Le match des Alouettes contre les Argonauts vous sera présenté dès 18 h 30 ce soir sur RDS et ses plateformes.
QUÉBEC – « Le touché de Pierre Tremblay! » Geoffrey Cantin-Arku a sursauté quand l’annonceur a décrit son touché avec ce nom. Voici l’histoire de la petite entorse à un règlement qui a changé sa vie.
À l’école primaire, Cantin-Arku était, de son propre aveu, un élève assez turbulent qui se faisait chasser de ses cours.
La mère, Nancy Cantin, cherchait une solution pour aider son garçon et elle en a discuté avec une amie qui a proposé de l’initier au football puisque son mari était – et il est encore – l’entraîneur-chef des mini-Vikings à l’École secondaire de l’Aubier.
« Geoffrey n’était pas reposant à l’école et on lui a dit ‘Quand ça se passe bien à l’école, tu vas pouvoir pratiquer avec nous’ », a raconté Christian Pelletier qui dirige cette équipe depuis 25 ans.
Le hic, c’est que Cantin-Arku ne fréquentait pas l’École secondaire de l’Aubier à ce moment. Mais les pratiques de football exerçaient déjà une influence positive sur lui.
Alors, le plan rempli de bonnes intentions a franchi la prochaine étape : lui permettre de jouer des matchs même s’il était plus jeune que les élèves du secondaire et qu’il allait à une autre école.
« Au premier match, Geoffrey a vu comment ça se passait sur le terrain, mais on voyait rapidement que le petit gars avait un talent exceptionnel. Puis, un moment donné, il a compté un touché. Quand l’annonceur a prononcé Pierre Tremblay, il m’a regardé et m’a dit ‘Coach , ce n’est pas mon nom’. J’ai répondu que, pour aujourd’hui, on allait l’appeler Pierre Tremblay », s’est remémoré Pelletier en riant.
Cantin-Arku ignorait qu’on avait eu vent de cette charmante histoire. Sa réaction était fort plaisante quand on a lui rappelé cette anecdote.
« Qui t’a dit ça? C’est moi?, a réagi Cantin-Arku avec son grand sourire. J’étais encore au primaire donc c’était illégal de jouer avec eux. J’ai pu finir la saison, mais l’entraîneur a été puni. »
Quand on repense à cette petite anicroche, qui remonte à plus de 15 ans, on réalise l’ampleur de son impact bénéfique. Le comportement de Cantin-Arku s’est grandement amélioré à l’école, il a mérité des bourses universitaires pour aller étudier et jouer dans le calibre relevé de la NCAA, il a obtenu un essai avec les Dolphins de Miami et il est devenu un rouage important des Alouettes de Montréal.
Mais surtout, il s’est impliqué activement dans la communauté grâce aux valeurs acquises dans sa famille et au football.
« Ç’a tout changé! Le football m’a permis de commencer à respecter mes enseignants, la direction, mes entraîneurs et mes coéquipiers. Ça m’a calmé en pouvant dépenser mon énergie. Ça m’a aidé à devenir une meilleure personne et investir mes énergies dans ce qui me passionne. »
— Geoffrey Cantin-Arku
Que ce soit à son Académie - qu’il organise chaque année - ou lors de visites dans les écoles ou sur les terrains de football amateur, c’est l’essence du message qu’il aime répéter.
Pour son premier entraîneur, qui est demeuré un ami proche, le but était de procurer du plaisir à ces jeunes.
« Il y a des jeunes qui ont un côté un peu plus rough ou plus tough, parce que ce n’est pas tout le monde qui est favorisé dans notre coin. On le faisait pour aider ces jeunes-là comme on a aidé Geoffrey à sa façon », a exposé Pelletier.
La vie finit parfois par bien faire les choses. Cette année, le camp d’entraînement des Alouettes a été déplacé à Québec, dans le patelin de Cantin-Arku, si bien qu’il en a profité notamment pour retourner voir les élèves de l’école où il a réussi son premier coup d’éclat sous le nom de Pierre Tremblay.
« Je suis tellement content que le camp se déroule à Québec, ça me permet de passer plus de temps de qualité avec des gens proches. J’étais parti aux États-Unis et maintenant je vis à Montréal alors ce n’est pas toujours facile de voir les gens qui comptent beaucoup pour moi. En étant ici pendant trois semaines, ça me permet d’aller à mon école secondaire, rencontrer les jeunes et essayer de les aider », a confié l’athlète de 27 ans.
À son tour d’avoir un joueur qui pousse dans son dos
Sur le terrain, c’est le football qui redonne à Cantin-Arku présentement. Son évolution l’a mené à une importante promotion : devenir le secondeur intérieur partant des Alouettes.
Puisque cette position est névralgique, le mandat est colossal, mais le Québécois se sait outillé pour succéder à Darnell Sankey.
« Le but, pour moi, c’est de rester dans le présent sinon je ne serai pas concentré. Ça fait longtemps que je joue, je ne vais pas arrêter de bien jouer du jour au lendemain. Oui, c’est un rôle plus grand qui vient avec beaucoup de responsabilités, mais je suis prêt. Ça fait longtemps que je travaille pour ça et j’ai juste hâte », a noté le numéro 9 des Oiseaux.
De manière prudente, les Alouettes ont embauché le vétéran Micah Awe qui représentera une police d’assurance durant la saison. Cependant, Awe veut partager ses connaissances autant qu’il veut jouer.
« Ça fait partie de jouer dans une équipe professionnelle. L’an passé, c’était la même chose avec Darnell Sankey, il savait que je m’améliorais et que j’avais des ambitions de jouer davantage. Je sais que c’est difficile pour lui, mais je suis une bonne personne, je le traite comme mes autres coéquipiers. Je suis content qu’il soit ici, c’est un vétéran et il apporte de bons côtés dans mon développement. Il est une bonne addition pour notre groupe », a conclu Cantin-Arku.




