MONTRÉAL - La prolongation de contrat qui assure le Canadien des droits sur Ivan Demidov, à très bon prix, pour les neuf prochaines années, est bien plus qu’une mince consolation visant à atténuer l’impatience des partisans qui ont vu des adversaires directs du Tricolore s’améliorer.
À commencer par les Maple Leafs à Toronto.
Cette prolongation d’une durée de huit ans avec une ponction annuelle de 9,15 millions $ est peut-être le meilleur coup, à meilleur coût, de tout ce qui s’est fait autour de la LNH depuis l’ouverture du marché des joueurs autonomes à midi mercredi.
Difficile de parler d’aubaine quand 73 millions $ sont investis sur un joueur, aussi talentueux soit-il. Je sais! Mais dans deux ans, et encore plus dans quatre ans lorsque Demidov amorcera ses meilleures années dans la LNH, ce contrat sera, oui, toute une aubaine. Comme celui de Lane Hutson. Comme ceux de Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky.
Bon! Ça ne fait pas du Canadien une meilleure équipe tout de suite. C’est bien évident.
Mais est-il besoin de rappeler que c’est en octobre que le Canadien disputera son premier match de la prochaine saison. Pas demain matin!
Ça laisse encore du temps à l’état-major pour conclure LA ou LES bonnes transactions plutôt que de prendre des chances. Surtout au marché des joueurs autonomes où il fallait payer cher, très cher, trop cher, pour mettre la main sur des joueurs loin de représenter de bonnes affaires.
Gare aux mercenaires
C’est donc par le biais d’une transaction que l’aide immédiate devra venir. En attente de l’aide qu’apporteront les jeunes espoirs lorsqu’ils seront prêts à faire le saut dans la grande ligue.
Dans le point de presse auquel il s’est présenté en compagnie d’Ivan Demidov, Kent Hughes a donné des indications cruciales pour permettre aux partisans du Tricolore de comprendre, à défaut d’accepter, la patience et la prudence de l’organisation.
En parlant des motivations des joueurs, Kent Hughes a indiqué vouloir bâtir avec des athlètes qui accordent plus d’importances aux intérêts collectifs qu’à leurs intérêts personnels. Cette remarque permet de mettre de côté tous les mercenaires à la recherche de gros sous bien plus qu’à la recherche de victoires.
Cette philosophie qui favorise les mousquetaires – un pour tous, et tous pour un! – au détriment des mercenaires semble solidement campée dans la tête de l’état-major.
Et c’est tant mieux!
Il faudra donc toujours avoir cette grille d’analyse utilisée pour dresser la liste des candidats que le Canadien a tenté d’acquérir, tente toujours de le faire et tentera jusqu’au début de la saison prochaine et peut-être même une fois la saison commencée d’y arriver.
Car oui, ce pourrait être long.
Kent Hughes a aussi dit qu’il était prêt à « surpayer » – en salaire, en joueurs établis, en espoirs et en choix au repêchage – pour des joueurs qui amorcent ou écoulent les meilleures années de leur carrière. Pas pour des joueurs qui les terminent… ou les ont déjà terminées.
Ça aussi c’est crucial.
Et c’est là que les « économies » multipliées avec les contrats signés par Demidov, Hutson, Slafkovsky, Caufield et Suzuki permettront au Canadien d’avoir l’espace sous le plafond pour dire « oui je le veux » si un Connor McDavid devenait disponible dans un an ou deux… Car oui, McDavid sera encore au faîte de sa carrière dans un an ou deux.
Ou qu’un Leo Karlsson réclamera un changement d’air en indiquant à son agent que c’est à Montréal, avec le Canadien, qu’il a le plus de chances de se rendre à la coupe Stanley.
Ce ne sont que des exemples que je lance comme ça. Le genre d’exemples qui seront multipliés par les partisans du Tricolore autour d’un Coke glacé pour étancher leur soif.
Mais avec les joyaux de son noyau déjà ancrés dans le vestiaire pour longtemps et à très bons prix, le Canadien a toutes les raisons au monde de résister aux chants des sirènes qui demandent du renfort immédiatement sans égard à la valeur réelle de ce renfort.
Bobrovsky : un sauveur?
Aux yeux de ceux et celles pour qui gagner la course aux joueurs autonomes rime avec millions $ dépensés, les Maple Leafs de Toronto occupent la première marche du podium.
Honni dans un passé encore très récent, John Chayka devient le sauveur des Leafs avec les acquisitions de Sergeï Bobrovsky (21 millions $ sur trois ans), Jack Roslovic (8 millions $ pour deux ans), Colton Sissons (8,5 millions $ pour deux ans), Brandon Duhaime (7,8 millions $ pour trois ans) Teddy Blueger (5 millions $ pour deux ans) qui s’ajoutent à celle de Taylor Raddysh (68 millions $ pour huit ans) il y a une semaine.
De prime abord, c’est impressionnant : oui!
Mais les Leafs et leur niveau directeur général pourtant grand fervent de statistiques avancées semblent parier beaucoup d’argent sur des joueurs qui sont loin de garantir un retour sur l’investissement.
À commencer par Bob The Goalie qui retrouvera son ancien adjoint Anthony Stolarz à Toronto.
Il a gagné deux coupes Stanley avec les Panthers. Impossible de balayer ces exploits du revers de la main. Comme il sera injuste de lui imputer tout le poids des statistiques défavorables associées à ses performances la saison dernière. Les gardiens, partout sur la planète hockey, sont toujours les victimes les plus durement touchées lorsqu’un club est décimé par les blessures.
Et les Panthers l’ont été l’an dernier.
Mais si Bill Zito et les membres de son état-major, l’un des bons états-majors de la LNH au grand complet, avaient cru que Bobrovsky était toujours – il aura 38 ans en début de saison prochaine – capable de ramener les Panthers en séries l’an prochain, il ne l’aurait pas laissé partir. Non?
Surtout que c’est vers Jacob Markstrom qu’ils se sont tournés. Un gardien qui n’a rien de rien d’un Sergeï Bobrovsky.
De fait, les Panthers ont fait le ménage devant le filet alors qu’ils ont acquis un autre ancien Devils, Akira Schmid, pour seconder Markstrom.
Est-ce que Bobrovsky peut colmater les brèches devant la cage des Leafs qu’il défendra une quarantaine de fois la saison prochaine? Et les deux qui suivront?
Partiellement, peut-être. Totalement, pas sûr du tout!
Il faudra plus, beaucoup plus, que Taylor Raddysh pour l’aider. Du moins, il me semble.
Les coups d’éclat de John Chayka et des Leafs me rappellent ceux de Barry Trotz et des Predators de Nashville il y a deux ans alors qu’ils avaient acquis, à forts prix, Steven Stamkos, Jonathan Marchessault et Brady Skjei au marché des joueurs autonomes.
Avec les résultats qu’on connaît.
Grosses dépenses à San Jose
Parlant de paris risqués, les Sharks en ont placé deux très gros sur la table mercredi avec la mise sous contrat de Jacob Trouba (8,25 millions $ par année pour quatre ans), celle de Mason Marchment (6,75 millions $ par année pour cinq ans) et l’acquisition de Darnell Nurse et de la totalité de son contrat d’une valeur de 9,25 millions $ pour les quatre prochaines années.
Mike Grier nous avait habitués à une forme de prudence depuis son arrivée à la tête des Sharks. Mais avec le dauphin de Connor McDavid au sein de sa formation en Macklin Celebrini et un groupe de tous jeunes joueurs écoulant leur contrat d’entrée dans la LNH, le directeur général des Sharks avait des millions $ à dépenser.
Va pour Marchment, un guerrier qui pourra encadrer le développement des jeunes.
Trouba et Nurse?
Suis-je le seul à avoir de sérieux doutes?
À 18 h, Zach Werenski est toujours avec les Blue Jackets; Dylan Larkin est toujours avec les Red Wings; John Carlson attend toujours que le gros lot lui tombe sur la tête… comme bien d’autres joueurs d’ailleurs.
Vincent Desharnais – les Sharks auraient peut-être dû le garder – a vu toutes ses années de travail et de persévérance être récompensées par les Capitals de Washington qui viennent de lui offrir un contrat de quatre ans d’une valeur de 4,2 millions $ par saison. C’est beaucoup d’argent. Mais ce diable de bon gars, donnera tout ce qu’il peut donner à ses nouveaux patrons et coéquipiers pour justifier ce contrat.
Un autre exemple de joueur qui a pris les moyens pour faire mentir les observations négatives à son endroit.
Comme vous, je vais suivre les activités autour de la LNH. Je vais attendre le renfort que le Canadien reluque depuis son élimination en finale de l’Est.
Mais je vais regarder ça de loin. Pas question de laisser passer l’été sans en profiter au moins un peu.
Je vous en souhaite un très bon.
En espérant tous et toutes vous retrouver en forme et en santé en septembre…





