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Un changement de mentalité pour Houle

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La première fois que Marie-Pier Houle a goûté à l’ivresse d’un combat de championnat du monde en avril 2023, elle n’avait aucune idée du genre d’enfer qu’elle s’apprêtait à visiter.

À l’époque, la Québécoise n’avait pas démérité, loin de là, mais la principale intéressée et son entourage reconnaissent aujourd’hui que la marche était peut-être un peu trop haute pour celle qui ne totalisait que neuf combats professionnels au compteur et qui n’avait pas connu une carrière chez les amateurs comparable à celle de son opposante Sandy Ryan.

« Clairement, je n’avais pas énormément d’expérience rendue là. Je n’avais pas tous les outils pour me battre dans ce combat-là », a mentionné Houle (11-1-2, 3 K.-O.) en marge d’un entraînement médiatique organisé mardi dans un gymnase du quartier Auteuil à Laval.

« Mais j’ai quand même fait une très bonne performance, s’est empressée d’ajouter celle qui avait remporté au moins deux rounds sur les cartes de deux des juges. J’ai appris beaucoup de certaines erreurs que j’ai faites dans ce combat-là. Ça peut juste être utile. »

« On n’avait rien à perdre, c’était vraiment dans le but d’aller chercher du millage de combat important contre une adversaire hyperimportante, a rappelé son gérant Yves Lévesque. Ça ne s’est pas passé comme on voulait. Elle n’a peut-être eu que deux ou trois rounds en sa faveur, mais elle a montré tout son acharnement pour revenir et aller chercher des rounds. »

« Elle n’avait pas l’expérience nécessaire, a renchéri le promoteur Yvon Michel. Si elle avait gagné, elle aurait ensuite rencontré des aspirantes avec encore plus d’expérience et elle aurait eu de la difficulté à conserver sa place. J’ai confiance qu’elle va remporter ce combat-là et qu’elle est maintenant prête pour se battre avec n’importe qui au monde. »

Ce combat évoqué par Michel, c’est celui que Houle disputera le 12 septembre à Porto Rico contre la championne intérimaire des poids mi-moyens de la WBA Stephanie Piñeiro Aquino. Un duel que Houle aborde en s’estimant beaucoup mieux outillée que par le passé.

« On sait que ça va être un combat physique. C’est une grande gauchère qui a une longue portée et c’est quelque chose qu’il faut que je casse dès le départ, a-t-elle analysée. Il ne faut pas que je reste prise dans sa portée, mais je pense que j’ai des aptitudes de boxe qui peuvent être vraiment supérieures à ce qu’elle fait. Je me sens avec une intelligence du ring supérieure à celle que j’ai à l’habitude. J’ai le sentiment que j’ai tous les outils en main. »

« Elle a fait davantage de sparring avec des garçons que des femmes. La raison à ça, c’est qu’on voulait que ce soit un peu plus difficile, a précisé son entraîneur Sébastien Gauthier. Ça n’a pas été facile et ça ne sera pas facile là-bas. On n’a pas le choix de faire une guerre. C’est important d’être dominant, c’est important d’aller chercher chacune des minutes. »

Gauthier avait une volonté ferme de pousser sa protégée dans ses derniers retranchements à l’entraînement, étant donné qu’il avait remarqué une baisse de régime à son retour de son combat contre Ryan. Houle, qui combattait chez les super-légères depuis sa défaite au pays de Galles, est d’ailleurs de retour chez les mi-moyennes, où elle se sent plus à l’aise.

« Marie-Pier était sur le cruise control, elle boxait sur le même rythme pendant ses derniers combats, a fait remarquer Gauthier. Yvon m’avait dit après son dernier combat que Marie-Pier avait perdu son explosivité, son coup de poing fracassant depuis qu’elle était à 140 livres. À 147 livres, on sent qu’il y a une explosion de plus. [Contre Aquino] on va essayer d’imiter Jean Pascal et voler des moments. Marie-Pier a cette puissance-là à 147 livres. »

Cela dit, malgré tous les progrès qui ont pu être réalisés à l’entraînement, c’est au chapitre mental que Houle a effectué le plus grand changement. Elle n’est plus la même désormais.

« Marie-Pier a travaillé fort. Sa mentalité a changé pendant le camp. Elle est prête à souffrir, a assuré Gauthier. Je suis naturellement plus sévère avec elle et je l’avais chicané après un de ses derniers combats, parce que son focus n’était pas sur le combat et le travail qu’elle avait à faire dans le ring, mais sur l’événement. Elle était contente d’aller se battre et de l’accueil du public. C’est vraiment là-dessus que je vois une différence dans sa mentalité. »

« Ce camp d’entraînement-là, je l’ai focussée uniquement sur moi, a confirmé Houle. Je me suis focussée sur mes entraînements, mon travail, mon repos et mon alimentation. Je n’ai rien fait de l’été, sauf manger, dormir, travailler, me reposer et m’entraîner vraiment très fort.

« Je suis allée puiser au plus profond de moi-même. Je dis souvent que dans ma tête, il y a une p’tite bitch qui m’insulte tout le temps, qui me dit tout le temps de la marde. Et là, présentement, c’est la p’tite vache qui va être sur le ring, La p’tite vache a fait de la marde à la p’tite bitch. Et C’est celle-là qui va être dans le ring le 12. Oui, j’ai dit cela. Je l’assume. »

De manière plus posée et réfléchie, disons simplement que Houle n’avait pas d’autre choix que de mettre toutes les chances de remporter son combat. Maintenant âgée de 35 ans, elle n’a pas plus le luxe de laisser passer une aussi belle occasion de devenir championne.