Entrer au Centre Bell en ces temps de pandémie nous fait réaliser à quel point la crise sanitaire nous a privés de tout ce qui nous rend vivant. Les rassemblements, les émotions vécues en communion à travers le sport ou la musique : presque tout a disparu. On dit que les fantômes du Forum ne se sont jamais déplacés dans le Centre Bell. Mais c’est probablement faux tellement le domicile des Canadiens paraît actuellement hanté.

 

Le Groupe CH vit actuellement d’espoirs, tant au niveau sportif, avec l’équipe prometteuse assemblée par le directeur général du Canadien Marc Bergevin, qu’au niveau des spectacles où l’on s’accroche à la date du 30 juin, où l’artiste The Weeknd devrait se produire au Centre Bell dans un concert annoncé « sans distanciation physique ».

 

Avant d’entendre les rythmes du musicien torontois se réverbérer, il reste possible d’assister à une reprise du hockey au Centre Bell, et le Groupe CH travaille à une multitude de scénarios. Mais le plus optimiste des scénarios demeure écarté.

 

« Notre désir serait de jouer une pleine saison avec fans au Centre Bell, mais on sait que c'est utopique, ça n'arrivera pas », concède la vice-présidente du Groupe CH, France Margaret Bélanger.

 

Le propriétaire Geoff Molson a déjà indiqué qu’il fait partie du nombre des gouverneurs de la LNH qui souhaitent la tenue d’une saison, avec ou sans spectateurs. Malgré des revenus de télévision plus lucratifs que ceux des équipes montréalaises comme l’Impact ou les Alouettes, le Canadien n’est pas différent et tire une très importante source de revenus de sa billetterie. Selon Forbes, sur des revenus totaux de 243 millions de dollars en 2019, le Canadien en a récolté 91 millions de sa billetterie.

 

Comme dans la NFL ou dans le baseball majeur, il est fort probable que le nombre de spectateurs permis pour un match de la LNH diverge d’un État ou d’une province à l'autre.

 

« C'est difficile d'essayer de traiter 31 marchés de façon égale avec les mêmes mesures alors que la pandémie est différente en fonction des marchés », constate madame Margaret Bélanger. « On sait qu'il n'y aura pas de partisans ici en début de saison. Ça ne dépend pas de nous. Ce sont les autorités gouvernementales qui vont vraiment dicter la suite des choses. On va s'y plier, c'est la moindre des choses. Nous sommes à la merci des décisions du gouvernement. On va s'ajuster c'est certain. »

 

L’ajustement est commencé. Des mesures sanitaires, comme des thermomètres infrarouges sans contact sont actuellement fonctionnels à l’entrée du Centre Bell de la rue St-Antoine, pour le personnel qui s’y affaire à la sécurité, à l’entretien et la rénovation. Ce type de dispositif pourrait être installé aux entrées des spectateurs. La vice-présidente explique que le retour des spectateurs au Centre Bell passera par des mesures spéciales, et des parcours dans les couloirs de l’édifice.Jean-Luc Legendre - Centre Bell

 

Au chapitre des données inconnues dans l’immédiat, il est présentement impossible de dire pour l'instant dans quel format sera présenté la saison 2021, en raison des contraintes géographiques.

 

« La grande question est : est-ce que la frontière canado-américaine sera ouverte? Pour le moment, c'est fermé et si ça demeure fermé, il y a des aménagements qui devront être mis de l'avant pour avoir une saison. On peut penser à un calendrier qui sera impacté par ces décisions au niveau de la frontière. »

Entrevue avec France Margaret-Bélanger

 

Accélérer la transformation

 

C’est au centre de l’aire de jeu du Centre Bell que j’ai rencontré France Margaret Bélanger, la vice-présidente exécutive et chef des affaires commerciales du Groupe CH. Son organisation rêve de reprise après les coups durs de 2020, où tout s’est arrêté, un peu comme pour les compagnies aériennes.

 

« Je dirais que presque 99,9 % de nos activités se sont arrêtées. La seule chose qui fonctionne, c'est notre boutique virtuelle Tricolore Sport. Mais pour le reste, c'est zéro. C'est catastrophique. »

 

J'ai discuté de la situation avec l'ancien vice-président communications du Canadien, Donald Beauchamp.

Entrevue avec Donald Beauchamp, ancien v.p. aux communications


 

L’organisation menée par Geoff Molson comprend le Club de Hockey Canadien, le Rocket de Laval, Evenko et ses festivals de musique, ainsi que des restaurants.

 

Alors que le Groupe CH a longtemps été perçu comme un empire infaillible et une machine à imprimer de l’argent, ses revenus sont maintenant presque nuls. Madame Margaret Bélanger ne divulgue pas l’ampleur des pertes financières ni le nombre d’employés qui ont perdu leur emploi au sein du groupe. On sait toutefois qu’en mars, 60 % du personnel a été mis à pied temporairement, des mesures qui sont devenues définitives en juin, pour bon nombre de ces employés. 

 

Les circonstances de 2020 ont accéléré un mouvement de centralisation organisationnelle que le Groupe CH avait déjà entrepris avant la pandémie.

 

« On essaie de gérer une seule entreprise, par opposition avec plusieurs petites entreprises », précise madame Margaret Bélanger. 

 

C’est dans ce contexte que Mark Weightman avait décidé de quitter la présidence du Rocket de Laval en janvier. Malgré les pertes économiques, monsieur Weightman estime que le Groupe CH peut ressortir plus fort de cette pandémie.

 

« Les circonstances vont peut-être même accélérer leur transition vers le Groupe CH du futur et la vision qu'ils avaient pour leur réalignement de l'organisation au complet. Cela va peut même aider à renforcer leurs efforts de l'organisation à long terme. »

 

Voilà peut-être le seul point positif d’une année terriblement éprouvante pour l’équipe de Geoff Molson, en plus peut-être de la victoire de la série éliminatoire contre les Penguins dans la bulle de Toronto.