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Des récurrences inquiétantes

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MONTRÉAL – Le garage des Sharks de San Jose est rempli de voitures sport de l’année. Leur carrosserie brille, leur peinture est immaculée, leur moteur émet un ronronnement viril, leur habitacle sent l’eucalyptus. On s’attendait à – on espérait même – les voir en démonstration hier soir au Centre Bell.

Pendant deux périodes, l’équipe de la Californie a plutôt sorti les vieilles camionnettes qu’on voit habituellement stationnées dans le foin en arrière de la bâtisse. Elles n’ont pas roulé depuis des lunes, le bas des portières est attaqué par la rouille et le filage a été grugé par les rongeurs. Elles servent surtout pour les pièces.

Oui, Macklin Celebrini a déjoué Jakub Dobeš d’un superbe tir en haut du gant en première période. Mais les largesses de ses coéquipiers ont vite fait pâlir la signification de son but.

Dmitry Orlov a laissé Juraj Slafkovský profiter sans conséquence d’un revirement dont le défenseur s’était rendu coupable en zone neutre. C’est vite devenu 1-1.

En deuxième période, ce même Slafkovský a laminé Darnell Nurse sur une affiche avant de servir une camomille bien chaude au gardien Alex Nedeljkovic. Plus tard, l’hésitation de Jacob Trouba, qui toute la soirée nous a fait penser à Erik Karlsson pour son numéro, sa coupe de cheveu et son efficacité défensive optionnelle, a laissé tout le temps à Nick Suzuki de repérer Cole Caufield devant le but.

Slaf se moque complètement de Nurse et Nedeljkovic Juraj Slafkovsky effectue une manoeuvre individuelle impressionnante devant Darnell Nurse et Alex Nedeljkovic pour donner les devants au CH.

Quand le Canadien est entré dans le dernier virage avec une avance de deux buts, on s’est dit que cette fois-là serait la bonne. Il ne pouvait en être autrement. Il n’existait aucun scénario dans lequel cette version des Sharks parviendrait à faire ce que les Predators de Nashville et les Sabres de Buffalo, par deux fois, avaient réussi dans les dernières semaines sur la même aire de jeu.

C’est une équipe que le Canadien aurait dû déclasser sans débat. Avant la rencontre, les statistiques avancées peignaient le portrait d’un adversaire idéal dont les carences s’emboîtaient parfaitement dans les forces de ses hôtes. Après 40 minutes, le CH avait passé plus de deux fois plus de temps à attaquer dans le territoire adverse qu’à défendre dans le sien. Il exploitait l’enclave avec plus de succès, générait plus de chances de qualité.

Ce qui s’est passé par la suite est aussi incompréhensible qu’injustifiable.

Une mauvaise gestion de rondelle de Lane Hutson à une quarantaine de mètres de son but à mené à revirement qui a laissé son partenaire Noah Dobson entre deux chaises. Michael Misa, l’une des grosses cylindrées dont on parlait en amorce, a fait 3-2.

Mais c’est l’indiscipline, une tare maintes fois décriée par Martin St-Louis depuis le début de la saison, qui laissera le goût le plus amer dans la bouche des fidèles. Celle d’Arber Xhekaj, qui a jeté les gants sans s’être assuré de la réciprocité des intentions de son rival, a coûté le but égalisateur de Tyler Toffoli. Celle de Dobeš, qui a eu une crampe au cerveau en bloquant avec trop d’insistance le chemin à Collin Graf devant son filet, a mené au but vainqueur de Celebrini en prolongation.

La crampe au cerveau de Dobes coûte le match Jakub Dobes écope d'une pénalité en prolongation et Macklin Celebrini fait payer son erreur cash avec le but de la victoire.

Cet effondrement est d’autant plus dommage que ceux qui en seront identifiés comme les boucs émissaires étaient sur la voie de leur propre rédemption.

Laissé en plan lors des séries du printemps dernier, Xhekaj connaît un début de saison plus qu’honnête. Il a perdu son partenaire régulier quand Jayden Struble a été échangé il y a deux semaines et a hérité de responsabilités supplémentaires depuis la perte de Mike Matheson sur blessure. Mardi, notre collaborateur Billy Bertrand faisait son éloge dans un texte bien ficelé. Contre les Sharks, dans un contexte où ce n’était absolument pas nécessaire, on a revu le côté sanguin que Xhekaj semblait avoir appris à dompter.

Quant à Dobeš, il ne pouvait être blâmé sur aucun des trois premiers buts des Sharks et disputait avant sa gaffe son match le plus propre depuis sa première sortie de la saison à Toronto. Connaissant sa tendance à l’auto-flagellation et les coins sombres vers lesquels elle peut le faire dévier, on peut redouter les effets qu’aura sa boulette sur un moral déjà fragile.

Nos bons sentiments pour ces messieurs n’excusent toutefois par leurs gestes et, surtout, leur inquiétante récurrence au sein de leur meute. Sur papier, le Canadien est encore une jeune équipe, mais en réalité, son noyau est trop expérimenté et il y a trop de familiarité entre ses individualités pour que les mêmes erreurs continuent de jouer en boucle.

St-Louis insatisfait du jeu collectif avec l'avance Point de presse de Martin St-Louis à l'issue de la défaite des Canadiens face aux Sharks.

« Ce sont tous les clichés habituels, se désolait Kaiden Guhle, à court de mots. C’est prendre soin de la rondelle, se tenir loin du banc de punition. Toutes des affaires qu’on sait, mais qu’il faut mettre en pratique. »

On pourrait dire que le Canadien a eu ce qu’il méritait en échappant le point supplémentaire qu’un autre sauvetage en prolongation lui aurait valu. Mais le niveau d’absurdité de ses errements répétés est tel que le juste châtiment serait probablement qu’on lui retire celui qu’il avait mis en banque après 60 minutes.

Ce n’est peut-être que lorsqu’il paiera le plein prix qu’il finira par apprendre la leçon.