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Le Québec, pépinière de quarts

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MONTRÉAL – Davis Alexander et Vernon Adams n’étaient pas venus enseigner aux jeunes quarts-arrières qui les entouraient. Ils étaient, eux aussi, des élèves attentifs de Myles Gibbon.

Avec leur physique modeste pour l’emploi, Alexander et Adams ne sont pas devenus des quarts partants dans la Ligue canadienne de football par chance. Ils l’ont encore prouvé, la semaine dernière, en venant peaufiner leur technique alors que leur générosité envers la relève était inspirante.

Adams a même eu l’humilité de raconter, devant tout le groupe réuni au Stade Hébert, que sa « mécanique était pourrie en 2019 » avant de commencer à travailler avec Gibbon, qui a fondé le programme The QB Movement.

Chaque saison morte, Adams quitte la côte ouest américaine pour revenir s’entraîner sous la supervision du spécialiste montréalais.

« C’est très important pour moi. Avant de travailler avec Myles, ma mécanique était tellement mauvaise. Je jouais plutôt comme un athlète à la position de quart-arrière. Ça m’a pris du temps et je n’ai pas encore une mécanique parfaite, mais il m’a aidé énormément », a expliqué Adams qui a ajouté de l’explosion et de la précision sur ses passes.

« Vernon était un peu brut au départ, il était différent comme quart. Il a presque tout changé et il sent qu’il peut réussir n’importe quelle passe sur le terrain. On le voit, il vient de connaître les trois meilleures saisons de sa vie (avec les Stampeders) », a noté Gibbon.

Même quand il est à la maison, à Tacoma dans l’État de Washington, Adams s’entraîne régulièrement via FaceTime avec Gibbon, qui lui prodigue des conseils très précis.

« Il peut continuer d’élever mon jeu. J’essaie de franchir ce prochain niveau, ce sera ma 11e saison et j’espère gagner un championnat contre Montréal. Non, je plaisante », a raconté Adams qui n’a rien perdu de son énergie.

« Davis a rejoint le groupe, je sais qu’il va l’aider aussi », a poursuivi Adams avec fierté.

Voilà le secret qui a propulsé The QB Movement à un niveau fascinant en l’espace de 10 ans. Gibbon avait contacté Alexander pour lui proposer une collaboration et Adams a vanté le travail de l’entraîneur.

« J’apprécie beaucoup son approche parce que certains entraîneurs essaient de trop modifier ton style. Vernon a un bras très puissant, mais il ne lance pas comme moi et c’est la même chose pour Pepe (Gonzalez, des Carabins). On a encore plein de trucs sur lesquels on doit travailler et particulièrement durant la saison morte alors qu’un peu de rouille s’installe », a mentionné Alexander qui a cité sa tendance à trop déplacer son poids vers l’avant.

Le bouche à oreille a circulé aussi vite qu’une passe. À preuve, Gibbon conseille notamment :

-L’impressionnant Bo Levi Mitchell (nommé joueur par excellence de l’Est dans la LCF à 36 ans)

-Taylor Elgersma (qui avait signé un contrat avec les Packers de Green Bay dans la NFL)

-Les prometteurs Christian Veilleux, Pepe Gonzalez, Thomas Leroux (Rouge et Or) et Sara Parker (quart-arrière de l’équipe canadienne de flag football)

-Jonathan Sénécal et Arnaud Desjardins ont également grandi dans son écurie

À quand un quart québécois dans la LCF?

Au football, le Québec a surtout produit des joueurs de ligne offensive (tels Laurent Duvernay-Tardif, Matthew Bergeron et Pierre Vercheval), des joueurs défensifs (comme Benjamin St-Juste et Marc-Antoine Dequoy) et une panoplie de centres-arrières (allant de Bruno Heppell à David Dallaire).

Mais le boulot accompli par Gibbon pourrait renverser la tendance et fournir un terreau fertile en quarts-arrières. Bien sûr, le Québec a encore énormément de croûtes à manger avant de rêver à la NFL à cette position, mais la LCF devient une possibilité.

« Il reste beaucoup de travail à faire, mais on avance dans la bonne direction. Dans les dernières années, on a eu les meilleures cuvées de quarts-arrières depuis longtemps. Jo Sénécal n’est pas dans la LCF malheureusement, mais il a un peu changé la culture. Dans le sens que tu peux te faire repêcher. On voit Arnaud Desjardins qui a battu des records, on voit Pepe qui réussit des choses folles tôt dans son parcours. Ce sont tous des gars qui progressent chaque année », a cerné Gibbon avec les yeux éclatants.

« On voit l’histoire de Davis Alexander, il n’a pas joué en arrivant, il s’est développé dans le système des Alouettes », a ajouté celui qui est appuyé par l’entraîneur Stephen Casey.

Gibbon croit donc au scénario d’un quart-arrière professionnel québécois.

« Pourquoi pas? Le potentiel est là, on cherche juste le gars qui va casser cette barrière avec l’entraîneur et l’organisation qui seront prêts à lui donner cette chance. »

Gibbon ne se croisera pas les bras à attendre, il veut être au cœur de cette réussite. Présentement, il chapeaute environ 250 quarts-arrières et il se promène un peu partout sur la planète puisque son expertise est recherchée autant à Londres, qu’en Égypte, en Malaisie, en Corée et en Chine.

Pour le « petit gars » du quartier Sainte-Rose, à Laval, le but était de fournir aux jeunes des ressources qui n’étaient pas disponibles durant son propre parcours comme quart-arrière.

Sa mission était accomplie quand on a entendu Davis Alexander et Vernon Adams, deux de ses « célèbres élèves », dire à ses jeunes protégés qu’ils pouvaient les contacter pour des conseils.

Nul doute, le ballon voyage bien notamment grâce à lui.