Je suis de ceux qui s'avouent surpris d'avoir vu le Canadien échanger Andrew Shaw aux Blackhawks de Chicago dimanche, à la veille de l'ouverture du marché des joueurs autonomes.

Il est difficile de réagir autrement tant qu'on ne connaîtra pas la suite des événements, c'est-à-dire les ajouts que, forcément, Marc Bergevin effectuera durant les prochaines heures ou prochains jours.

À mon sens, Shaw avait démontré non seulement une belle chimie avec quelques autres attaquants de l'équipe la saison passée, mais aussi énormément de leadership. Il y a eu de longs moments durant l'année où il a été très productif, peut-être même plus que ce à quoi on était en droit de s'attendre.

« Difficile de quitter un tel groupe »

Il a raté plusieurs matchs durant son passage à Montréal, mais il tournait toujours à une moyenne qui sur 82 matchs aurait donné entre 15 et 20 buts.

Le no 65 avait une présence dans le vestiaire aussi. On le sentait apprécié par l'ensemble de ses coéquipiers, jeunes et moins jeunes. Il était un de ceux qui n'hésitaient pas à livrer le fond de sa pensée en entrevues d'après-match, dans les moments plus tendus de la saison.

Et à 3,9 millions $ par année sur la masse salariale, avec ce qu'il nous avait démontré lors de la saison 2018-2019, il ne représentait pas un fardeau financier comme certains l'avaient anticipé.

Un bémol toutefois : Shaw restait un joueur plutôt fragile au point de vue santé. Il était blessé moins souvent qu'à son arrivée avec le Tricolore, mais tout de même, il n'a jamais surpassé la barre des 70 parties jouées à Montréal.

Il devrait y avoir de l'action lundi

Maintenant, qu'est-ce que sous-tend cette transaction? C'est certain que c'est annonciateur de signatures, probablement dès lundi. Puisque les Hawks récupèrent la totalité du salaire de Shaw, le Canadien se retrouve avec un montant considérable disponible pour attirer de nouveaux joueurs.

Inévitablement, le CH semble placer ses pions pour une très gros annonce demain. Ça ne veut pas dire que ce sera à l'aile droite, la position principale de Shaw, mais logiquement on peut croire que ce sera à l'attaque. Par exemple, un ajout au centre qui tasserait soit Jonathan Drouin ou Max Domi à droite.

Dans l'hiérarchie des ailiers de l'équipe, il y a Brendan Gallagher et Joel Armia qui sont strictements des droitiers. Mais maintenant que Shaw n'est plus dans le portrait, la profondeur n'est soudainement plus la même. Il y a beaucoup de joueurs interchangeables. Paul Byron a ajouté à droite l'année dernière pour dépanner, mais ce n'est pas une position naturelle pour lui.

Shaw, de son côté, était un naturel à droite possédant la capacité de jouer au centre et même à l'aile gauche.

Bref, à mon sens, Shaw entrait aisément dans le top-9 de l'équipe, en plus d'être un candidat à des minutes importantes sur l'unité d'avantage numérique. Et parfois même un peu d'infériorité numérique.

Du côté de l'état-major du Canadien, on ne peut laisser partir un joueur aussi respecté qu'Andrew Shaw, un guerrier, sans avoir l'impression que les prochaines décisions aideront à améliorer l'effectif. Évidemment, il n'était pas un élément-clé dans une chasse aux grands honneurs, mais il était un joueur de troisième trio polyvalent, capable de dépanner sur un trio offensif.

En résumé, si ce départ n'est que la première pièce d'un plan bien ficellé pour l'entre-saison, je n'aurai rien contre. Mais si c'est fait strictement dans le but de faire de la place pour l'éventuelle arrivée d'un jeune joueur comme Nick Suzuki ou Cole Caufield, sans signature importante, alors là, j'en perdrai mon latin. Je serai très critique de cette décision.

Le CH a raté les séries éliminatoires à ses deux dernières saisons. C'est bien beau la vague de jeunesse, mais il doit s'assurer d'avoir les éléments en place pour renouer avec les séries dès l'an prochain.

* propos recueillis par Maxime Desroches