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Claude Lemieux : parti en pleine gloire

Publié le 

MONTRÉAL - Claude Lemieux rayonnait lundi. Sourire aux lèvres, les yeux brillants, le torse bombé, il balayait du regard les gradins du Centre Bell avec une fierté qui sautait aux yeux du haut de la galerie.

Et ça, c’était en fin d’après-midi. Trois longues heures avant qu’il ne reçoive l’accueil triomphal qu’il méritait pleinement à titre de légende du Canadien de Montréal invitée à « allumer » la foule en entrant dans l’enceinte avec le flambeau porté bien haut pour donner le coup d’envoi au troisième match de la finale de l’Est opposant le Tricolore aux Hurricanes venus de la Caroline.

Dans un Centre Bell paisible, devant 21 000 sièges vides couverts de serviettes blanches et non occupés par des partisans drapés de bleu, de blanc et surtout de rouge, Lemieux simulait avec un plaisir évident le rituel qui allait être le moment le plus fort du match que le Tricolore allait finalement perdre quelques heures plus tard en prolongation.

Attentif aux consignes que lui dictaient les metteurs en scène de cette cérémonie toujours saisissante et efficace, Lemieux se tournait vers la droite, ensuite vers sa gauche, avant de se retourner pour ne pas oublier les partisans qui allaient plus tard être derrière lui, toujours en levant le flambeau avec l’un de ses bras meurtris.

Car oui! De tous les anciens du Canadien qui ont transmis aux plus jeunes le flambeau qu’ils avaient reçu des plus vieux, Claude Lemieux faisait certainement partie du groupe restreint des joueurs qui ont eu les bras les plus meurtris dans l’histoire des Glorieux. Du groupe de joueurs qui n’ont reculé devant rien ni personne pour maximiser les chances du Tricolore d’ajouter une conquête supplémentaire à une liste qui ne sera peut-être jamais égalée.

Claude Lemieux, alors tout jeune à 20 ans, a été l’un des acteurs de la 23e conquête de l’histoire du Canadien. Fort de ses 10 buts et 16 points récoltés au fil des 20 matchs disputés au printemps 1986, Lemieux avait marqué, en prolongation, dans le cadre du septième match, le but qui permettait au Canadien d’éliminer les Whalers de Hartford. Des Whalers devenus les Hurricanes de la Caroline. D’où l’invitation que lui a lancée le Canadien lundi.

Un peu moins d’un mois plus tard, après avoir éliminé les Rangers de New York en finale de l’Est, Claude Lemieux et ses coéquipiers soulevaient la coupe Stanley aux termes d’une courte série de cinq parties face aux Flames de Calgary.

Ce but aux dépens des Whalers et la conquête de la coupe Stanley vers laquelle il a propulsé l’équipe ont toujours permis à Lemieux de profiter d’une place de choix dans l’histoire du Tricolore. Même si c’est avec les Devils du New Jersey (deux fois) et l’Avalanche du Colorado (une fois) que Lemieux a gonflé à quatre sa récolte de coupe Stanley à laquelle il a ajouté un trophée Conn-Smythe à titre de joueur par excellence des séries avec les Devils du New Jersey en 1995.

De voir Claude Lemieux aussi rayonnant lundi après-midi et de le voir triompher quelques heures plus tard en soulevant la foule et les passions qui l’animent rend encore plus incompréhensible la nouvelle aussi soudaine que perturbante de son décès.

Peu importe la cause de ce décès, Claude Lemieux sera parti en pleine gloire. Il sera parti surfant sur la vague d’admiration, d’affection, voire d’amour que lui ont offert les partisans du Canadien lundi soir.

Une admiration, une affection, un amour qui n’a pas toujours été au rendez-vous.

Prêt à tout pour gagner

Claude Lemieux était prêt à faire n’importe quoi pour aider la cause de son équipe. Ça voulait bien sûr dire marquer des buts, en préparer pour des coéquipiers, donner des coups et en encaisser.

Mais « Pepe » était aussi prêt à faire plus pour aider la cause de ses équipes. À bien plus. Ou à bien pire selon l’angle d’analyse qu’on choisit. Il était prêt à repousser les limites de l’acceptable pour déstabiliser, renverser et battre ses adversaires. Sa mise en échec par derrière qui a défiguré Chris Draper des Red Wings au plus fort de la « guerre » Detroit-Colorado a toujours été associée à Claude Lemieux tout autant que ses quatre conquêtes de la coupe Stanley et du trophée Conn Smythe acquis en prime.

Claude Lemieux a toujours été un joueur marqué. Un joueur ouvertement détesté par ses adversaires. Un joueur presque tout autant contesté par ses propres coéquipiers.

Est-il besoin de rappeler la décision de l’entraîneur-chef Pat Burns qui, tanné de voir Claude Lemieux feindre des blessures après avoir été frappé par un adversaire, avait ordonné au thérapeute athlétique Gaétan Lefebvre de rester derrière le banc plutôt que de sauter sur la patinoire pour aller à sa rescousse.

Tout ça au beau milieu d’une finale de la coupe Stanley opposant le Canadien aux Flames de Calgary en 1989 sous les yeux des amateurs des quatre coins de la planète hockey. Une finale que les Flames ont finalement gagnée sous le nez de Claude Lemieux et des joueurs du Canadien sur la patinoire du Forum.

Repêché par le Canadien tout juste derrière Lemieux (26e et 27e sélection) en 1983, Sergio Momesso a passé les heures qui ont suivi l’annonce du décès de son ancien coéquipier à échanger des messages et des appels avec d’autres anciens du Canadien.

« Dire que nous sommes sous le choc est un euphémisme. J’étais avec lui et Chris Nilan lundi soir. On a pris des photos ensemble. On a échangé des souvenirs. J’ai échangé avec ses fils qui ont grandi avec les miens dans le ‘West Island’. Tout était parfait. Claude était bien. Je ne comprends rien. C’était à sa façon un très grand joueur de hockey. Tu vois, je ne peux pas croire que je viens de parler de lui au passé. Je ne sais pas vraiment qui dire de plus que je suis triste pour lui et ses proches », a ajouté Momesso.

En entrevue avec le collègue Mitch Melnick sur les ondes de TSN 690, Chris Nilan a fondu en larmes après son hommage rendu à un joueur qui, comme lui, a toujours repoussé les limites pour aider ses équipes, ses coéquipiers.

Exclu du Temple de la renommée

Quand on regarde ce que Claude Lemieux a accompli au fil de sa carrière, surtout en séries éliminatoires alors qu’il est l’un des 11 joueurs dans l’histoire de la LNH à avoir soulevé la coupe Stanley avec trois équipes différentes, il est permis de se demander pourquoi les portes du Temple de la renommée du hockey lui ont toujours été fermées au nez.

La réponse est simple : le poids de ses frasques et de sa mauvaise réputation a toujours été plus lourd que celui de ses exploits sportifs en séries éliminatoires. Des exploits dignes des meilleurs joueurs de son époque. Des joueurs qui l’ont tous devancé au Temple de la renommée.

Difficile à percer, Claude Lemieux a toutefois toujours donné l’impression de composer avec les critiques. Avec le volet plus sombre de sa réputation.

Il s’est ouvert comme rarement on l’avait vu le faire dans le cadre d’un documentaire « Toujours Canadiens » consacré à sa carrière, et à sa vie loin de la patinoire. Une vie qui était aussi houleuse que celle à titre de joueur.

« Je suis un gars ordinaire qui a connu une carrière extraordinaire », avait-il témoigné aux collègues Yanick Bouchard et Frédéric Plante lors de son passage à l’émission le 5 à 7 l’automne dernier.

Dans ce documentaire, Lemieux assume tout ce qu’il a fait de bien et de moins bien selon ses propres critères d’analyses.

Histoire de démontrer à quel point il a toujours été prêt à faire face à la musique et à répondre de ses actes, Lemieux a accepté l’invitation de Darren McCarty sur un plateau de tournage à Detroit. L’ancien homme fort des Red Wings de Detroit qui a livré deux furieux combats avec Claude Lemieux après son assaut aux dépens de Kris Draper qui était alors non seulement un coéquipier, mais un des meilleurs amis de McCarty, avait échangé avec Lemieux sur tout ce qui avait mené à cette attaque. Et à tout ce qui avait suivi…

Tout ça devant des partisans des Red Wings entourant la scène.

« Je suis en territoire ennemi », avait lancé en riant Lemieux dès les premiers instants de l’émission. Une émission au terme de laquelle il avait échangé une vigoureuse poignée de main avec McCarty en plus d’être chaudement applaudi par les partisans des Wings.

Sur les médias sociaux cet après-midi, McCarty a rendu hommage à Lemieux. Il a salué le départ d’un autre « frère » de la LNH parti trop vite et dans la tourmente. Il a aussi et surtout invité tous ceux et celles qui ont des ennuis personnels à ne pas hésiter à en parler. À chercher de l’aide.

Selon plusieurs sources d’informations américaines, Claude Lemieux se serait enlevé la vie avant d’être retrouvé dans les bureaux d’une entreprise qu’il possédait avec sa femme dans le sud de la Floride.