Vous connaissez le GP Explorer? Ne vous en faites pas, il est probable que la réponse soit non. On est loin d’une course mythique comme l’Indy 500 ou les 24 heures du Mans.
Et pourtant. En France et chez les jeunes, cette troisième édition du GP Explorer, qui avait lieu la fin de semaine du 3 au 5 octobre dernier, était peut-être l’événement de sports automobiles de l’année. L’énoncé peut paraître osé, et il l’est sans doute un peu, mais les chiffres sont impressionnants : 200 000 billets vendus en 2 heures pour les 3 jours d’action en piste, générant des revenus de 13,3 millions d’euros. On ajoute 1,4 million de spectateurs sur Twitch, et plus de 1,2 million sur la télévision traditionnelle sur France 2.
Tout ça pour une course impliquant 24 pilotes amateurs, principalement des créateurs de contenu, qui s’affrontaient au volant de Formules 4 sur le circuit des 24 Heures du Mans, en France. Du nombre, 18 Français, deux Espagnols, deux Américains, une Suissesse...
Et pour la première fois, une Québécoise.
Arianne Vallières, connue sous le nom de « Cocottee » dans l’univers du Web, connaissait bien le GP Explorer. En 2023, elle avait été invitée par l’organisateur « Squeezie » à être l’une des animatrices de l’événement.
En février, elle recevait encore une fois un appel du créateur français, mais cette fois-ci, c’était pour être derrière le volant.
« J’ai eu une larme tellement j’étais contente de recevoir cette nouvelle. Je me souviens, quand j’ai reçu la nouvelle, je courrais en rond dans mon salon, je sautais de joie, se remémore la jeune femme de 25 ans en entrevue avec RDS. C’était le meilleur appel de toute ma vie ».
Par contre, avant de s’élancer en pleine course dans une voiture qui peut atteindre des vitesses de 230 km/h, Cocottee et ses 23 collègues avaient beaucoup d’apprentissage à faire. Un processus d’entraînement long et sérieux l’attendait, avec des séances pratiques et théoriques qui s’échelonnaient sur plusieurs mois et sur plusieurs circuits, afin de développer leurs habiletés et d’atteindre leur potentiel.
Au fil des entraînements, ces pilotes amateurs ont découvert les rudiments et les complexités du sport automobile, parfois à leurs dépens, comme ce fut le cas pour Arianne. Au cours d’un entrainement, elle a perdu le contrôle de sa monoplace à 180 km/h avant de percuter le mur. Un accident causé par une piste froide et des pneus qui n’étaient pas montés en température, mais qui a aussi grandement affecté mentalement la jeune pilote.
« C’est sûr qu’il y a eu plus de peur que de mal. Je n’étais pas blessée, mais ça m’a tellement affecté mentalement. J’avais perdu confiance en moi, en la voiture, en ma technique.
« Ensuite, j’étais devenu comme une " mamie “. Tout le monde me dépassait, alors ça me démoralisait. J’ai eu besoin d’une bonne semaine d’entraînement pour retrouver mon rythme. »
Au final, Cocottee a pris le 15e rang sur 24 pilotes lors de la course principale, le dimanche. Cependant, c’est lors de la course sprint du samedi qu’elle s’est particulièrement illustrée, terminant cinquième alors qu’elle avait pris le départ au neuvième échelon. Pour elle, c’est la pluie qui est venue tout changer.
« On n’avait jamais pris le volant sous la pluie lors de nos entraînements. Tout le monde avait de la misère. En France, ils ne sont pas habitués d’avoir de la pluie, d’avoir des changements de température. Tout le monde dérapait. »
« Je savais un peu c’était quoi les techniques, car je crois que la neige et la pluie ici m’ont beaucoup aidé. Je pense que c’était à mon avantage », explique-t-elle.
La preuve, c’est sa réaction afin de garder le contrôle de sa monoplace en sortie d’un virage lors du dernier tour, une réaction qui lui a permis de conserver son top-5. « Quand j’ai réalisé que j’avais fait un top-5, j’ai pleuré dans mon casque. J’étais tellement contente et fière de moi. »
Cocottee se souviendra sans doute longtemps de cette course, mais ce qu’elle retiendra surtout, c’est l’expérience unique qu’elle a vécue dans une ambiance survoltée.
« C’est la meilleure expérience de toute ma vie. C’était tellement fort en émotions. C’était comme un camp de vacances, on était plein d’amis qui s’amusaient ensemble. Ma famille aussi était présente en France. C’est un moment qui a rapproché ma famille et moi, car mes proches ont pu voir un aspect de moi dans mon élément », ajoute-t-elle.
Un impact qui dépasse les réseaux sociaux
Devant un tel engouement, les répercussions de la présence d’Arianne à cet évènement ont été multiples et variées. Celle qui a commencé à diffuser ses séances de jeux vidéos sur Twitch pour se divertir pendant la pandémie a vu sa notoriété monter en flèche grâce au GP Explorer. « Sur Instagram, la fin de semaine m’a permis d’obtenir facilement 80 000 followers de plus. Sauf que pendant l’année, on a parlé de moi tout le long aussi, donc quand je regarde l’année au complet, l’évènement m’a amené plus de 200 000 abonnées. Même chose sur TikTok », estime la créatrice de contenu, dont la première vidéo Youtube sur le GP Explorer a amassé plus d’un million de visionnement.
Se définissant elle-même de « fière Québécoise » dans sa bio Instagram, elle a également placé sa province à l’avant-plan tout au long de son parcours. Casque aux couleurs du Québec, drapeau de la province, Cocottee a voulu montrer sa fierté au peuple français, mais son message a également pris une tournure politique.
C’est qu’un extrait qu’elle a publié sur ses réseaux sociaux, dans lequel elle indique qu’elle aimerait voir le drapeau québécois sur sa combinaison plutôt que celui du Canada, a été repris par le Parti Québécois et par son chef, Paul St-Pierre Plamondon.
Cocottee n’avait été pas mise au courant que le PQ allait reprendre cet extrait, et elle aurait visiblement préféré éviter cette situation. « Comme on peut voir dans tout mon contenu, je suis fière d’être Québécoise. Je voulais le montrer à la France. Mais je ne m’y connais pas en politique, je ne m’y connais vraiment pas, et je ne veux pas m’embarquer là-dedans. Pour la combinaison, oui je suis Canadienne, mais je voulais le drapeau du Québec, car il est plus significatif pour moi. »
« Ils ont repris ça un peu hors contexte, car ils ont présenté ça comme si je voulais que le Québec devienne un pays. Je ne sais même pas si je veux ça. Je ne connais pas les avantages et les désavantages face à ça. Je voulais simplement montrer que j’étais Québécoise, point. »
« Je ne pensais pas que ça prendrait autant d’ampleur. Maintenant, je sais que je vais devoir faire attention à ce que je dis la prochaine fois », convient-elle.
Par contre, un des messages qu’elle voulait consciemment lancer, c’était en lien avec la place des femmes dans le sport automobile.
Six des 24 pilotes au GP Explorer étaient des femmes. Et malheureusement, celles-ci s’exposent au plus laid des réseaux sociaux, soit à des vagues de commentaires misogynes, haineux, voire violents. On l’avait vu lors de la deuxième édition en 2023, et l’histoire s’est encore une fois répétée en 2025, et ce, malgré une présence sur le podium de la Française Kaatsup.
Arianne, elle, regarde peu les commentaires sur ses publications, et elle n’a donc pas été trop consciente de cette réalité. Toutefois, elle croit que les résultats que les pilotes féminines ont obtenus, y compris grâce à sa cinquième place, viennent briser les stéréotypes.
« Il y a toujours les stéréotypes comme quoi les femmes ne peuvent pas faire de sports d’hommes. On a eu la preuve, avec la deuxième place de Kaatsup, que les femmes ont leur place dans le sport automobile avec les hommes. »
Pour ça, c’est mission accomplie.
Jeudi dernier, Cocottee a publié un documentaire sur son expérience sur sa chaîne Youtube. Un retour sur « l’expérience la plus intense de sa vie » avec des images dans les coulisses, que vous pouvez visionner ici.





