Dix ou douze rounds? Trois ou quatre hommes dans le coin? Des questions simples dont les réponses devraient l’être tout autant, mais qui ont cependant été source de polémiques pour Christian Mbilli et son équipe à l’approche du plus important combat de sa carrière.
À quelques jours du duel qu’il disputera contre Léster Martínez en sous-carte du celui opposant Saúl « Canelo » Álvarez à Terence Crawford, samedi soir à l’Allegiant Stadium de Las Vegas, le Français d’origine camerounaise reste à la merci de la machine de l’UFC, qui s’occupe l’organisation du gala et impose certaines décisions au détriment des pugilistes.
C’est ainsi que ce n’est qu’il y a un mois à peine que le champion intérimaire des poids super-moyens du WBC a appris qu’il livrera un combat prévu pour dix rounds – plutôt que douze comme le stipule pourtant le règlement pour les duels de championnat du monde.
« C’est certain que ce n’est pas le genre de nouvelle que nous aimons apprendre en plein milieu d’un camp d’entraînement », a reconnu l’entraîneur de Mbilli (29-0, 24 K.-O., Marc Ramsay, pendant un entretien téléphonique avec RDS.ca qui a eu lieu mercredi après-midi.
« C’est l’UFC et [le diffuseur de l’événement] Netflix qui contrôlent l’agenda, a continué Ramsay, qui a aussi été récemment informé que son adjoint Shawn Collinson ne pourra pas l’accompagner aux abords du ring. Pour Shawn, c’est vraiment dommage, car toute une logistique avait été mise en place. Comme jeune entraîneur, tu souhaites toujours vivre des combats d’envergure comme ceux-là qui sont en plus un formidable outil d’apprentissage. »
Évidemment, il y a toujours une part d’imprévu dans ce sport et puisque Mbilli et Ramsay en seront déjà à leur 30e combat ensemble samedi, cette histoire n’a pas été un grand sujet de discussion autour de la table au souper. Il faut dire qu’ils vivaient dans leur bulle de Big Bear Lake, en Californie, en compagnie notamment de l’entraîneur adjoint Luc-Vincent Ouellet et du partenaire d’entraînement Cédrick Belony-Dulièpre pour la deuxième portion du camp.
Ramsay et un habitué de l’endroit, où le célébrissime entraîneur Abel Sánchez y possède un gymnase privé, étant donné qu’il y a préparé plusieurs combats de son ancien protégé Jean Pascal. Située en altitude à environ quatre heures de route de Las Vegas, Big Bear Lake est l’endroit idéal pour se ressourcer avant d’affronter la jungle de la capitale mondiale du vice.
« C’est vraiment plus éprouvant pour un boxeur de s’adapter d’un voyage de la côte Est vers la côte Ouest que l’inverse, a dit Ramsay. Les combats ont lieu tard et avec un décalage de seulement une heure, Christian ne sera pas importuné lorsqu’il se retrouvera dans le ring. »
Car Mbilli aura besoin d’être au sommet de son art pour espérer vaincre Martínez (19-0, 16 K.-O.), un athlète encore relativement inconnu du grand public, mais qui est sous le radar des initiés, bien avant qu’il n’intègre la garde rapprochée de Crawford il y a environ trois ans.
« C’est un boxeur que tout le monde attendait en raison de ses succès dans les rangs amateurs. Il a battu le Cubain [et triple médaillé olympique] Arlen López, a rappelé Ramsay. C’est un boxeur qui possède une bonne force de frappe et qui présente un style mexicain, même s’il est Guatémaltèque. C’est certain que ç’a été un bon partenaire pour Crawford. »
Un constat partagé par l’ancien aspirant mondial chez les super-moyens Steven Nelson, qui a eu la chance de mettre les gants avec Martínez sur une base régulière ces derniers temps.
« Il va marquer les esprits, a affirmé Nelson à The Ring. Les gens vont se dire : “mais d’où sort ce gars?” Mbilli va faire ce qu’il fait toujours et Léster va le démonter. Il est excellent. »
« Il est constant et il gagne en puissance, plus le combat avance, a poursuivi Nelson. S’il commence à neuf, il finira à quinze. Il devient tout simplement plus fort au fil des rounds. »
Au moment d’écrire ces lignes, Mbilli est perçu comme le favori des preneurs aux livres et les experts s’attendent à un affrontement extrêmement serré. En entrevue avec RDS.ca le mois dernier, le Français avait même avoué que son équipe et lui avaient d’abord refusé de croiser le fer avec Martínez avant de changer d’idée sous l’insistance de Turki Al-Sheikh.
« Christian est rendu à un certain âge (30 ans, NDLR) et à un moment donné, il faut sauter dans le train quand il se présente, a développé Ramsay. Christian a connu une belle carrière amateur et compte maintenant un important bagage d’expérience chez les professionnels.
« J’ai toujours dit que la boxe, c’est comme une soupe chaude : il faut y aller doucement, tu ne peux pas y aller d’un coup sec. Christian est assurément prêt à relever ce genre de défi. »
Que ce soit en 10 ou 12 rounds, Ramsay demeure convaincu que la crème remontera à la surface. « Les amateurs retrouveront le Christian qu’ils connaissent : celui physique et porté sur l’attaque qui possède un cardio d’enfer qui épuise ses adversaires, a-t-il conclu. C’est un boxeur complet dont les habiletés techniques sont largement sous-estimées. »





