MONTRÉAL – « Huguette! Huguette! Huguette! »
Avec environ huit minutes à faire en troisième période, une brave dame est apparue sur l’écran géant du Centre Bell. Elle portait un chandail qui avait probablement été confectionné par l’un de ses nombreux accompagnateurs. On pouvait y lire qu’elle était sortie pour célébrer son 90e anniversaire.
Quand la foule a commencé à scander son nom, on s’est dit que ça résumait tout ce qu’il y avait à savoir sur le match qui se déroulait plus bas.
Huguette méritait chaque syllabe, chaque décibel de la reconnaissance qu’elle a reçue. Aucun des joueurs qu’elle était venue encourager ne pouvait en dire autant.
Pour ceux qui avaient oublié comment la dernière saison du Canadien avait pris fin, le match de mardi en fut un fidèle rappel. Comme pendant la plus récente finale de l’Est, la grosse machine bien rodée des Hurricanes de la Caroline a complètement étouffé son adversaire qui sort tout juste d’une reconstruction.
Les chiffres compilés par Sportlogiq racontent parfaitement l’histoire du match.
Ils nous apprennent d’abord que les Canes ont gagné les deux tiers des batailles pour la rondelle. Noah Dobson a bien isolé la problématique après la rencontre : « Je crois que ça s’est joué dans les duels. Souvent, on avait la force du nombre dans un coin, mais ils sortaient avec la rondelle et profitaient soudainement d’un surnombre. »
Les Hurricanes ont aussi obtenu 13 chances de marquer à la suite des revirements qu’ils ont provoqués. Le Canadien ne s’en est créé que quatre dans les mêmes circonstances.
« Les intentions sont bonnes, a dit Martin St-Louis, indulgent, sur le sujet. Mais c’est une équipe contre laquelle c’est difficile de posséder la rondelle. Je sais qu’on a des joueurs qui sont capables de posséder la rondelle, qui ont des bons bâtons, qui gagnent beaucoup de batailles. Mais il faut se mettre des rondelles aux bonnes places. Il faut quasiment que tu leur donnes pour aller la rechercher. Et ça prend du support. C’est sûr que tu ne peux pas faire des revirements comme ça contre cette équipe-là. »
Sur à peu près chaque parcelle de glace, le Canadien est arrivé deuxième. Et tout ça dans une soirée où les champions en titre de la Coupe Stanley sont loin d’avoir été irréprochables. Ce match, que les locaux menaient 3-2 après une période, a pendant de longues séquences été du gros n’importe quoi.
Dans ce contexte, il peut être injuste de placer le viseur sur un joueur en particulier. Personne hier soir n’a risqué d’endommager les touches de son clavier à énumérer les joueurs du CH qui ont bien paru.
Pour le temps qu’ils ont passé sur la glace, Jayden Struble (9:05) et Arber Xhekaj (9:12) ont été dans l’action pour un nombre ahurissant de tentatives de tirs de l’adversaire. Les statistiques avancées ne font pas non plus de fleur à Kirby Dach, le deuxième attaquant le moins utilisé par St-Louis après Florian Xhekaj. Ce sont là des constats qui ne devraient provoquer aucun froncement de sourcils.
Slaf erratique, la profondeur testée
Mais parce qu’il a démontré l’année dernière qu’il s’approchait de l’élite de la Ligue nationale, les attentes sont plus élevées envers Juraj Slafkovský. Et bien que la saison soit encore très jeune et que le grand Slovaque nous a habitués à de petits épisodes d’inconstance, il faut dire les choses comme elles le sont : les attentes, « Slaf » est présentement loin de s’en approcher.
Il avait déjà affiché de petits signes de défaillance samedi à Pittsburgh. Contre les Hurricanes, il a été plus proche du joueur qui avait été blanchi dans les quatre derniers matchs de la finale de l’Est que celui qui avait inscrit trois points dans le premier.
À forces égales, le site Natural Stat Trick a recensé qu’il a été sur la glace pour trois tentatives de tirs de son équipe contre 23 pour les Hurricanes. Il a été coupable du revirement qui a mené au premier but du match. Il a perdu une rondelle de façon incompréhensible à la ligne bleue adverse sur la séquence qui s’est conclue par le but d’assurance des Canes.
En avantage numérique, une mission qu’il s’est vu confier pendant 5 minutes 27 secondes, ça n’a pas été mieux. Il a perdu des rondelles en entrée de zone, en a perdu d’autres le long de la rampe (où il était positionné en l’absence d’Ivan Demidov). Dans les dernières secondes de la première période, il a raté un contrôle après une mise en jeu importante remportée en zone offensive par Philip Danault, tuant une menace potentielle dans l’œuf.
Le but qu’il a marqué en toute fin de match, en sautant sur une rondelle libre que Chris Kreider venait de dévier sur la barre transversale, ne leurrera personne.
Nick Suzuki a été honnête quand on lui a demandé s’il avait l’impression que Slafkovský tentait de trop en faire. « Probablement, à certains moments. Il veut tellement être “le gars” et prouver ce qu’il peut accomplir. Et on veut qu’il le fasse. Mais ça lui arrive de se mettre dans le trouble à l’occasion en forçant des jeux. On sait qu’il peut accomplir tous les jeux imaginables, mais on dirait que la rondelle roulait sur son bâton et ça finit par affecter sa confiance légèrement. C’est un très bon joueur et on espère que son but lui procurera une dose de confiance. »
Rien du trio que St-Louis avait imaginé pour pallier l’absence de Demidov n’a collé. On a déjà parlé de Dach. Les indices de possession d’Alex Newhook ont été tout aussi dans le rouge que ceux de son ailier de puissance. En troisième période, l’entraîneur a décidé de ramener Slafkovský aux côtés de Suzuki et Cole Caufield.
« Des fois c’est difficile [de résister à la tentation de les réunir], a admis St-Louis. Ça a fonctionné dans le passé alors des fois, tu écoutes ce que te dit ton instinct. » Le coach a arrêté sa réponse là, mais tout le monde aurait pu la finir. Son instinct, mardi soir, l’a trompé.
St-Louis devra maintenant poursuivre les expériences pour se trouver un deuxième trio. Il aura suffi de la perte de deux joueurs pour que cette profondeur dont on faisait il n’y a pas si longtemps l’éloge soit ponctuée d’un gros point d’interrogation.