MONTRÉAL – Lane Hutson était calé dans le fond de son casier, les bras croisés, le menton enfoncé entre ses clavicules et le regard perdu quelque part dans le plancher quand les journalistes ont pénétré dans le vestiaire du Canadien.
Le connaissant, le défenseur était probablement en train de s’auto-flageller pour les deux rondelles bondissantes qu’il a été incapable de contrôler à sa ligne bleue et qu’Adam Edström est allé porter dans un filet désert dans les trois dernières minutes du match.
La vérité, c’est qu’il n’y a personne à pointer du doigt pour cette défaite de 5-2. Pas Hutson (surtout pas Hutson), ni Josh Anderson qui s’en voulait d’avoir raté une échappée en troisième période, ni Jacob Fowler qui a accordé trois buts sur seulement 18 tirs.
Est-ce que Noah Dobson et Mike Matheson, coupables de fautes qui ont mené à deux missions ratées des unités spéciales, feraient un usage plus prudent de leur bâton si les deux barbus de Plan B les lançaient dans leur fourgonnette? Probablement. N’empêche, si le Canadien rejouait 100 fois le match qu’il a livré jeudi soir, il le gagnerait probablement 98 fois.
Malgré les petites imperfections ici et là et même si l’adversaire n’était pas le plus terrifiant, il faut applaudir la façon dont les joueurs de Martin St-Louis ont répondu à l’affront que leur avaient fait subir les Hurricanes de la Caroline deux jours plus tôt. S’il existe un contexte où il est permis de qualifier une défaite de rassurante, ça serait probablement celui-là.
Ne vous laissez pas distraire par le pointage final. Défensivement, les Montréalais ont complètement fermé les vannes après les fuites incontrôlées de leurs deux matchs précédents. Il était là, le besoin le plus pressant.
Pendant les 54 minutes et 27 secondes qu’il a jouées à 5 contre 5, le CH n’a accordé que dix tirs cadrés. Seulement cinq d’entre eux ont été décochés de l’enclave, selon Sportlogiq. Au niveau des chances de marquer de qualité, la domination a été totale : seize contre deux.
Évidemment, ces chiffres ne font pas que mettre en lumière l’excellence défensive de l’équipe. Ils surlignent aussi au marqueur jaune une incapacité à infliger à son adversaire un maximum de dommage.
« Quand on contrôle un match de cette façon, il faut savoir le plier, reconnaissait Alex Newhook. Ils n’avaient rien contre nous en début de rencontre et si on avait profité de nos chances pour faire 4-0, ça aurait été dans la poche. »
Le rendement de Nick Suzuki est l’une des rares certitudes dans ce début de saison trouble. Le capitaine a marqué dans un troisième match de suite, une séquence durant laquelle il a empoché sept points.
Newhook a eu besoin d’un peu de chance pour doubler l’avance des siens, mais le nouveau trio sur lequel l’entouraient Chris Kreider et Josh Anderson a montré des signes instantanés de bonne entente. Kreider s’est vu refuser un but en tout début de match quand la reprise a révélé qu’il avait lui-même provoqué un hors-jeu en entrée de zone. Anderson a envoyé sept tirs vers Juuse Saros, a distribué trois mises en échec et a provoqué une pénalité avec sa vitesse. On lui en a aussi décerné deux pénalités, mais il est le genre de joueur envers qui on aura souvent tendance à être plus indulgent. On ne fait pas d’omelettes sans bien battre les (chandails) jaunes.
La connivence entre ces trois gaillards ne rend pas moins souhaitables les retours à plus court terme possible d’Ivan Demidov et Oliver Kapanen, ou un petit regain de constance d’un Caufield ou d’un Slafkovský, ou un resserrement du désavantage numérique. Mais un problème à la fois.
« La vie est injuste », a dit St-Louis sur un ton qui aurait été bien agencé avec un haussement d’épaules, comme pour enjoindre ses joueurs à rapidement mettre de côté leurs sentiments négatifs.
Il y aura certainement des soirs où cette maxime favorisera son équipe, mais jeudi soir, sa complainte était justifiée.
À qui le filet?
Hutson avait depuis longtemps libéré son casier quand Jacob Fowler s’est présenté devant le sien. Le capuchon de son chandail était relevé par-dessus sa chevelure de feu. Il avait beau être de retour dans la Ligue nationale, il n’était pas de meilleure humeur que lorsqu’on lui avait rendu visite à Laval la semaine précédente.
Fowler, on le disait plus tôt, n’avait pourtant pas grand-chose à se reprocher. On ne se mettra pas à encenser un gardien qui est allé au lit avec un taux de succès de ,833. Mais deux des rondelles qui lui ont échappé ont dévié de leur trajectoire initiale au dernier instant. Son autre moment de faiblesse est survenu dans une chaotique mêlée où trois des quatre joueurs qui devaient l’aider avait au moins un patin derrière la ligne rouge.
On ne jugera pas non plus la saison de Jakub Dobeš sur trois matchs. Ses performances dans la première portion de 2026 lui ont valu le bénéfice du doute. Il a été superbe à Toronto. Dans les débâcles à Pittsburgh et contre les Hurricanes, il a été aussi bon que les joueurs devant lui.
Mais les drapeaux rouges sont sortis de leur étui.
Il aurait probablement fallu que Fowler sorte un « Ron Tugnutt » de son chapeau pour s’assurer du filet en fin de semaine contre les Red Wings. D’autant plus qu’on est toujours dans le noir quant à la durée de l’absence de Samuel Montembeault. Pour ce qu’on en sait, Fowler retrouvera peut-être sa place dans le vestiaire aux côtés de Kaapo Kähkönen avant de revoir le filet à Montréal.
Mais s’il fallait que Montembeault soit à l’écart pour un bout de temps, et s’il fallait que Dobeš continue de se battre avec lui-même dans son demi-cercle, et s’il fallait que Fowler continue de jouer avec l’aplomb dont on le sait capable – il a été excellent dans ses deux sorties avec le club-école – l’avenir pourrait soudainement être bien plus proche qu’avant devant le filet des Glorieux.