Les attaques des favoris ont fusé, mais c’est l’Américain Brandon McNulty, parti en facteur à deux tours et demi de la fin, qui aura eu l’instinct de fausser compagnie aux favoris trop attentistes. Dimanche, devant un public nombreux et généreux dans ses encouragements, le cycliste a roulé en solo et maintenu une avance d’une trentaine de secondes jusqu’au bout des 273,4 km pour devenir champion du monde à Montréal.
L’Australien Michael Matthews a fini deuxième au sprint devant le Néerlandais Mathieu Van der Poel, sacré champion en 2023.
Nickolas Zukowsky a été le seul Québécois à rallier l’arrivée en 45e place (+6 minutes 53 secondes), tandis que Pier-André Côté, Hugo Houle et Guillaume Boivin ont abandonné. Leurs coéquipiers Michael Leonard (+6 minutes 39 secondes) et Michael Woods (+6 minutes 48 secondes) ont respectivement fini et 32e et 35e.
En mode survie
Dans les 12 tours du circuit final du Mont-Royal, les Canadiens ont été réduits à survivre dans le peloton qui a été mené à un rythme effréné par l’équipe de France, Bruno Armirail en tête, pour faire fondre l’avance de l’échappée, dont faisait partie Boivin. L’avance des fuyards est montée jusqu’à près de 9 minutes, mais le rythme effréné a rapidement forcé les favoris locaux en mode survie.
« C’est la course la plus dure de ma vie », a laissé tomber Zukowsky qui aurait aimé terminer dans les 30 premiers, mais qui n’avait pas perdu son sourire pour autant.
« La façon dont la course a été amenée par la France a fait en sorte que c’est devenu une course d’élimination. Même si des coureurs qui ont de gros moteurs (Leonard et Woods) étaient super en forme, mais avec le rythme d’aujourd’hui, il n’y avait pas de cachettes. Ça prenait des jambes et on a fait ce qu’on pouvait. »
L’athlète de Sainte-Lucie-des-Laurentides a mentionné que l’appui de la foule avait fait une différence positive.
« C’est rare, mais j’étais un peu émotif en arrivant à l’arrivée parce que j’ai vu toute ma famille des gens que je n’ai pas vus depuis longtemps. Je suis rarement au Québec. Ç’a brassé beaucoup d’émotions! »
Hugo Houle fêtait ses 36 ans dimanche. Il a été victime d’une crevaison lente au moment où les choses commençaient à bouger un peu plus dans le peloton. « Je me suis battu deux ou trois tours pour essayer de recoller le peloton, mais il n’y avait rien à faire. Je suis un peu déçu parce que les jambes étaient quand même bonnes à ce moment-là. La foule m’a remis le sourire dans la face. Je suis privilégié d’avoir pu faire ça à la maison. »
Pier-André Côté a pour sa part utilisé la métaphore culinaire pour parler du rythme de la course. « J’ai été cuit à feu moyen doux. [...] J’ai souffert le martyre toute la journée et la course était vraiment plus dure qu’au Grand Prix de Montréal. C’était vraiment difficile de se replacer entre les bosses, donc ça faisait un effort beaucoup plus soutenu et appuyé. C’était un mondial vraiment, vraiment difficile, mais je suis extrêmement fier du public québécois. C’était incroyable!
L’athlète de Saint-Henri-de-Lévis vivra un autre grand moment lundi, alors qu’il se mariera avec sa conjointe de longue date, la cycliste Lily Plante. Une cérémonie organisée en vitesse à l’hôtel de ville de Thetford Mines devant une amie greffière avant que les nouveaux mariés ne retournent en Europe. Le couple se promet de faire une cérémonie avec plus de décorum et surtout, plus d’invités, d’ici un an ou deux.
D’usure et d’attente
Les attaques violentes ont été nombreuses, mais c’est celle toute en douceur de Brandon McNulty qui aura été la plus marquante de ces 6 heures 17 minutes de course. L’Américain s’est sauvé sur le Boulevard Édouard-Montpetit, à l’endroit où était la ligne d’arrivée des mondiaux de 1974. Les favoris du groupe se sont regardés sans passer à l’action.
Le Britannique Tom Pidcock et de l’Irlandais Ben Healy ont été les plus volontaires pour revenir sur la tête de course, mais dès qu’un début de chasse prenait forme, l’Américain Matteo Jorgenson suivait sur le porte-bagage sans prendre un seul relais, question de ne pas nuire à son coéquipier devant.
Le grand favori, le Belge Remco Evenepoel, en a eu assez de ces hésitations et il est parti en sol peu avant le début du dernier tour. Il a vite payé le prix de ses efforts, lui qui avait déjà fait souvent l’élastique pour rester avec le groupe des meneurs dans les kilomètres précédents.
On a cru que la cavale de McNulty prendrait fin peu avant la dernière ascension de la Côte de la Polytechnique où son avance avait fondue à une quinzaine de secondes. Mais encore une fois, le manque d’initiative de la majorité des favoris, exception faite de Pidcock, aura tué toutes chances de retour sur celui qui s’était fait offrir la victoire du Grand Prix cycliste de Montréal 2025 sur un plateau d’argent par son coéquipier Tadej Pogacar.
Cette fois-ci, c’est à la pédale que McNulty est allé chercher la plus belle victoire de sa carrière.
« Je connais très bien ce parcours, je savais qu’une médaille était possible. C’est seulement avec 50 m à faire que j’ai réalisé que je deviendrais champion du monde », a-t-il commenté en conférence de presse en ayant de bons mots pour les spectateurs montréalais.
Guillaume Boivin quitte le peloton le cœur léger
Avec l’absence de son premier leader, Derek Gee-West, sur la touche en raison de côtes fracturées il y a deux semaines au Grand Prix cycliste de Montréal, Guillaume Boivin l’a remplacé. Rentré d’Europe il y a quelques jours à peine, le Québécois a sauté dans l’échappée matinale de 16 coureurs, marquant ainsi le coup d’un dernier baroud d’honneur de sa carrière d’athlète. Avec neuf tours à faire, le vétéran a été décroché et il fait des tapes dans les mains de plusieurs spectateurs massés le long de la Côte de la Polytechnique, un grand sourire aux lèvres.
De quoi faire oublier une saison difficile, mais qui se terminera de belle façon.
« Je suis rendu à une place où je suis vraiment fier de la carrière que j’ai faite. J’ai eu du fun et fait 17 ans chez les professionnels. J’ai vécu ce que j’avais à vivre, puis je vais passer à autre chose. Je pense que c’est bien correct aussi », a déclaré Boivin avec le sourire et un léger trémolo dans la voix.
Lundi dernier, en Belgique, il est allé rouler le Vieux Kwaremont, sa bosse préférée. Un moment qui l’a fait réfléchir un peu plus quant à son avenir.
« Il faisait un super beau soleil et c’était enfin de journée. Je me suis dit, j’ai souffert beaucoup dans ces côtes flamandes là. J’étais serein et heureux, puis j’ai dit : “bon, c’est fini, c’est correct.” Et depuis ce temps-là, je me sentais mieux que dans les deux derniers mois. Et le lendemain, j’ai reçu un appel de Derek lui-même qui m’a dit que je pourrais faire la course des mondiaux. »




