Dixit d'une légende vivante Roy Jones Jr. : « La boxe n'a jamais vu l'afflux de richesse qu'elle connait actuellement et, pour ceux qui en bénéficient, l'herbe n'a jamais été aussi verte. »
Je sais que nombreux sont ceux qui prétendent que l'UFC a supplanté la boxe en popularité, mondialement.
Là où je suis d'accord est que l'organisation de UFC est la plus importante et la plus rentable des organisations de sports de combat au monde, plus que toutes celles de la boxe. On comprend pourquoi, les combattants de UFC obtiennent, en bourse, de 16 à 20 % des revenus alors que les boxeurs touchent en moyenne de 60 à 65 % des revenus, mais ça peut monter de 80 à 90% pour les grandes vedettes.
L'UFC organise un évènement par semaine qui connait toujours beaucoup de succès. En boxe ce sont des dizaines d'évènements qui sont produits toutes les semaines qui rapportent des centaines de millions réparties entre les promoteurs et les boxeurs.
Régulièrement on remplit des stades pour la boxe, en Angleterre, au Texas, à Las Vegas, au Japon, au Mexique, en Thaïlande en Inde. Les promoteurs de boxe qui organisent des galas de boxe hebdomadaires sont nombreux, Matchroom, Top Rank, Golden Boy, Queensberry, Boxxer, Probox, il y a les Saisons Riyad, les évènements Ring Magazine, le tournoi WBC Grand Prix…Il y a même TKO, le propriétaire de UFC qui va lancer sa ligue de boxe, Zuffa Boxing, dirigés par Dana White lui-même. Même IBA anciennement exclusive en boxe amateur organise maintenant de la boxe professionnelle. Et je ne parle même pas de la boxe qui est aux Jeux olympiques depuis le début des années 1900.
Allez jeter un coup d'œil sur DAZN, l'offre de boxe est exhaustive, trois ou quatre évènements chaque semaine. La boxe professionnelle est présente dans plus de 190 pays dans le monde et dans chacun de ces pays il y a de nombreux promoteurs résolus. Juste au Canada il y a une douzaine de compagnies de promotion actives.
On choisit ce qu'on veut regarder en toute liberté, je ne suis pas un admirateur des MMA, mais je reconnais la valeur des participants et j'admire le savoir-faire de UFC, mais ils ont réussi un monopole pour lequel ils ont été dû payer 375 millions en compensation.
Aujourd'hui, je veux vous entretenir au sujet de Roy Jones Jr., le grand champion que j'ai le privilège de connaitre personnellement.
On parle beaucoup de ce dernier ces temps-ci, lui qui a livré son dernier combat en 2023 à 54 ans, une défaite aux points contre l'ancienne vedette des AMM Anthony Pettis.
Celui qui a été intronisé au « International Boxing Hall of Fame » en 2022 était vraiment dans une ligue à part, au sommet de sa carrière, sur une période de 10 ans entre 1994 et 2004.
Il est toujours omniprésent dans les cercles de la boxe, comme entraineur, comme promoteur, comme analyste à la télévision ou comme invité de marque, sa présence est toujours appréciée.
Après une médaille d'argent à l'odeur de corruption aux Jeux olympiques de Séoul en 1988 alors que l'Association Internationale de Boxe Amateur (AIBA) a tenté d'adoucir l'ignominie en lui desservant le trophée Val Barker remis au meilleur boxeur du tournoi, il a débuté son extraordinaire carrière de boxe professionnelle l'année suivante.
Il a été champion du monde IBF des moyens en 1993 à la suite de sa victoire contre Bernard Hopkins, champion IBF des supers moyens de 1994 à 1996, champion du monde des mi-lourds WBC puis champion unifié, pendant 8 ans de 1996 à 2004, en raflant au passage le titre WBA des lourds en détrônant le rude, mais limité John Ruiz.
Comme la division des mi-lourds est en effervescence avec les 2 mégas affrontements entre Artur Beterbiev et Dimitrii Bivol pour l'unification des mi-lourds et l'avènement extraordinaire du fantastique champion des lourds unifié Oleksandr Usyk, considéré un petit poids lourd, lui qui vient de la division de poids inférieure les cruiserweights lourds légers, on aimerait les comparer à Roy Jones Jr.
J'ai rencontré Roy Jones Jr. la première fois la semaine où Éric Lucas a boxé contre lui à Jacksonville le 15 juin 1996.
Éric venait de perdre une décision unanime pour le titre WBC des mi-lourds en France contre Fabrice Tiozzo dans une démonstration de détermination et de courage telle que les 5 000 spectateurs réunis au Palais de Spectacles de Saint-Étienne se sont levés après le combat pour l'ovationner et scander son nom en cœur, Lucas, Lucas, Lucas, au grand dam du vainqueur.
C'est la raison pour laquelle le clan Jones avait choisi Éric.
Le matin du combat, Roy Jones avait participé à une partie de basketball avec une équipe semi-professionnelle, les Barracudas de Jacksonville, une belle cascade publicitaire pour sa carrière. Il avait joué 14 minutes pour enregistrer 5 points. Sa bourse pour le combat a été de 1,7 million et sa paye pour le basketball de 300$.
Les pronostiques étaient unanimes, Éric ne tiendrait pas 2 rounds contre le prodige du ring. Jones a gagné tous les rounds, mais n'est jamais parvenu à ébranler le québécois et c'est à cause d'une coupure à l'arcade que le médecin a arrêté les hostilités juste avant le début du douzième round.
Jones a été élogieux envers Lucas après le combat soulignant surtout l'efficacité de sa défensive.
L'année suivante, je recevais un appel de Jones qui sollicitait la présence d'Éric à son camp d'entrainement. C'est ainsi qu'Éric, Stéphane Ouellet et moi avons passé trois semaines instructives avec ce phénomène.
Jones était extrêmement perfectionniste et chaque journée dans sa vie en était une pour s'améliorer, devenir meilleur. Toutes ses actions, du matin au soir, étaient dédiées à cette quête que ce soit sa nourriture, ses séances de jogging, de sprint, de musculation, ses séances dans le gymnase, ses massages ou ses moments de relaxations.
Quand il arrivait dans la salle de boxe il était toujours bien habillé, parfois même en habit. Ça devait lui prendre plus d'une heure pour se changer, enfiler ses vêtements fraichement lavés et pressés, mettre ses bandages, car il voulait se trouver beau à l'entrainement.
À la fin de la séance c'était tout aussi long, se laver, se parfumer, s'habiller, il prenait tout son temps. Il n'y avait jamais rien d'autre qui pressait et quand il partait du gymnase il était aussi bien mis qu'à son arrivée.
Une fois lancé dans la séance d'entrainement, c'est presque comme s'il était en transe. Il ne souriait plus, il n'était plus sociable, il était dans sa bulle, concentré à trouver le moyen de devenir meilleur.
Les rounds de combats d'entrainement (sparring) étaient ardus, il ne faisait pas semblant et ne retenait pas ses coups. Si tu étais dans le même ring que lui, tu devais te défendre adéquatement ou bien t'en aller.
Éric tenait son bout, 4, 6 ou 8 rounds, pas de problème et Jones l'appréciait. Durant ce camp, puisqu'il y en aura d'autres, Jones se préparait à son combat revanche contre Montell Griffin. Il avait été disqualifié au combat précédant en frappant Griffin alors que ce dernier avait mis le genou au tapis.
À chaque premier round de chaque session Jones effectuait une feinte et lançait un crochait/uppercut de la gauche et Éric n'était jamais capable de l'arrêter. À chaque fois Éric me disait : « Aujourd'hui il ne m'aura pas! » Rien à faire, le coup réussissait à chaque fois. La feinte exécutée était toujours différente, mais le coup déjouait inlassablement la garde d'Éric.
Allez voir le combat sur YouTube Jones Jr contre Griffin 2, Jones passe le K.-O. à son opposant dès le premier round avec ce même coup!
Après ce camp extrêmement didactique, Éric me disait : « Je ne suis peut-être pas talentueux comme Roy, mais ce que j'ai vu ici je suis capable de faire ça moi aussi. » Éric deviendra champion du monde quatre ans plus tard en assénant une main droite circulaire à Glenn Catley, pratiquée des centaines de fois en camp d'entrainement sous la supervision de Stéphane Larouche, l'architecte de ce coup.
La leçon de Jones aura porté fruit et on est toujours resté en contact avec lui. C'est sur la demande de Jean Pascal qui voulait l'avoir dans son coin que je l'ai contacté un jour et il a accepté avec beaucoup d'enthousiasme. Il a travaillé avec Jean en secondant Marc Ramsay lors de plusieurs camps et combats de Pascal.
Tout ça pour dire que Roy Jones a connu cette carrière d'exception pas juste parce qu'il en avait le talent et pas par accident. La plupart du temps c'est comme ça, les meilleurs le sont parce qu'ils ont l'intelligence, la discipline et la détermination pour en faire plus.
Récemment un journaliste a demandé à Jones son opinion sur des affrontements potentiels entre lui et Bivol ou Beterbiev. Gentleman, il a dit, avec justesse, que ces deux géants de leur génération auraient été des adversaires difficiles et redoutables.
Concernant Oleksandr Usyk il assure toutefois qu'il aurait été en mesure de trouver la solution pour aller chercher la victoire.
Je suis plutôt d'avis que Jones aurait pris la mesure de Bivol, je ne vois pas de département où Bivol peut être supérieur à Jones.
Contre Beterbiev c'est une autre paire de manches. Artur aurait toujours eu cette intensité et cette force de frappe corrosive qui aurait pu causer des dégâts dans la défense de l'américain, mais en général j'aurais favorisé Jones Jr. par sa mobilité, sa vitesse et ses réflexes félins.
Cependant face à Usyk je ne trouve aucune voie pour la victoire de Jones Jr. Il a beau, avec Bob Fitzsimmons et James Toney, avoir réussi un exploit sensationnel d'être couronné champion des moyens puis des lourds, mais il n'y a absolument aucune comparaison qui tienne entre Usyk et John Ruiz.
Malgré tout le respect que j'ai pour Jones, je ne crois pas qu'il aurait été victorieux contre les contemporains de Ruiz comme Lennox Lewis, Mike Tyson, Riddick Bowe. C'est la même chose pour les contemporains de Usyk, Tyson Fury ou Anthony Joshua. Usyk lui les a vaincus deux fois chacun.
Usyk - 6'3'' et 227 livres - semble peut-être un petit poids lourd dans l'ère des mastodontes d'aujourd'hui, mais il aurait été un géant comparé à Jones 5'11'' 193 livres contre Ruiz.
Ça revient à une phrase souvent citée par Jean-Paul : « Sur le ring un bon gros bon homme va toujours battre un bon petit homme, c'est pour ça que les divisions de poids existent.
Vous qu'est-ce que vous en pensez?
Bonne boxe!





