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Une organisation transformée

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Quand Martin St-Louis a accepté, en février 2022, de relever le défi un brin fou que lui offraient Jeff Gorton et Kent Hughes, le défi de relancer le Canadien de Montréal, le nouvel entraîneur-chef a hérité d’un club vulnérable.

D’une équipe très vulnérable même!

« Le moral ne pouvait pas être plus bas », a d’ailleurs convenu Martin St-Louis après s’être offert une trentaine de secondes de réflexion avant de répondre.

Deux cent quatre-vingt-neuf matchs plus tard, cette équipe est transformée. En fait, ce n’est pas seulement l’équipe qui est transformée, mais l’organisation au grand complet.

Une organisation habilement dirigée par le duo Jeff Gorton et Kent Hughes à qui le propriétaire Geoff Molson a offert des récompenses sous forme de prolongations de contrat de cinq ans, à compter de l’an prochain.

Parachuté à Montréal de New York, d’où le commissaire Gary Bettman avait moussé sa candidature, Gorton a pris une décision osée en faisant appel à Hughes, un agent, pour l’épauler à titre de directeur général. La décision plus osée encore de confier le poste d’entraîneur-chef à St-Louis avait soulevé des tas de questions et aussi des doutes quant aux chances de succès de ce triumvirat.

Depuis, ce trio s’est appliqué à balayer tous ces doutes du revers de la main à force de bonnes décisions, de bonnes sélections au repêchage, de bonnes transactions, de bonnes et très bonnes signatures de contrat.

Avec Gorton, Hughes et St-Louis – sans oublier tous ceux et celles qui les épaulent dans leurs fonctions – le Canadien compte sur l’état-major le plus solide des 30 dernières années. Soit depuis le règne de Serge Savard à la tête du Tricolore.

Marc Bergevin, Pierre Gauthier, Bob Gainey, André Savard et même Réjean Houle, qui avait succédé à Serge Savard dans des conditions difficiles en début de saison 1995-1996, ont tous pris de bonnes décisions et réalisé de bons coups également.

Mais ils ont effacé plusieurs de leurs bons coups par de moins bons, voire des carrément mauvais qui ont terni leurs héritages. De mauvaises décisions parfois associées à des changements de stratégies trop rapides alors que la patience aurait été de mise dans le cadre des reconstructions effectuées.

Gorton, Hughes et St-Louis sont sortis gagnants de la très grande majorité des décisions qu’ils ont multipliées depuis leur arrivée. Ils n’ont pas commis, du moins pas encore, d’erreurs coûteuses susceptibles de faire dérailler leur plan.

« Je leur ai demandé de demeurer patients quand les choses n’allaient pas aussi vite qu’ils le voulaient et je leur ai dit qu’ils auraient la possibilité de devancer certaines décisions si la situation l’exigeait », a expliqué Molson avant le match de mardi.

Comme les jeunes joueurs du noyau de leur équipe qu’ils ont mis sous contrat pour longtemps, Gorton et Hughes sont donc à Montréal pour rester. Du moins, c’est le plan!

Même s’il est Américain et qu’il a été courtisé par quelques clubs du sud de la frontière, Gorton a confirmé à Molson son intention de terminer ce qu’il avait entrepris à la tête du Canadien. Une décision qui a permis au propriétaire du Tricolore de refuser aux équipes adversaires les autorisations réclamées pour négocier avec Gorton.

Enthousiasme évident

Les bons coups du très efficace « monstre à deux têtes » qui dirige le Canadien et surtout la stabilité instaurée et maintenue par le nouvel état-major donnent des résultats probants.

Ils moussent aussi la confiance des partisans qui semblent vraiment croire aux chances que leurs favoris puissent aspirer aux grands honneurs dans un avenir pas trop lointain.

Un sentiment partagé par les joueurs également.

« Je vois maintenant un groupe confiant. Pas arrogant, mais confiant. L’enthousiasme est bon et ça paraît », a ajouté l’entraîneur-chef après la victoire de 5-4 arrachée par son équipe en prolongation aux dépens du Kraken venu de Seattle.

Cet enthousiasme était palpable dès l’entrée dans le vestiaire, ce qui est normal après une victoire. J’en conviens. Mais les Ivan Demidov, Lane Hutson, Cole Caufield et le capitaine Nick Suzuki pour ne nommer qu’eux affichaient des mélanges de joie, de confiance, de satisfaction.

Avec raison.

Demidov venait de marquer un but splendide avec moins de trois minutes à faire en troisième pour propulser le match en prolongation.

Hutson, au lendemain de l’annonce de la signature d’un contrat qui l’assure de défendre les couleurs du Canadien pour les neuf prochaines années, venait de disputer un match du tonnerre. Comme s’il avait voulu démontrer à ses coéquipiers, à l’état-major, à tout le monde, qu’il méritait chacun des 70,8 millions $ de dollars qu’il empochera à compter de l’an prochain.

Caufield, avec son deuxième du match, son troisième de la saison venait de soulever la foule en logeant la rondelle dans un trou à peine plus grand qu’elle entre l’épaule gauche du gardien Joey Daccord et la barre horizontale au grand plaisir des partisans qui se sont levés d’un trait et ont longuement célébré cette première victoire de la saison à domicile, la troisième en quatre parties.

D’une grande efficacité sur la patinoire et gagnant de la mise au jeu qui a mené au but de la victoire en prolongation, Suzuki parlait de ses jeunes coéquipiers Demidov et Hutson comme de prolifiques producteurs de faits saillants dès qu’ils touchent à la rondelle.

Assis seul à son casier, les yeux rivés sur le relevé officiel des statistiques du match, Noah Dobson a esquissé un large sourire lorsqu’on lui a demandé de partager les sensations qu’il a ressenties lors des cérémonies d’avant-match. Des cérémonies très réussies après un hommage touchant et senti offert à la douce mémoire de Ken Dryden – l’idée de mettre son masque sur le filet et d’avoir, debout au banc des joueurs, plusieurs de ses coéquipiers de l’époque était excellente – décédé le mois dernier. « Je m’étais fait une petite idée du niveau d’intensité que nous offriraient les partisans lors de cette cérémonie, mais ça n’avait rien à voir avec ce que j’ai ressenti. C’était vraiment sensationnel. C’était au niveau de ce que tu peux vivre en séries éliminatoires », a commenté le défenseur après son premier match inaugural avec le Canadien.

Des signes qui ne mentent pas

Être témoin de débordements de confiance et d’enthousiasme après une victoire, surtout une victoire acquise lors du lancement de la saison à domicile, n’a rien d’anormal. Au contraire.

Mais constater autant de confiance et d’enthousiasme au quotidien est une nouvelle normalité dans l’entourage du Canadien. Une normalité que St-Louis associe au fait que ses joueurs « sont contents de venir à l’aréna » tous les jours.

Une observation que confirme avec empressement Mike Matheson : « On peut parler de maturité, de confiance et d’expérience, mais c’est quand tu vois la patinoire remplie de joueurs qui travaillent déjà une trentaine de minutes avant les entraînements que tu réalises vraiment le changement d’attitude entre ce que je vois aujourd’hui et ce que je voyais quand je suis arrivé avec l’équipe », a expliqué le vétéran défenseur.

Brendan Gallagher a vécu des tas de hauts et de bas depuis qu’il a percé l’alignement du Canadien en 2012. À sa 14e saison, il adore ce qu’il voit. Ce qu’il ressent.

« On a eu de très bons moments et de très bonnes saisons au fil des ans. On est allé une fois en finale d’association, une autre fois en finale de la Coupe Stanley. Les pertes de joueurs importants nous ont fait très mal et il a fallu prendre le temps nécessaire pour rebâtir. Pour trouver des gars. Pour leur donner le temps de se développer. Ce n’est pas facile de traverser ces périodes. On est encore un club jeune en âge, mais le niveau de maturité est impressionnant. On ne perd plus de temps à se pointer du doigt pour trouver des coupables, on se met tous ensemble pour trouver des solutions. Ça se reflète dans notre manière de jouer. De nous comporter sur la patinoire. La confiance est passée à un autre niveau cette année », a témoigné Gallagher avec beaucoup d’enthousiasme.

Satisfait de cette fluctuation à la hausse des niveaux de confiance et d’enthousiasme de ces joueurs, Martin St-Louis se garde toutefois de crier victoire trop vite.

« Le moral du groupe a remonté. C’est clair. À quel point a-t-il remonté? Je ne le sais pas. Ce que je sais toutefois, c’est qu’il faut beaucoup de temps pour remonter le moral d’une équipe, mais que dès fois, c’est vite reparti. C’est pour ça qu’il est important de faire attention à comment on fait les choses. De garder une constance. De maintenir notre intégrité », a insisté St-Louis.

Quatre matchs ne font pas une saison. C’est évident. Mais après quatre matchs, il est clair que le Canadien est un club de hockey plus solide, plus confiant, mieux outillé, tout simplement meilleur.

Et si les premières années du règne du duo Gorton-Hughes sont garantes des cinq qui suivront à compter de l’an prochain, leur leadership et celui de leur entraîneur-chef devraient minimiser les risques de dérives, voire de reculs dans la croissance remarquée au fil des deux dernières saisons.