Il est peut-être exagéré d'écrire qu'Yvon Michel avait mis Marie-Pier Houle et son entourage au défi, mais le vétéran promoteur était loin d'être convaincu qu'ils obtiendraient – à court ou à moyen terme – l'affrontement significatif qu'ils convoient depuis plusieurs mois déjà.
Inactive depuis sa victoire contre Anissa Benyoub en novembre dernier, la Québécoise a bien reçu quelques propositions intéressantes depuis ce temps, sauf qu'une coupure subie pendant son duel face à la Française l'a forcée à en refuser une pour un choc en Angleterre, ou, comme c'est souvent le cas dans cette industrie, les conditions étaient inacceptables.
Chose certaine, maintenant âgée de 34 ans, Houle ne souhaite plus disputer de combats qu'elle sait remportés d'avance, d'autant plus après avoir goûté à l'intensité d'un championnat du monde contre Sandy Ryan, en Angleterre, il y a un peu plus de deux ans.
Mais voilà, les femmes d'importance sont occupées en boxe professionnelle par les temps qui courent, ce qui laissait bien peu d'options à Houle. C'est en gros ce que Michel tentait d'expliquer à la boxeuse ainsi qu'à son gérant Yves Lévesque. Que la patience est une vertu.
Une réponse qui s'est cependant avérée insatisfaisante aux oreilles de Lévesque, qui n'a pas de susceptibilité à épargner ou encore de relations à protéger dans le monde de la boxe. Il travaille que pour les intérêts de sa cliente qui commençait à trouver le temps long.
C'est alors que Lévesque a contacté tout ce qui gravite dans l'univers du noble art et qu'il a fini par arriver à ses fins : Houle se mesurera à Stephanie Piñeiro Aquino dans un duel pour le titre intérimaire des poids mi-moyens de la WBA le 12 septembre prochain à Porto Rico.
Un dénouement inattendu que Michel n'a pas hésité à qualifier de « travail remarquable », mardi avant-midi, lors d'une rencontre organisée au gymnase de Laval où Houle s'entraîne.
« Quand j'ai signé le contrat, c'est comme si je ne le croyais pas, a avoué Houle. Mais je suis extrêmement soulagée. Ça fait longtemps que j'attends ça. Ça fait longtemps que je veux me battre pour un titre. Ça fait aussi longtemps que j'attends pour me rebattre tout court! »
« Étant donné que Marie-Pier est classée deuxième à la WBA, je savais qu'il y avait une porte de sortie de ce côté-là, a expliqué Lévesque. La championne Lauren Price n'est pas disponible pour respecter ses obligations à la WBA, donc Aquino, qui est classée première aspirante, n'avait pas le choix de passer par Marie-Pier pour un championnat intérimaire. »
Également âgée de 34 ans, Aquino est invaincue en huit combats chez les professionnelles et mène toujours en parallèle sa carrière dans les rangs amateurs. Elle a notamment pris part aux derniers Championnats du monde de l'IBA, où elle a été battue à son premier duel.
« Nous allons là pour tenter de la déstabiliser, a prévenu l'entraîneur de Houle, Sébastien Gauthier. Mais elle possède quand même une force de frappe intéressante. L'objectif sera de toucher, mais sans se faire toucher... Avec le mouvement défensif, créer de l'attaque. »
Cela dit, comme n'importe quel athlète qui pratique des sports de combat, l'attente ainsi que l'incertitude ont été les pires ennemis de Houle. Il y a évidemment eu des hauts et des bas, mais elle néanmoins fait preuve de persévérance en s'entraînant six jours par semaine.
« Si je ne m'entraîne pas, je deviens complètement folle, a-t-elle reconnu. Quand mon chat me tape sur les nerfs, c'est peut-être le temps que je m'en vienne au gymnase! Je suis juste quelqu'un qui a constamment besoin de bouger. J'ai besoin de constamment m'entraîner. »
« Mais j'ai également besoin de progresser, a-t-elle enchaîné sur un ton plus sérieux. J'ai attendu longtemps pour avoir le combat, mais ça nous a permis de travailler sur tellement de choses techniques. J'ai amélioré plein de choses que j'ai pu intégrer à mon sparring. »
Parlant de combats d'entraînement, Houle les a multipliés ces derniers temps, ce qui l'a menée à visiter des endroits aussi exotiques que Laval, St-Jérôme et Toulouse, en France. Cette dernière escapade qui visait à aider Victoire Piteau dans la préparation de son choc face à Samantha Worthington le 26 juillet à Detroit, l'a confortée dans ses décisions de vie.
« Quand je suis revenue ici, j'ai réalisé à quel point j'avais une bonne équipe derrière moi, a conclu Houle. J'ai des gens autour de moi en qui j'ai confiance : Sébastien, mon préparateur physique, etc. Ils sont vraiment tous là pour m'appuyer dans la poursuite de mes objectifs.
« Nous travaillons bien, nous travaillons fort, tout le monde me pousse au bout de mes limites. Autant pendant ma préparation que pendant mes camps d'entraînement, nous travaillons toujours fort. C'est la grande différence. Ça m'a fait prendre conscience de ça. »
Bref, Houle sent que tout a été mis en œuvre derrière elle pour qu'elle réussisse et elle n'a surtout pas l'intention de laisser passer cette deuxième chance de devenir championne du monde. Parce qu'elle sait plus que quiconque que ces occasions n'arrivent pas souvent.





