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Hutson : un autre grand coup, à bon coût

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MONTRÉAL - Débattre pendant des heures, des jours, des semaines, des mois, voire les neuf prochaines années afin de déterminer l’ampleur de la victoire de Kent Hughes dans le cadre du contrat de huit ans d’une valeur totale de 70,8 millions $ qu’il a fait signer à Lane Hutson, ou l’ampleur de la « défaite » du jeune défenseur comme s’il s’était contenté d’une poignée de menue monnaie me semble futile.

C’est à l’image de la polarisation des idées avec laquelle on doit malheureusement composer aujourd’hui. À l’image du fait qu’on semble avoir perdu toute notion de compromis, mais ça demeure futile quand même.

Totalement!

S’il est si important, voire crucial, d’absolument auréoler un ou des grands gagnants, tournons-nous alors illico du côté des partisans du Canadien. Car ce sont eux qui ont le plus grand nombre de raisons de se réjouir et même de festoyer dans la foulée de la signature confirmée, lundi matin, par le Canadien et surdoué défenseur âgé de 21 ans.

Une distraction de moins pour le Tricolore Bruno Gervais et Guy Carbonneau discutent de la prolongation de contrat de huit ans de Lane Hutston et de l'impact que cela génère dans l'organisation.

C’est dans l’uniforme du Tricolore que Lane Hutson pourra gaver au fil des neuf prochaines années les partisans avec ses feintes désarmantes, ses passes savantes, ses prouesses offensives.

Le fait qu’il ait accepté un salaire inférieur à celui auquel des membres de son clan rêvaient en couleurs, un magot moins impressionnant que les 80, 85, voire 90 millions $ que certains observateurs assuraient qu’il obtiendrait, permet de maintenir la structure salariale saine et équitable mise en place par Kent Hughes et Jeff Gorton.

Ce respect des paramètres contractuels permettra au Canadien de greffer au fil des prochaines années les joueurs que Gorton et Hughes tiendront à acquérir pour entourer le mieux possible le noyau dur de leur club et maximiser les chances de se rendre à la coupe Stanley.

Dans son point de presse de lundi matin, Kent Hughes a souligné deux points qui sont capitaux à mes yeux.

Le premier : à la remarque lancée par Hutson selon laquelle il demandait au Canadien si l’équipe réalisait qu’il voulait jouer et gagner à Montréal pour longtemps, Hughes a répondu qu’il n’offrirait pas un contrat de huit ans s’il n’était pas convaincu de vouloir faire de Hutson l’un des piliers de son équipe.

Le deuxième : « les montants varient, mais les principes demeurent. »

Cette phrase, les partisans doivent la répéter sans arrêt pour réaliser l’importance du maintien de la structure établie par le duo Gorton-Hughes.

Quand on regarde la liste des salaires des joueurs du Canadien l’an prochain, Lane Hutson touchera un salaire moyen (8,85 millions $) plus élevé que celui de son capitaine Nick Suzuki (7,875 millions $).

Mais attention!

Selon le site spécialisé Puckpedia.com, la moyenne salariale du capitaine comptait pour 9,55 % de la masse salariale de l’équipe lorsque son contrat actuel est entré en vigueur en 2022-2023.

L’an prochain, la moyenne salariale de Hutson comptera pour 8,5 %. Un peu en dessous de celle de Cole Caufield (9,40 à sa première année de contre), un peu au-dessus de celle de Juraj Slafkovsky (7,96).

Pourquoi alors Noah Dobson a-t-il obtenu une moyenne de 9,5 millions $ lorsqu’il a négocié avec le Canadien l’été dernier? Et que cette moyenne compte pour 9,95 % de la masse salariale du Canadien cette année?

Il est impossible de comparer ces contrats, car Dobson approchait l’autonomie complète, ce qui a obligé le Canadien à racheter, à fort prix, une partie de cette autonomie.

Dans le cas de Hutson, comme dans ceux de Suzuki, Caufield, Slafkovsky et Kaiden Guhle, ils ont tous signé des ententes à long terme alors qu’ils terminaient leur contrat d’entrée.

Le gros bon sens a prévalu

Oui! Kent Hughes a réalisé un autre très bon coup en obtenant la signature de Lane Hutson au bas d’un contrat à très bon coût.

C’est clair!

La hausse importante du plafond salarial cette année (95,5 millions $) et les prochaines, plus importantes, qui se succèderont au fil des deux prochaines années (104 millions $ l’an prochain et 113,5 millions $ dans deux ans) ouvraient la porte à des spéculations démesurément démesurées si vous me permettez l’expression.

Mais aussi bon soit-il, et il est meilleur encore que les plus optimistes l’anticipaient, Lane Hutson n’avait que son talent et le soutien des partisans comme avantage autour de la table de négociation. Et c’est peut-être ce que le petit gars a dit à ses proches qui voyaient plus gros que lui.

On le saura peut-être un jour.

Hutson n’avait pas droit à l’arbitrage l’an prochain. Il n’était pas, non plus, admissible à recevoir une offre hostile de la part d’une autre organisation.

Dans le dialecte qu’utilisent les agents et les directeurs généraux quand ils négocient, Hutson était associé à un salaire d’un million $ pour la saison prochaine.

Il fait donc un gain plus qu’appréciable avec les 12 millions $ qu’il empochera en 2026-2027.

Car en apposant sa signature au bas de son nouveau contrat, Hutson profitera de la dernière chance de s’entendre avec une équipe pour huit ans en plus de maximiser son salaire en profitant de primes annuelles.

Comme l’indique le site spécialisé Puckpedia.com, Lane Hutson touchera 11 millions $ les premier juillet 2026 et 2027 avant de recevoir un million en saisons régulières. D’où le salaire annuel total de 12 millions $.

Les six saisons suivantes se décortiquent de la manière suivante.

2028-2029 : 9,5 M $ en prime + 1 M $ en salaire

2029-2030 : 6,5 M $ en prime + 1 M $ en salaire

2030-2031 : 6 M $ en prime + 1 M $ en salaire

2031-2032 : 6 M $ en prime + 1 M $ en salaire

2032-2033 : 5 M $ en prime + 2,2 M $ en salaire

2033-2034 : aucune prime + 7,2 M $ en salaire

En profitant des primes et du fait qu’il touchera une grosse partie de son argent en début de contrat, Lane Hutson pourra livrer des fortunes à ses conseillers financiers pour qu’ils puissent faire plus de millions $ avec ses millions $.

Quant aux impôts, vrai qu’ils sont plus voraces au Québec et au Canada quand dans la grande majorité des marchés américains.

Mais à titre de travailleur étranger, Hutson, comme tous les joueurs américains ou d’autres pays, a le droit de placer la moitié de ses revenus en fiducie. Une fois sa carrière terminée, alors qu’il rentre à la « maison », ce travailleur étranger peut récupérer les sommes accumulées en fiducie et ensuite payer 20 % de ce magot en impôts. Ça demeure une très grosse somme, on en conviendra tous, mais ça allège quand même un brin la facture...

Sans oublier que tout l’argent que dépensera Hutson à Montréal pour se loger, se nourrir, se divertir sera de l’argent canadien alors qu’il sera payé en argent américain. C’est tout de suite un gain de près de 40 %.

Quand on prend tous ces critères en considération, il devient difficile de sérieusement prétendre que Hutson sort perdant de cette négociation. Ou qu’on lui a mangé la laine sur le dos...

Est-ce qu’il pourrait devenir un jour une aubaine pour le Canadien? Bien sûr. Et si cela arrive, il pourra faire sauter la banque à sa prochaine négociation. Ou faire comme Connor McDavid et considérer que 12,5 millions $ par année, c’est très beau, mais qu’il est plus beau encore de gagner la coupe Stanley.

En même temps, ce sont Kent Hughes et ses 31 autres homologues qui ont le plus à perdre si les joueurs deviennent de boulets financiers.

Les vrais perdants

S’il faut trouver un vrai perdant, tournons-nous du côté des 31 autres équipes de la LNH qui, après avoir levé le nez sur Hutson au repêchage de 2022, devront attendre neuf ans avant d’avoir la chance de courtiser le défenseur américain par le biais du marché des joueurs autonomes.

Si Hutson décide un jour de profiter de ce marché.

Ou d’une transaction.

Ce qui semble inconcevable considérant l’importance que le Canadien accordait au fait de s’entendre à long terme avec son jeune joueur.

En 2022, 17 défenseurs ont été sélectionnés avant que le Canadien ne prononce le nom de Lane Hutson.

Lane Hutson les devance tous avec sa récolte de 69 points (six buts) en 87 matchs avant celui de mardi soir lors de la visite du Kraken de Seattle au Centre Bell.

Deux joueurs seulement de la cuvée 2022 le devance à ce chapitre : Juraj Slafkovsky (43 buts, 112 points) choisi au tout premier rang et Logan Cooley (46 buts, 110 points) choisi troisième pour l’Arizona.

Chez les défenseurs, Pavel Mintyokov (10e sélection par Anaheim) suit Hutson avec neuf buts et 47 points récoltés en 133 matchs.

Avec ses 87 matchs, Hutson est quatrième pour le nombre de matchs disputés derrière Mintyukov (133), Kevin Korchinski (92 pour la 7e sélection par les Hawks de Chicago) et Simon Nemec (89) choisi au deuxième rang par les Devils.

Les Ducks d’Anaheim ont préféré trois défenseurs à Lane Hutson : Mintyukov au 7e rang, Noah Warren au 42e rang (il n’a pas encore joué dans la LNH) et Tristan Luneau (53e) qui compte 13 matchs d’expérience avec les Ducks.

Les Devils du New Jersey, les Blackhawks de Chicago, les Coyotes de l’Arizona devenu le Mammoth de l’Utah, les Stars de Dallas et les Blue Jackets de Columbus avaient tous repêché deux défenseurs lorsque le Canadien a sélectionné Lane Hutson.

Cela dit, si le Canadien avait été si convaincu de son coup, il n’aurait sans doute pas attendu la 62e sélection pour prononcer son nom. Il l’aurait fait avant d’annoncer leurs 26e et 33e sélections : celles de Filip Mesar et Owen Beck...