde et particulièrement aux États-Unis est né et réside à Essex en Angleterre et c’est Eddie Hearn, 46 ans, qui a très bien répondu aux attentes de DAZN.
Son principal rival sur la scène internationale est son compatriote Frank Warren de Queensberry, un autre Britannique qui possède aussi une entente de distribution exclusive avec DAZN depuis le 1er avril 2025. On n’en connait peu sur les détails de son association comme le nombre d’événements, sa valeur et sa durée. Depuis, à part quelques sorties à Riyad, tous les galas de Queensberry ont eu lieu au Royaume-Uni. Warren a bien signifié son intention de traverser l’Atlantique, éventuellement, mais en ce moment il n’y a pas de plans précis.
Si à ses débuts DAZN s’en remettait exclusivement à Matchroom pour son contenu boxe, même si Hearn demeure son partenaire principal, le diffuseur numérique a largement étendu ses tentacules. Most Valuable Promotions de Jake Paul et Dmitriy Salita y présentent aussi des séries régulières.
Encore plus, dans son objectif de dominer le marché et de devenir la référence incontournable pour la boxe professionnelle, DAZN distribue également les galas des Saisons Riyad, présentés en Arabie saoudite ou ailleurs, à quelques exceptions près tous les événements de la bannière de « The Ring » de Turki Alalshikh ainsi que la Série WBC Grand Prix mettant en vedette la relève.
Ce n’est pas tout, DAZN accepte également de diffuser les événements de nombreux promoteurs indépendants lorsqu’il y a de la place dans les grilles horaires.
L’arrivée de DAZN dans le marché de la boxe a peut-être signifié le début de la fin des diffuseurs traditionnels, mais a ouvert la porte à Amazon Prime Video qui semble être en période d’essais, d’évaluation avec PBC. Netflix s’étire de plus en plus vers le sport en général et sait flairer les belles opportunités avec la boxe comme Paul/Tyson, Taylor/Serrano et Canelo/Crawford et bientôt Fury/Makhmudov. Paramount qui a d’abord arraché l’UFC à ESPN en allongeant 7,7 milliards $ pour 7 ans s’initie graduellement à la boxe avec Zuffa.
Sur la scène américaine le principal adversaire de Matchroom et DAZN ne fait pas partie de ceux qui prédisaient ou souhaitaient la débâcle de l’entreprise en 2018. Le paquebot de Matchroom est bien à flot alors que ce sont ceux qui l’ont dénigré qui se cherchent désespérément des bouées de sauvetage.
Il s’agit bien d’une nouvelle organisation qui n’existait pas alors, Zuffa Promotion, dirigé par Dana White, financé par Turki Alalshikh de PIF et GEA, l’entreprise de divertissement Sela d’Arabie Saoudite et TKO, le propriétaire de UFC et WWE. Il y a eu trois événements jusqu’à présent, sur la bande passante de Paramount.
Zuffa par Dana White a énormément d’ambition et de la puissance financière phénoménale, autant que John D. Rockefeller en avait quand le gouvernement américain lui a enlevé le monopole des exploitations pétrolières en démantelant la Standard Oil au début du 20e siècle.
On a la prétention de vouloir révolutionner toute l’industrie de la boxe professionnelle en organisant une ligue de boxeurs avec ses propres champions et ses ceintures, exactement comme dans le modèle de l’UFC et en gardant à l’index les acteurs principaux traditionnels comme les promoteurs, les associations mondiales et leurs ceintures.
Alors que White prétend que le système qui encadre la boxe est brisé depuis longtemps, que tous ses intervenants n’ont jamais eu la vision ni le courage d’effectuer des redressements appropriés, il affirme que son équipe et lui ont la solution.
Hearn parle de traditions, de prestige provenant des lignées aussi loin que John L Sullivan dans les années 1800, en passant par les Jack Dempsey, Joe Louis, Muhammad Ali, Sugar Ray Robinson et les autres légendes. Surtout dans un contexte ou le système actuel en boxe remet en moyenne autour de 60 %, parfois jusqu’à 80 % de ses revenus aux boxeurs. Celui de l’UFC se contente d’accorder moins de 20 %, ce qui risque de se reproduire avec Zuffa.
La confrontation s’annonce pour être extrêmement palpitante entre ces deux antagonistes et devrait provoquer des feux d’artifice majeurs à la hauteur des meilleures présentations de L’International des Feux Loto-Québec de La Ronde.
L’intérêt populaire sera certainement majoré et on souhaite ainsi assister à la création de meilleures opportunités et de sécurité financières pour ses participants.
Bonne Boxe!






