TAMPA - Dimanche soir à Tampa Bay, Mike Matheson a réalisé le rêve qu’il chérissait depuis le premier jour où il a enfilé des patins et saisi un bâton de hockey entre ses mains : gagner un septième match de séries éliminatoires.
Il a gagné ce septième match en première ronde et non en finale de la coupe Stanley. Il l’a gagné en temps réglementaire en non en prolongation; l’apothéose des rêves des petits gars et des petites filles qui jouent au hockey.
Pis encore, c’est du banc des pénalités qu’il a suivi les sept dernières secondes de la rencontre au lieu de défendre le territoire du Canadien et d’aider la cause de son gardien Jakub Dobes.
Mais ce n’est pas grave. Pas grave du tout.
À 32 ans, Matheson a enfin réalisé son rêve de gagner un septième match disputé en séries éliminatoires.
Un rêve qui aurait facilement pu tourner au cauchemar alors que lui et ses coéquipiers se sont contentés de neuf tirs sur la cage défendue par Andreï Vasilevskiy. Neuf tirs en trois périodes! Aucun en période médiane!
Un nouveau record de la LNH alors que jamais avant la victoire du Canadien, dimanche, une équipe n’avait remporté les honneurs d’un match de séries en obtenant moins de 10 tirs au but. Une nouvelle marque dans l’histoire du Canadien alors que jamais encore, au fil de sa longue histoire, il n’avait pas atteint la cible au moins une fois au cours d’un engagement en match de séries.
Mais après le match, ce record de la LNH, cette nouvelle page écrite dans l’histoire du Tricolore n’étiolait pas le moins du monde la satisfaction du vétéran défenseur.
« C’est vraiment le fun », a lancé Matheson avec un large sourire. Un sourire qu’il n’a pas même perdu lorsque Phillip Danault l’a contraint à mettre ses habitudes alimentaires de côté – il ne consomme pas de gluten pas plus que de produits laitiers – le temps de prendre une petite, une très petite, bouchée de la pointe de pizza que le vétéran joueur de centre lui a pratiquement mis dans la bouche.
Il faut dire que Matheson ne célébrait pas seulement sa première victoire dans un match sans lendemain en séries. Il célébrait sa toute première élimination d’un adversaire en séries éliminatoires.
« Les jeunes sont excités, mais je le suis tout autant », assurait d’ailleurs le défenseur qui venait de compléter son 32e match de séries en carrière.
Matheson a perdu en cinq matchs l’an dernier aux mains des Capitals de Washington.
Il avait aussi perdu deux fois avec les Penguins de Pittsburgh en 2022 – une défaite en sept matchs aux mains des Rangers alors que Matheson avait marqué un but et récolté six passes – et en 2021 en six matchs contre les Islanders. Des Islanders qui ont aussi chassé Matheson et les Panthers de la Floride avec qui il évoluait en 2020 et 2016 dès la première ronde en quatre et six parties.
« J’avais hâte de vivre cette expérience. On s’est compliqué la vie pas mal ce soir (dimanche), mais on forme un club tellement uni que ça nous a permis de toujours y croire. Et je te dirais que ça rend le niveau de satisfaction encore plus élevé », assurait le défenseur de Pointe-Claire dont les 32 ans et 32 matchs d’expérience en séries éliminatoires aideront sa cause et celle du Canadien en deuxième ronde.
« Aussi le “ fun ” ce soit ce soir, aussi content je puisse être d’avoir enfin gagné un septième match et une ronde de séries, je sais que le plus dur reste à faire », philosophait le troisième joueur le plus âgé dans le vestiaire du Canadien après Brendan Gallagher qui aura 34 mercredi, le jour du premier match de la ronde qui opposera le Canadien aux Sabres à Buffalo, et Phillip Danault.
Martin St-Louis ne pourrait quand même pas chasser Gallagher de sa formation le jour de son anniversaire de naissance?
Ce serait surprenant en effet. Pas en raison de l’anniversaire, car en séries les sentiments passent loin, très loin, derrière la soif de victoire. Mais parce que Gallagher présente un bilan fort positif dans les trois matchs qu’il a disputés depuis que l’entraîneur-chef l’a réintégré à sa formation lors du cinquième match. Un match auquel il a donné le ton en marquant dès la 29e seconde.
En terrain connu à Buffalo
Mike Matheson aurait pu se faire plaisir en croisant l’un de ses anciens clubs en deuxième ronde si les Penguins et les Panthers étaient toujours en action. Il aurait pu savourer une douce revanche s’il avait croisé, avec ses coéquipiers, les Rangers contre qui il a perdu en sept matchs en 2022 ou les Islanders qui l’ont chassé trois fois des séries.
Mais les Sabres et surtout la ville de Buffalo ont plus de signification encore à ses yeux.
De fait, ce duel animera bien davantage les passions dans sa famille, car c’est dans la région de Buffalo qu’il passe ses étés avec son épouse et leurs deux enfants Hudson et Mila.
Il faut dire que son épouse Emily est née et a grandi à Buffalo. Joueuse de hockey qui a défendu les couleurs des USA, Emily a croisé Mike Matheson à Boston College où ils ont tous deux endossé l’uniforme des Eagles.
« Ce sera vraiment spécial sur le plan humain. Ce sera le fun de jouer quand même près de la maison et d’avoir le soutien de tout mon monde », a convenu Matheson qui s’apprêtait à aller rejoindre son frère et sa fiancée qui avaient fait le voyage à Tampa pour le septième affrontement entre le Canadien et le Lightning.
L’expérience de Matheson, le retour de Dobson
Lane Hutson a été le meilleur joueur du Canadien en première. Pas seulement le meilleur patineur, mais le meilleur joueur tout court.
Ça n’enlève rien à l’importance qu’a eue Mike Matheson en première ronde et celle qu’il aura encore à compter de mercredi.
Martin St-Louis voue une admiration évidente en Mike Matheson. Une grande confiance également comme le confirment ses temps moyens d’utilisation par match de 24 min 10 s en saison régulière et de 25 min 56 s en séries. Un temps en séries qui a été gonflé par les quatre matchs qui se sont décidés en prolongation.
Et s’il était fort heureux pour ses jeunes joueurs, l’entraîneur-chef l’était tout autant pour l’aîné, le point d’ancrage, de la brigade défensive.
« Mike joue un gros rôle pour nous. On l’a dit souvent à quel point ce n’a pas été facile pour lui de changer ce rôle – devenu plus défensif après l’arrivée de Lane Hutson – et d’exceller. Il n’y a pas une situation qui me fait peur quand il est sur la patinoire. La qualité se son patin lui permet de s’adapter à toutes les situations. D’affronter n’importe qui. Le fait qu’il ait mis autant de temps à gagner une ronde de séries prouve à quel point ce n’est pas facile. Ça prend des gars comme Mike pour avancer en séries », a louangé Martin St-Louis.
Mike Matheson a abattu le gros de son travail, à forces égales et en désavantage numérique, avec Alexandre Carrier à ses côtés.
Le retour de Noah Dobson sera grandement bénéfique au duo qui a relevé les plus gros défis en première ronde.
Dobson, qui a longtemps été jumelé à Matheson en saison régulière, a joué avec un peu tout le monde dimanche soir. Son utilisation a démontré à quel point son retour donne de la flexibilité à Martin St-Louis et Stéphane Robidas qui s’occupe des défenseurs.
Arber Xhekaj a fait du très bon boulot lors des six premiers matchs. Mais la présence rassurante de Dobson sautait aux yeux lors de la septième partie. Pas trop rouillé, peut-être un brin prudent pour protéger sa main blessée – pouce fracturé selon toute vraisemblance – Dobson a eu de bons moments en attaque – même si le Canadien n’en a pas eu beaucoup – et plusieurs bonnes présences en défensive.
Contre des Sabres qui sont plus gros que le Lightning, il sera intéressant de voir si St-Louis et ses adjoints ramèneront Xhekaj en relève à Jayden Struble.
Mais peu importe ces décisions, Mike Matheson sera encore envoyé dans la mêlée pour affronter Tage Thompson, Alex Tuch et les meilleurs éléments des Sabres.
La tenue du vétéran défenseur aura un gros mot à dire sur les chances de Matheson et de ses coéquipiers de peut-être remporter un autre match 7 et de passer en finale de l’Est.











