MONTRÉAL – Inscrire un tour de chapeau à son premier match de la saison et afficher un total de sept points après deux rencontres seulement, ça attire l’attention.
Surtout quand on n’est âgé que de 20 ans, qu’on évolue en première division suédoise, et qu’on est un espoir du Canadien de Montréal.
Filip Eriksson gör ett hattrick i premiären för Luleå. 🎩 pic.twitter.com/8e1wr3tQph
— Anton (@bolaniii9) September 13, 2025
Filip Eriksson en a fait l’expérience cet automne, à ses débuts dans l’uniforme des champions en titre de la SHL, le Luleå HF. Les objectifs des caméras se sont rapidement braqués sur lui. Il a fait les manchettes des médias suédois. Son départ canon a alimenté les algorithmes.
« Attends d’arriver à Montréal, ce n’est rien ce que tu vis en ce moment », lui a alors dit à la blague son coéquipier québécois, le défenseur Frédéric Allard, lui-même un ancien de l’organisation montréalaise.
Déjà, le modeste choix de 6e ronde du Tricolore en 2023 (165e) a capté l’attention des partisans les plus avertis, mais a aussi incité les journalistes à s’intéresser à son potentiel.
« On en rit souvent. Je lui dis que mon cell n’arrête pas de sonner chaque fois qu’il score. Qu’il faudrait qu’il se calme un peu, parce que je suis tanné de faire des entrevues à gauche et à droite! », plaisantait justement Allard lorsque contacté par le RDS.ca en début de semaine.
Eriksson était alors toujours le meilleur pointeur de son équipe avec une production de 9 buts et 17 points en 24 rencontres. Un rendement qui le place dans le top-25 du circuit.
Filip Eriksson målskytt för Luleå i andra perioden. pic.twitter.com/dPdR7RGV1b
— Anton (@bolaniii9) October 4, 2025
Après avoir récolté en moyenne un point par rencontre à ses 14 premières sorties de la campagne (7 buts, 7 passes), le joueur de centre a toutefois ralenti la cadence avec 2 buts et 1 mention d’aide à ses 10 derniers matchs, traversant notamment une séquence de sept rencontres sans point.
« C’est normal que ça ralentisse un peu, relativise Allard. Il avait sept points après deux games, je ne pense pas que c’était soutenable comme rythme. Dès le départ, il jouait sur la première ligne et sur le premier jeu de puissance. Mais quand nos vétérans sont revenus [de blessures], il a descendu un peu dans la hiérarchie. »
Eriksson a ainsi été relégué principalement au centre du troisième trio et est moins utilisé en avantage numérique, note Allard.
« Ils essaient de le mettre davantage dans un rôle où il doit bien faire des deux côtés de la patinoire. Il est utilisé un peu en désavantage numérique. Je pense que si on veut gagner, ça va être sa chaise première.
« Il n’a que 21 ans, il ne faut pas juste regarder les points, continue Allard. On s’arrête souvent trop à ça et si un gars n’a pas de points en cinq matchs, on conclut qu’il joue mal. Il n’y a personne ici qui a trouvé qu’il jouait mal depuis le début de la saison. Il y a de nouveaux gars qui arrivent, et il garde sa place dans l’alignement. Sa progression cette année ne doit pas se résumer aux points qu’il récolte, mais plutôt à ce qu’il fait match après match. Et en ce moment, il a une progression incroyable pour un jeune de 21 ans. »
Se tirer d’affaire à cet âge dans la SHL – une ligue notamment réputée pour sa structure défensive et bourrée de professionnels d’expérience – n’est pas une mince affaire, rappelle Allard.
« Personne ne va oser dire qu’Anton Frondell, troisième choix au total du dernier repêchage, est un flop après avoir regardé ses points (9 buts et 5 passes en 23 matchs). C’est une ligue dure et compétitive. Beaucoup de joueurs suédois reviennent de la Ligue américaine pour jouer ici parce que c’est la maison pour eux. »
« C’est un bon tremplin. Si Olivier Kapanen a été capable de passer directement dans la Ligue nationale à Montréal, c’est parce qu’il a eu sa saison d’apprentissage dans la SHL, qui est un peu comme la Ligue américaine. Tu joues moins de matchs, sur une grande glace, contre de gros bonshommes. Ce n’est pas facile pour les jeunes de performer. »
N’empêche, Eriksson y parvient.
Changement de décor profitable
Cette éclosion soudaine d’Eriksson coïncide avec son arrivée chez le Luleå HF, qui l’a mis sous contrat cet été après qu’il eut peiné à s’établir à temps plein en première division avec le Vaxjo HC.
À Luleå, Eriksson s’est joint à un club mature qui en mai dernier, offrait un premier championnat en 29 ans à ses fans. Les lendemains ne sont pas faciles pour l’équipe, qui se classe actuellement 11e sur 14, mais l’environnement reste favorable au développement d’Eriksson, estime Allard.
« Notre système de jeu est quand même axé sur la défensive. Si tu fais une erreur, il y a souvent quelqu’un pour te couvrir. […] On joue à quatre lignes, on est une équipe fatigante et structurée. Ça l’aide sûrement à se replacer là-dedans et à laisser aller son talent offensif quand on est dans la zone offensive. »
Car une fois en territoire ennemi, il est menaçant et infatigable.
« Sa plus grande qualité, c’est qu’il est tout le temps sur la rondelle, décortique Allard. Il est agressif, il travaille fort, et quand il a la rondelle dans l‘enclave, c’est sûr qu’il score, il a un lancer incroyable.
Filip Eriksson gör mål, framspelad av Anton Levtchi. pic.twitter.com/ihQsHgHrc4
— Anton (@bolaniii9) November 20, 2025
« Ce n’est pas un gros bonhomme (5 pi 11 po, 179 lb), mais les gars ici aiment jouer avec lui parce qu’il est tout le temps sur la rondelle. Même si tu le bats une fois, il va tout le temps revenir, il n’abandonne jamais dans les jeux.
« Il joue au centre en ce moment, mais il peut aussi jouer à l’aile et un peu partout dans les deux sens de la patinoire. C’est un peu comme ce que fait Kapanen en ce moment à Montréal. Je le vois dans le même style, mais avec un meilleur lancer. »
Lié contractuellement au Luleå HF jusqu’à la fin de la campagne 2026-2027, l’attaquant qui vient de fêter son 21e anniversaire de naissance pourrait se voir offrir un contrat d’entrée par le Canadien dès le printemps prochain et poursuivre son développement en Suède, à l’instar de Kapanen avant lui.
Son arrivée sur le continent, que ce soit chez le Rocket de Laval ou le Canadien, n’est donc pas pour tout de suite. Mais il démontre certes les aptitudes pour y tenter sa chance un de ces jours.
« En Amérique du Nord, il faut tout le temps être sur sa rondelle, tout le temps être prêt. Si tu te laisses glisser un peu, tu n’auras pas de chance. Il a ça en lui, tu n’as pas besoin de lui montrer à être travaillant », observe l’arrière qui a joué près de 300 matchs dans la LAH et quatre dans la LNH, dont trois avec le Canadien en 2022-2023.
« En ce moment, c’est plus un joueur de centre utilisé pour être efficace dans les deux sens de la patinoire. S’il veut se tailler une place avec le Canadien, il n’aura peut-être pas le choix de rentrer par cette porte-là. Avec les [Nick] Suzuki, [Michael] Hage et tous les Top Guns qu’il y a à Montréal, s’il veut aider le Canadien dans un avenir rapproché, ce sera peut-être plus comme troisième ou quatrième centre. Je pense qu’il peut facilement combler ce rôle-là s’il continue à s’améliorer. »





