MONTRÉAL – En plus d’être rapides, vifs et créatifs, Lane Hutson et Ivan Demidov ont aussi une vision et une capacité d’anticipation qui leur permet de mystifier leurs adversaires et de combler leurs partisans.
Sans oublier que les Dieux du hockey leur ont fait cadeau d’une surdose de talent.
Quand ils mettent toutes ces belles qualités et ce talent démesuré en commun pour s’échanger la rondelle comme ils l’ont fait à quelques reprises, lundi soir, aux dépens des Sabres venus de Buffalo, Hutson et Demidov soulèvent les passions.
Rien de moins!
Des quatre coins de l’amphithéâtre des oh! et des ha! s’élèvent en crescendo pendant que les amateurs, déjà sur le bout de leurs sièges, se préparent à sauter de joie pour saluer le fruit de ces échanges.
« C’est beau à voir », a d’ailleurs convenu Martin St-Louis lorsqu’on lui a demandé de commenter les quelques sensationnelles séquences en zone offensive réalisées par ses deux jeunes protégés.
À voir et à entendre les réactions des partisans entassés dans les gradins du Centre Bell, Martin St-Louis n’est pas le seul à avoir trouvé magnifique ce spectacle offert par l’attaquant russe et le défenseur américain.
Hutson a marqué le troisième but du Canadien lundi soir. Son premier but de la saison. Le but gagnant de surcroît.
Demidov s’est fait complice du premier but du match marqué par Oliver Kapanen. Il a récolté sa quatrième mention d’aide et son cinquième point en sept matchs.
Ce but et cette passe ont bien sûr permis aux partisans d’acclamer leurs jeunes favoris.
Mais les échanges de rondelles entre Hutson et Demidov, aussi beaux et spectaculaires fussent ils n’ont pas mené à des buts. Pas même à des occasions de marquer.
Ce qui est loin d’avoir dérangé Martin St-Louis.
« Je coache bien plus les intentions que les résultats. Et leurs intentions étaient bonnes », qu’il m’a répondu lorsque je lui ai demandé si, à titre d’entraîneur-chef et surtout à titre d’ancienne vedette offensive qui partage une place au Temple de la renommée avec les plus grands joueurs de hockey de l’histoire, il ne pourrait pas inciter l’un et l’autre à faire parfois preuve d’un brin d’égoïsme pour mousser leurs chances de transformer en buts quelques-unes de leurs poussées en zone ennemie.
De l’enfer à la terre promise
Car c’est bien beau les bonnes intentions. Mais il faudra bien que Demidov et Hutson arrivent à faire mentir le proverbe voulant que l’enfer soit pavé de bonnes intentions. Qu’ils arrivent à démontrer que les bonnes intentions peuvent aussi paver la voie jusqu’à la terre promise.
« Tu deviens un meilleur marqueur dans la Ligue nationale avec l’expérience. Ils traversent une période d’apprentissage. Ils créent des chances. Ce sont deux gars qui ont une mentalité de passeur. Ils pensent à passer avant de tirer. Ils vont comprendre l’équilibre un peu avec le temps. Mais c’est difficile de ne pas passer quand les trous sont de même », a ajouté St-Louis en faisant référence aux ouvertures que le duo a su créer en prenant d’assaut le territoire des Sabres comme Hutson et Demidov l’ont fait en fin de première période et à quelques autres occasions.
Une première période au cours de laquelle le Canadien a haché finement les Sabres.
« Ils étaient partout autour de nous », a d’ailleurs reconnu le capitaine des Sabres Ramus Dahlin.
« Quand une équipe compte sur des défenseurs rapides et qui en plus effectuent des relances rapides, cela complique beaucoup le travail défensif des attaquants adverses. Ils nous ont donné des ennuis de cette façon ce soir. Mais nous comptons aussi sur des défenseurs rapides. Ça nous a permis de nous installer plus souvent dans leur zone en deuxième et troisième périodes. On a eu de bonnes chances, nous aussi, mais malheureusement je crois qu’on s’est privé de quelques autres bonnes en ne tirant pas assez souvent », que Lindy Ruff a aussi souligné dans son analyse du match.
L’entraîneur-chef des Sabres aurait aussi pu souligner que des 71 tirs décochés par ses joueurs – le Canadien en a décoché 58 – 40 n’ont pas touché la cible. Vingt-deux ont été déviés ou bloqués, 18 ont tout simplement raté la cible. Rien pour aider la cause des Sabres qui ont encaissé une quatrième défaite en temps réglementaire en six matchs.
Les bonnes intentions du capitaine
À l’image de Lane Hutson et Ivan Demidov, Nick Suzuki multiplie les bonnes intentions quand il saute sur la patinoire.
Des bonnes intentions qui ne se traduisent pas uniquement par des buts et des mentions d’aides, mais qui aident à propulser le Canadien jusqu’à la victoire.
En fin de match lundi, alors que le gardien Alex Lyon avait été rappelé au banc à la faveur d’un sixième patineur, Nick Suzuki a bloqué un tir de Rasmus Dahlin alors qu’il restait 37 secondes à faire en troisième.
Cet « arrêt » de Suzuki s’est transformé en passe alors que la rondelle a été ensuite saisie par Jake Evans qui est allé marquer le but d’assurance dans une cage déserte.
C’est aussi en bloquant un tir – de Steven Stamkos – que Nick Suzuki a amorcé la séquence qui a mené au but gagnant de Cole Caufield, en prolongation, jeudi dernier aux dépens des Predators de Nashville.
Les dix points – un but, neuf passes – qu’affiche Suzuki après sept matchs sautent bien sûr aux yeux quand on cherche à quantifier l’importance de la contribution du capitaine dans les succès du Canadien qui affiche déjà cinq victoires (5-2-0) après sept matchs. Mais dans le vestiaire du Tricolore et dans ceux des équipes que le Canadien croisera lors du voyage qui les conduira à Calgary (mercredi), Edmonton (jeudi), Vancouver (samedi) et Seattle (mardi), les conséquences positives des deux tirs bloqués par Suzuki ont autant, sinon plus, de valeur que les simples statistiques offensives.
Dobes-Montembeault : aucune controverse
Le fait que Martin St-Louis ait décidé d’envoyer Jakub Dobes devant le filet contre les Sabres plutôt que d’offrir une chance à Samuel Montembeault de racheter illico sa sortie ordinaire de samedi, dans la défaite aux mains des Rangers, a fait jaser lundi.
Elle a même soulevé un début de commencement de controverse. Un début de commencement de controverse totalement injustifié.
Si le Canadien tient vraiment à passer à une autre étape cette année, s’il tient à ne pas avoir à attendre le dernier match de la saison et d’avoir en plus à souhaiter les défaites de ses rivaux pour accéder aux séries, il lui faut gagner le plus vite possible et le plus souvent possible.
Pour mousser ses chances de victoire, il doit faire appel au gardien qui lui donne les meilleures chances de gagner. Et en ce moment, ce gardien est Jakub Dobes.
Pas toujours rassurant dans sa manière de se dresser devant sa cage, parfois inquiétant alors que ses déplacements le mènent hors position, Dobes a malgré tout bloqué 29 des 31 tirs des Sabres lundi.
En troisième période, il a réalisé trois, quatre, peut-être même cinq arrêts solides pour empêcher les Sabres de revenir dans le match. Ce n’était pas toujours beau, mais c’est l’efficacité qui compte.
Entre les lignes
- Mike Matheson (26 minutes 30 secondes) et Noah Dobson (20 minutes 46 secondes) ont été les défenseurs les plus occupés du Canadien lundi soir. Ils ont été fort bons. Tout comme Lane Hutson (19 minutes 59 secondes) et Jayden Struble (19 minutes 9 secondes) qui l’épaule en l’absence de Kaiden Guhle. Mais à bien des égards, c’est Alexander Carrier (18 minutes 36 secondes) qui a été le meilleur arrière du Tricolore face aux Sabres. Il n’a pas récolté de point, mais c’est lui qui a orchestré le jeu qui a mené au premier but du match, celui d’Oliver Kapanen. Il a dominé son équipe en bloquant cinq des 21 tirs bloqués par le Canadien...
- En plus d’être efficace aux cercles des mises en jeu – 10 mises en jeu gagnées sur les 17 disputées – avec une efficacité de 59 %, Jake Evans a cadré les huit tirs décochés en direction d’Alex Lyon. Son huitième, lui a permis de marquer le but d’assurance…
- Des 15 tirs décochés par Rasmus Dahlin, lundi, quatre seulement ont atteint la cible défendue par Jakub Dobes. Sept ont été bloqués en défensive et quatre ont simplement raté la cible…



