Entre la domination de Mercedes, le retour à l’avant de Lewis Hamilton, les déboires d’Aston Martin, les arrivées de Cadillac et d’Audi et l’implantation de nouveaux règlements, il s’en est passé des choses lors de la première moitié de la saison en Formule 1. Les premières épreuves n’ont pas manqué de surprises. Voir Kimi Antonelli remporter cinq courses de suite aussi tôt dans la saison était un véritable tour de force que peu avaient vu venir. Et quand on commençait à s’y habituer… voilà que les cinq courses suivantes ont été remportées par cinq pilotes différents.
Alors que l’action reprend dans quelques jours du côté de Zandvoort aux Pays-Bas, voici mon bilan de mi-saison, équipe par équipe.
Mercedes
Qualifications : Antonelli 7-4
Courses : Antonelli 7-4
Points : Antonelli 219 (1er), Russell 160 (3e)
Mercedes commençait la saison avec l’étiquette de favorite, forte d’essais hivernaux concluants et d’un nouveau moteur dont on a rapidement compris l’avantage sur ses adversaires.
L’écurie a confirmé ses ambitions en amassant dix positions de tête de suite pour commencer la saison et huit victoires lors des 11 premières épreuves.
Ce qui est plus surprenant, c’est de voir que Kimi Antonelli s’impose face à son coéquipier. Ce n’est pas qu’on doutait de son talent, bien au contraire. Sauf qu’à seulement 19 ans et à sa deuxième saison en Formule 1, plusieurs voyaient plutôt une année de progression parsemée de moments où son inexpérience se ferait sentir.
Or, l’Italien prouve qu’il est déjà un sérieux prétendant au titre des pilotes. Il a remporté cinq courses de suite entre le Grand Prix de Chine et celui de Monaco. Il a terminé neuf des 11 courses sur le podium. Les deux autres fois, des problèmes sur sa voiture l’ont fait chuter hors des points.
À l’inverse, George Russell n’a pas réussi à trouver cette même constance malgré sa plus grande expérience. Par exemple, il a terminé hors du podium lors de quatre courses de suite entre le Grand Prix du Japon et celui de Monaco.
La pression est grande sur Russell. Il était le favori en début de saison et le championnat semble lui glisser entre les doigts. Est-ce qu’il sera en mesure de rebondir en deuxième moitié de campagne, ou est-ce qu’Antonelli continuera de s’imposer comme le pilote numéro 1 de l’écurie?
Mercedes doit aussi se méfier. Ferrari et McLaren ont réduit l’écart lors des dernières épreuves, comme le témoignent les victoires de Lewis Hamilton, Charles Leclerc et Lando Norris. L’écurie éprouve notamment des problèmes de fiabilité. Entre les Grand Prix du Canada et de Belgique, un des deux pilotes a terminé hors des points cinq fois en six courses. Oui l’avance est bonne, mais si on ouvre trop souvent la porte, les rivaux finiront par en profiter. McLaren a bien failli se faire jouer le même tour pas plus tard que l’an dernier.
Ferrari
Qualifications : Leclerc 6-5
Courses : Hamilton 6-5
Points : Hamilton 169 (2e), Leclerc 138 (4e)
Après une saison complète sans victoire en 2025, la Scuderia a profité de cette première moitié de saison pour remonter sur la plus haute marche du podium. C’était d’autant plus significatif que ce retour s’est effectué grâce à Lewis Hamilton, qui avait connu une saison bien loin de ses standards l’an dernier.
En l’emportant à Barcelone, le Britannique est venu démontrer à tous ceux qui en doutaient qu’il avait encore ce qu’il fallait pour gagner. Juste avant, Hamilton avait terminé 2e au Canada et à Monaco. Le septuple champion a travaillé dur pour s’adapter à sa nouvelle écurie, mais aussi, pour guider la Scuderia dans une direction qui lui plaît, que ce soit au niveau des réglages, de l’équipement, ou du personnel qui l’entoure. Deuxième au classement des pilotes, le vétéran reste au plus fort de la lutte avec le jeune Antonelli. Surtout que pendant que Mercedes éprouve des ennuis de fiabilité, Hamilton est le seul pilote à avoir terminé toutes les courses dans les points.
De son côté, Charles Leclerc a connu une période difficile à partir du Grand Prix du Canada. Sans confiance derrière le volant, le Monégasque se plaignait du comportement de ses freins. Mais à Silverstone, il a trouvé une solution en analysant les données de télémétrie, et depuis, les Tifosis ont retrouvé le Charles Leclerc qu’ils adorent avec une victoire à Silverstone et une deuxième place en Belgique.
Maintenant qu’on sait qu’on peut gagner des courses chez Ferrari, la prochaine étape sera de mettre de plus en plus de pression sur Mercedes et de se battre jusqu’à la fin dans les courses aux titres. Sera-t-on en mesure de le faire?
McLaren
Qualifications : Norris 7-4
Courses : Piastri 6-5
Points : Norris 128 (5e), Piastri 92 (7e)
McLaren est bien loin de la situation où elle se trouvait à pareille date l’an dernier. Le début de saison a été difficile pour l’écurie britannique, et une victoire acquise en course sprint à Miami a été pendant longtemps le seul vestige de sa saison triomphante de 2025.
L’écurie a toutefois amené d’importantes évolutions lors de la dernière épreuve avant la pause, en Hongrie. Ça lui a permis de récolter sa première position de tête et victoire de la saison grâce à Lando Norris. Un doublé était même probable sans l’abandon d’Oscar Piastri en raison d’un bris sur la boite de vitesse.
Est-ce un signe de ce qui est à venir pour McLaren? Ou simplement un circuit qui correspondait mieux aux forces de cette monoplace? Les prochains Grands Prix devraient aider à trouver les réponses à ces questions.
Entretemps, le nouveau champion en titre accomplit tout de même du bon travail même si la voiture ne lui permet pas toujours d’obtenir des résultats grandioses. On le sent tout de même un peu plus détendu cette saison maintenant qu’il est champion du monde.
Quant à Oscar Piastri, il essaie de rattraper le retard qu’il a encaissé en ne prenant pas le départ lors des deux premières épreuves de la saison. Il connaissait une bonne course en Hongrie avant d’être contraint à l’abandon. Assez pour lui redonner un peu de confiance?
Red Bull
Qualifications : Verstappen 8-3
Courses : Verstappen 8-3
Points : Verstappen 109 (6e), Hadjar 68 (8e)
On dit souvent que quand Verstappen va, tout va chez Red Bull… or, ce n’est pas tout à fait le cas cette année. Le pilote néerlandais n’aime ni les nouveaux règlements 2026, ni sa nouvelle voiture que son équipe lui offre. Il ne sent pas qu’il peut se battre pour la victoire, et ses deux sorties de piste en raison de l’aileron arrière de type « macarena » en Autriche et à Silverstone n’ont rien fait pour le calmer.
S’il est vrai qu’on est loin de la Red Bull dominante de 2023, le talent de Max revient toujours à l’avant-plan. Il compte quatre podiums cette saison, dont trois lors des quatre dernières courses. Si on parvient à améliorer un tant soit peu cette voiture, on peut facilement croire que Verstappen parviendra à aller chercher au moins une victoire d’ici la fin de la saison. Sinon, ce serait une première depuis son arrivée chez Red Bull, en 2016.
Toutefois, la vraie question n’est pas de savoir s’il montera sur la plus haute marche du podium ou non, mais plutôt de connaître ses plans pour l’avenir. Même s’il est sous contrat avec Red Bull jusqu’à la fin de la saison 2028, son avenir continue d’alimenter les rumeurs. Les dernières le lient notamment avec McLaren.
Quant à Isack Hadjar, il connaît un bon début de saison. Rien d’exceptionnel, mais connaissant les déboires des pilotes no 2 chez Red Bull, ce n’est pas non plus ce qui lui est demandé. Ce qu’on attend de lui, c’est de récolter des points avec constance, et c’est ce qu’il fait. Il a terminé dans le top-6 lors des sept dernières épreuves. Malheureusement, il ne pourra participer au Grand Prix des Pays-Bas en raison d’une blessure. (https://www.rds.ca/courses/formule-1/article/hadjar-ratera-le-retour-de-la-f1-tsunoda-de-retour/)
Soulignons aussi le bon travail de Red Bull Powertrains et de Ford. Confectionner un premier moteur en F1 n’est pas une mince tâche, et c’était une source d’inquiétude pour Red Bull. On peut aujourd’hui dire mission accomplie. Qu’il soit le meilleur du plateau comme la FIA l’a statué selon le système ADUO ou non, on peut tous s’entendre pour dire que le défi a été relevé.
Racing Bulls
Qualifications : Lawson 6-5
Courses : Lawson 8-3
Points : Lawson 43 (9e), Lindblad 23 (11e)
On souligne depuis les essais hivernaux à quel point la saison 2026 sera dictée par le développement des écuries. Racing Bulls en est l’exemple parfait. L’équipe est arrivée à Montréal avec seulement 14 points et figurait au septième rang au classement des constructeurs. Depuis l’arrivée d’un ensemble d’évolutions au Canada, l’équipe a placé ses deux voitures dans les points cinq fois en sept épreuves et pointent maintenant au cinquième rang des constructeurs avec 66 points.
Malgré le changement de réglementation, la voiture a gardé ses caractéristiques de l’an dernier. Elle est bien équilibrée et semble facile à conduire, même pour un pilote recrue comme Arvid Lindblad. Peu importe le type de circuit, RB trouve une façon de terminer dans les points et de se battre pour le titre de « meilleure des autres ».
Lindblad est solide à sa saison recrue, et quant à Lawson, il rebondit de brillante façon après la déception de l’an dernier. Je n’y reviendrai pas trop longuement puisque j’ai fait une chronique sur le Néo-Zélandais peu de temps avant la pause. (https://www.rds.ca/courses/formule-1/article/un-nouveau-depart-pour-lawson/)
Alpine
Qualifications : Gasly 9-2
Courses : Gasly 6-5
Points : Gasly 42 (10e), Colapinto 19 (12e)
Dernier l’an passé, Alpine ne pouvait pas vraiment faire pire… sauf que c’est finalement nettement mieux, alors que l’équipe se bat avec Racing Bulls pour la cinquième place au classement.
L’équipe a pris une décision lourde de conséquences pour son personnel en décidant d’arrêter de confectionner ses moteurs Renault en 2026, mais au moins, le changement de motoriste a eu l’effet escompté. Avec un moteur Mercedes, l’équipe est soudainement redevenue bien plus compétitive.
Ce n’est pas vraiment une surprise de voir Pierre Gasly mener la charge pour l’écurie française, c’est ce qu’il fait depuis déjà plusieurs saisons. Il faut toutefois souligner son podium acquis dans les rues de Monaco, et ce, même s’il n’a pas pu célébrer sur le coup.
C’est toutefois rassurant de voir que Franco Colapinto peut maintenant lui aussi contribuer. L’Argentin n’avait pas inscrit de point l’an dernier en 18 Grands Prix. Cette année, sur les onze courses de la saison, il a terminé dans le top-10 déjà six fois.
Le défi maintenant pour Alpine, c’est de retrouver un peu de rythme par rapport à Racing Bulls, qui performe mieux depuis ses évolutions à Montréal. L’écurie française devra elle aussi améliorer sa monoplace pour rester dans la course au cinquième rang.
Haas
Qualifications : Bearman 8-3
Courses : Bearman 7-4
Points : Bearman 18 (13e), Ocon 3 (17e)
C’est malheureusement un scénario qu’on connait trop bien chez Haas. On commence la saison de la bonne façon, mais on peine par la suite à maintenir le rythme quand les rivaux amènent des évolutions sur leurs voitures.
On avait vu de belles choses de l’écurie américaine lors des essais hivernaux et plusieurs la voyaient en mesure de se battre en milieu de peloton avec Alpine et Racing Bulls. Les septièmes et cinquièmes positions d’Oliver Bearman en levée de rideau allaient dans cette même direction. Lors des six premières épreuves de la saison, une voiture Haas a terminé dans les points cinq fois.
Depuis, c’est la panne sèche : Aucun point lors des cinq dernières courses, avec comme meilleur résultat une 12e place acquise par Bearman à Silverstone.
Avec Audi qui a obtenu de bons résultats avant la pause, et Aston Martin et Williams qui veulent rebondir en deuxième moitié de saison, Haas doit maintenant passer à l’action pour ne pas chuter davantage au classement.
Pour se faire, on en demandera assurément plus d’Esteban Ocon. Il est clair que l’équipe américaine s’attend à plus d’un pilote d’expérience comme lui. Le Français est d’ailleurs sans contrat pour la prochaine saison. Joue-t-il son avenir en Formule 1?
Audi
Qualifications : Hulkenberg 6-5
Courses : Bortoleto 7-4
Points : Bortoleto 10 (14e), Hulkenberg 2 (18e)
On ne partait pas de zéro chez Audi puisque l’équipe a racheté l’écurie Sauber… mais ce n’est pas loin. Surtout qu’au niveau du groupe propulseur, là, le défi était entier avec l’arrivée du moteur Audi, contrairement au Ferrari que l’entité Sauber utilisait auparavant.
Dans ces circonstances, les performances de l’écurie ne sont pas si mal. Les ambitions sont plus grandes lorsqu’on porte les quatre anneaux sur sa voiture, mais pour une première saison, il fallait s’attendre à une courbe d’apprentissage. Cette courbe, on commence d’ailleurs à bien la voir, avec des résultats dans les points lors des trois dernières épreuves.
À 21 ans, Gabriel Bortoleto continue de bien progresser et c’est lui qui est allé chercher la plupart des points de l’écurie. Le champion de F3 et de F2 continue de prouver son potentiel et il a déjà le meilleur sur son coéquipier d’expérience.
Bref, la base est intéressante chez Audi. Il ne reste qu’à voir comment l’écurie pourra progresser vers le devant du plateau au cours des prochaines saisons.
Williams
Qualifications : Sainz 9-2
Courses : Sainz 6-5
Points : Sainz 6 (15e), Albon 5 (16e)
Déception est le premier mot qui me vient en tête en pensant à la saison de Williams. Pourtant, tout semblait en place. Un excellent groupe propulseur avec Mercedes, un bon duo de pilotes, un bon leader en James Vowles, et une équipe qui travaille pour 2026 depuis des années… les attentes étaient élevées.
Or, on a vite compris que les choses n’allaient pas comme prévu quand l’écurie a dû faire l’impasse sur le shakedown à Barcelone. L’équipe anglaise était en retard sur ses échéanciers, et surtout, la voiture était bien trop lourde.
Les résultats parlent d’eux-mêmes, alors que l’équipe n’a pas inscrit de points lors des cinq dernières courses.
Les pilotes font ce qu’ils peuvent avec cette voiture. D’ailleurs, ils viennent tout juste de signer des prolongations de contrat.
Au final, c’est à l’équipe de trouver des façons de renverser la tendance. James Vowles misait gros sur la saison 2026. Si les résultats ne changent pas, les regards pourraient rapidement se tourner vers lui.
Aston Martin
Qualifications : Alonso 9-2
Courses : Alonso 6-2
Points : Alonso 1 (19e), Stroll 0 (20e)
Si le mot qui résume le début de saison de Williams était déception, celui d’Aston Martin doit être catastrophe.
En fait, c’est un peu la même histoire que Williams, mais avec des proportions encore plus grandes. Les attentes encore plus élevées. L’échec encore plus retentissant.
Cette écurie compte sur des ressources matérielles, humaines et financières dignes des écuries de pointe. Se retrouver dans une situation où l’équipe manquait de pièces de remplacement en début de saison et où les pilotes devaient parfois abandonner en raison des vibrations trop importantes n’est donc pas ce à quoi on s’attendait.
Enfin, l’écurie a pu compter sur des évolutions en Hongrie, ce qui a mené à une première présence en Q2 cette saison. Honda amènera à son tour des évolutions sur le groupe propulseur à Zandvoort. Il y a donc un peu d’espoir pour l’écurie de Lawrence Stroll… mais le travail à faire est colossal.
Cadillac
Qualifications : Perez 6-5
Courses : Perez 6-3
Points : Bottas 0 (21e), Perez 0 (22e)
Tout est à construire pour Cadillac en cette première année d’existence. C’est une toute nouvelle opération, et personne n’est vraiment surpris de voir l’écurie en fond de peloton. La courbe d’apprentissage sera longue, mais la fondation est maintenant en place.
Au final, il y a bien peu à dire pour la nouvelle équipe américaine. On peut être fier du travail accompli pour mettre sur pied cette équipe.
Pour s’améliorer, il faudra d’abord démontrer plus de fiabilité. Au moins une des deux voitures n’a pas croisé l’arrivée dans six des sept dernières épreuves. C’est bien sûr un problème, mais c’était aussi à prévoir.
Pendant la pause, l’écurie a remercié son directeur d’équipe Graeme Lowdon pour le remplacer par Marcin Budkowski. Comme quoi on veut déjà donner un nouveau souffle à l’équipe et commencer à viser plus haut…





