MONTRÉAL – Même s’ils entretenaient une belle relation avec Khari Jones, André Bolduc et Luc Brodeur-Jourdain pouvaient voir les changements survenir ayant vécu la dure réalité du sport professionnel en tant que joueur et entraîneur. 

Depuis le congédiement de Jones, Bolduc et Brodeur-Jourdain doivent se familiariser avec une approche modifiée pour la préparation de l’équipe. 

« Mais là où ça change vraiment, quand une bonne relation interpersonnelle s’est établie, c’est la cassure qui se fait du jour au lendemain avec la personne que tu étais habituée de côtoyer. C’est le côté obscur du sport professionnel », a admis Brodeur-Jourdain.  

« Bien sûr, c’est la chose qu’on veut éviter parce que tu recherches la stabilité dans une organisation. Le travail se construit sur plusieurs années pour avancer vers des championnats », a-t-il ajouté en sachant très bien que ça fait longtemps que la stabilité a disparu du nid des Alouettes. 

Réaliste, l’entraîneur de la ligne offensive admet qu’un tel changement exige une collaboration de ceux qui demeurent en poste. 

« Dès qu’il y a un changement structurel dans n’importe quelle organisation, on rencontre de l’opposition. Donc ça prend d’abord une ouverture d’esprit. Ensuite, il faut s’investir puisque ça exige automatiquement plus de temps de la part de tout le monde pour faciliter et accélérer le processus d’implantation », a exposé l’ancien centre des Alouettes. 

Heureusement, du côté offensif, le noyau reste similaire surtout que Bolduc avait déjà travaillé avec Anthony Calvillo qui a hérité de responsabilités accrues.  

« On parle le même langage. En défense, par contre, c’est un autre défi », a reconnu LBJ alors que Noel Thorpe est arrivé en relève avec son propre système défensif. 

Bolduc tient d’ailleurs à préciser ceci. 

« Thorpe n’a eu trois jours avec sa défense. Alors, logiquement, on ne s’attendait pas à allouer 10 points dans ce premier match. Il a fait un crime de bon boulot avec son unité et l’aide de Greg Quick. Déjà, cette semaine, ce sera mieux », a-t-il indiqué.

« On a vécu beaucoup d’émotions la semaine dernière », a ajouté Bolduc pour rappeler le défi qui accompagne un tel changement. 

« On n’a pas réussi à gérer nos émotions »

À travers la dernière décennie, Bolduc a presque tout vécu dans l’entourage des Alouettes. Des changements à répétition au poste d’entraîneur-chef, de nouveaux directeurs généraux, des coordonnateurs offensifs qui se succèdent...

Avec son expérience, il doit fournir l’aide requise à Maciocia pour corriger les lacunes qui mènent, trop souvent, les Alouettes à la défaite. 

André Bolduc« C’est impossible de tous les éliminer, mais il faut minimiser les deux ou trois jeux par match qui font que ça se termine par une défaite. Danny s’affaire à étudier et évaluer ça. Nous, les entraîneurs, on doit lui procurer de la rétroaction, lui expliquer ce qui s’est passé », a-t-il ciblé. 

« C’est mon rôle aussi, comme gars d’expérience, de lui apporter ces scènes et de les pratiquer à l’entraînement. Il faut que ce soit nous qui gagnent les matchs par un, deux ou trois points. Parce que oui, ça va arriver », a poursuivi Bolduc. 

Le premier élément à exorciser pour les Alouettes, ce sont les interceptions coûteuses alors que l’équipe s’apprête à inscrire d’autres points. Mais Bolduc vise également un autre aspect crucial. 

« On avait l’occasion de gagner, mais on n’a pas réussi à gérer nos émotions pour le faire », a-t-il admis. 

Ainsi, quand on se posait des questions sur la force mentale de l’équipe, on ne faisait pas tant fausse route. 

« Quand on a réussi le botté court, on dirait qu’on venait de gagner la coupe Grey ou le Super Bowl. Moi, j’avais le nez dans les jeux et je me demandais ce qui serait la suite pour conseiller AC (Calvillo) de mon mieux », a mentionné Bolduc. 

« C’est certain que des gars étaient déconcentrés. La preuve, sur le jeu suivant, mauvaise cadence à la ligne, hors-jeu et échappé. Trois erreurs, sur le même jeu! Il faut donc gérer nos émotions ce qui exige de l’expérience et du leadership », a poursuivi l’ancien receveur. 

Bolduc n’écarte pas non plus l’idée que certains joueurs aient abordé ce duel contre Edmonton à la légère. 

Comment bien aider Calvillo?  

Ça n’excuse en rien la fiche des Alouettes, mais la perte de meneurs comme William Stanback, Adarius Pickett (qui renouera avec l’action cette semaine) et Sean Jamieson se fait ressentir. 

« Pickett est super bon, c’est toute une machine de football, mais c’est aussi notre gars vocal sur le terrain et ça en prend un. Tantôt, pendant l’entraînement, il a crinqué tout le monde. Jamieson jouait ce rôle sur la ligne offensive. Et Stanback, c’est le gars, avant les matchs, qui intimide l’autre équipe. Il ne se réchauffe pas, il parle à l’autre équipe du style ‘Toi, je vais te passer sur le corps’ », a témoigné Bolduc. 

« On n’a pas ça présentement et c’est difficile à remplacer. Ces gars-là vont tous revenir et on va retrouver notre attitude. En attendant, il faut gagner quelques matchs. »

Pour soutirer des victoires, Brodeur-Jourdain et Bolduc s’assurent d’épauler Calvillo qui sélectionne désormais les jeux offensifs. Contre Edmonton, les Alouettes ont effectué 10 courses sur 46 jeux offensifs, mais Brodeur-Jourdain ne veut pas le convaincre de courir plus souvent. 

« Je le laisse carrément faire. Il reste que, si on regarde notre équipe, l’endroit où on mise sur le plus d’expérience, c’est au poste de quart. Je crois qu’on est parvenus, jusqu’à présent, à bien courir avec le ballon quand l’occasion s’est présentée. Mais ce n’est pas parce qu'on n’a pas couru que des jeux n’ont pas été sélectionnés pour le faire. Parfois, la meilleure option était de tenter une passe », a précisé Brodeur-Jourdain. 

Quant à Bolduc, il s’ajuste à l’approche de Calvillo et prépare du mieux qu’il le peut ses protégés (Walter Fletcher et Jeshrun Antwi présentement). 

« AC est plus méticuleux, il veut plus de choses par écrit. Luc et moi, on lui fournit les jeux qu’on adore à différents endroits. On n’a pas beaucoup couru au dernier match, mais notre production a été excellente (7,5 verges de moyenne pour Fletcher et Antwi). Voilà ce que je dis aux gars, ça et d’être patients », a conclu Bolduc alors que lui et LBJ laissent Calvillo et Michael Lionello orchestrer les jeux de passe.