MONTRÉAL – « On était prêt à n’importe quoi ce soir », a plusieurs fois répété Martin St-Louis après la victoire de 2-1 de son équipe aux dépens du Lightning de Tampa Bay.
Prêt au 50e but que Cole Caufield a « enfin » marqué.
Prêt au 30e but et au 70e point que Juraj Slafkovsky a enfilé et récolté pour mousser encore davantage la saison la plus productive de sa jeune carrière.
Prêt aussi à du jeu physique, parfois un brin salaud, qui s’est traduit par mille et une – non juste mille – escarmouches après chaque coup de sifflet ou à peu près.
Prêt à n’importe quoi pour ce match qui a fait oublier les deux ou trois derniers comme l’a candidement reconnu Martin St-Louis; prêt à n’importe quoi à l’aube des séries éliminatoires qui se mettront en branle vraisemblablement le samedi 18 avril prochain.
Tout ça est bien beau. Mais le Canadien est-il prêt à affronter n’importe qui?
« Je pense que oui. On l’a d’ailleurs prouvé dans l’Est cette année », que l’entraîneur-chef du Canadien a répondu.
Cette confiance tombe bien.
Car si rien n’est joué en tête de classement de la section atlantique, le Canadien et le Lightning pourraient bien se recroiser en première ronde des séries dès la semaine prochaine. Et si le match de jeudi, au Centre Bell, se veut un prélude à une telle première ronde, cette série sera serrée, robuste, enlevante et… longue.
Avec sa victoire de jeudi, le Canadien affiche 104 points au classement. Deux de moins que les Sabres de Buffalo qui occupent le premier rang, mais deux de plus que le Lightning que le Tricolore vient de battre deux fois en 10 jours. Le Lightning qui est l’une des équipes que Martin St-Louis et l’état-major utilisaient comme baromètre pour évaluer la progression du Tricolore.
« Je ne me fie pas seulement aux points au classement pour évaluer notre équipe. Est-ce qu’on est vraiment devant eux? Est-ce qu’on est un peu derrière? Je ne sais pas. Ce que je sais par exemple c’est que nous sommes proches », a analysé avec objectivité l’entraîneur-chef du Canadien.
Beaucoup de buts importants
Le Canadien a rivalisé avec le Lightning sur le plan hockey. Le trio de Suzuki (2 passes), Slafkovsky (1 but, 1 passe) et Caufield (1 but) a bien sûr donné le ton à l’attaque.
Le 50e de Caufield a soulevé la foule, le banc du Canadien et aussi le groupe d’entraîneurs, à commencer par Martin St-Louis.
« Je suis très fier de lui. Fier du joueur de hockey, mais aussi de la personne. Encore plus de la personne. Cinquante buts pour Cole, 30 pour Slaf, c’est beaucoup de buts. Beaucoup de buts importants », a indiqué St-Louis après le match.
Et c’est tout à fait vrai.
Le 50e but de Caufield était son 29e qui donnait une avance d’un but au Tricolore jusqu’ici cette saison. C’est beaucoup? Pas mal, oui! Comme le confirme le fait que le petit Cole vient de dépasser Pavel Bure qui occupait le deuxième rang de la LNH depuis 1999-2000 avec 28. Le fait que le meneur est Brett Hull et que son record (39) tient depuis la saison 1990-1991.
Martin St-Louis, le père de Cole Caufield qu’on a vu pleurer dans les gradins pendant les célébrations et les partisans n’étaient pas les seuls à fêter cet exploit qu’aucun joueur du Tricolore n’avait réalisé depuis Stéphane Richer il y a 36 ans.
« Tous les gars voulaient ce but autant que lui. Peut-être même plus. Ça démontre à quel point notre groupe est uni. À quel point les gars s’aiment », a insisté St-Louis.
Quant à Slafkovsky, il a marqué son quatrième but gagnant de la saison. Ça le place au deuxième rang derrière Caufield qui en revendique 12.
Tous pour un…
C’est aussi cet esprit de corps qui explique pourquoi le Canadien a répliqué à toutes les tentatives d’intimidation du Lightning.
« On a évolué comme groupe en matière de papier sablé. Ça aussi ça démontre à quel point les gars se tiennent. À quel point ils sont unis par des liens très étroits. Car ce n’est pas juste l’affaire de quelques gars. C’est l’affaire de tout le monde. On est ensemble, mais on reste en contrôle. On est resté du bon bord de la ligne ce soir et ce n’est pas toujours évident », a analysé St-Louis.
Arber Xhekaj est tombé dans un piège que lui a tendu le vieux Corey Perry.
« C’est un bon exemple. Corey a 40 ans et il fait ça depuis toujours. Mais après cette pénalité, Arber est resté en contrôle. C’est important, parce que dans un match serré, tu ne veux pas leur donner un avantage numérique », a mentionné St-Louis.
Xhekaj a dû faire preuve de beaucoup de contrôle plus tard dans la rencontre alors que Perry s’en est pris à Lane Hutson pendant que les quatre officiels en avaient plein les bras plus loin dans le territoire du Lightning. Le vétéran l’a frappé plusieurs fois, lui a asséné des petits coups de bâton et lui a beaucoup parlé. Invectivé serait un meilleur terme. Tout ça dans une tentative évidente d’intimidation.
« Je ne faisais que lui dire bonjour », a indiqué avec un large sourire le vétéran dans le vestiaire du Lightning après la rencontre.
Il semblait évident que Perry lui disait bien plus à bientôt que bonjour…
Mais bon.
Plus sérieusement, Perry a tenu à rendre hommage à Cole Caufield pour son 50e but. « J’étais à Montréal lorsqu’il est arrivé dans la Ligue. On voyait tout de suite qu’il avait un talent spécial pour marquer des buts. Il a un très bon tir qui lui permet de loger la rondelle dans de petites ouvertures. Mais en plus de toujours trouver un bon endroit pour recevoir la rondelle, il est toujours prêt à décocher », a analysé Perry.
Après l’entraînement matinal de jeudi, Jon Cooper, l’entraîneur-chef des « Bolts », assurait qu’il était bien plus intéressé à gagner le match 83 de la saison – ou le premier des séries – que la partie 79.
« C’est le genre de commentaire qui est plus facile à faire le matin qu’en fin de soirée après une défaite. On a travaillé fort pour niveler les chances en fin de match avant de commettre une erreur monumentale sur un jeu de base derrière notre but. Cela dit, je m’explique mal que les arbitres leur aient donné sept attaques massives ce soir et qu’ils aient décerné quatre pénalités de 10 minutes à nos joueurs. C’est devenu une mode. On a perdu certains gars pour presque le tiers du match. Ça n’a pas de bon sens », a indiqué Cooper.
Quelle importance l’entraîneur-chef du Lightning accorde-t-il à l’avantage de la patinoire une fois en séries? Un avantage que le Lightning pourrait avoir échappé en perdant contre le Canadien jeudi soir?
« Il reste encore beaucoup de hockey à jouer. Cela dit, je crois que j’ai disputé quatre ou cinq rondes de séries qui se sont décidées dans un septième match. Je suis convaincu d’en avoir gagné deux et perdu deux autres. La cinquième, je ne suis pas sûr. Malgré tout, comme tout entraîneur, je préférerais bien sûr profiter de l’avantage de la patinoire en séries. On verra ce que les derniers matchs détermineront. »
À la lumière de ce que les deux équipes ont offert comme matchs, jeudi soir, au Centre Bell, il n’y a pas un amateur de hockey, pas un partisan du Canadien ou du Lightning, qui se plaindrait si Montréal et Tampa s’affrontaient dès la première ronde des séries.
Pas un journaliste non plus…











