BROSSARD – Près d’un an après la commotion provoquée par la sélection de Logan Mailloux au repêchage de la LNH, le défenseur ontarien vit sa première expérience avec le Canadien de Montréal et il assure investir tous les efforts nécessaires pour devenir une meilleure personne.

Rappelons que le Canadien, sous la gouverne de Marc Bergevin, avait repêché Mailloux même si ce dernier avait indiqué qu’il ne souhaitait pas être choisi en 2021. Mailloux trouvait qu’il ne méritait pas ce privilège car il avait été condamné à payer une amende en Suède pour avoir partagé des photos inappropriées d’une femme avec laquelle il avait eu un acte sexuel.

À partir de ce faux pas, le Canadien s’est au moins assuré que Mailloux participe à plusieurs programmes d’éducation pour comprendre la portée de son geste et saisir l’importance du consentement.

« Depuis l’incident, j’ai eu toute cette éducation. J’ai l’impression d’être parti de zéro et d’avoir compris énormément de choses. Je devais développer ma maturité rapidement et je trouve que j’y suis bien parvenu », a humblement décrit Mailloux lors d’une mêlée de presse en compagnie de Rob Ramage, le directeur du développement des joueurs du Canadien, qui est devenu son mentor.  

« C’est difficile chaque jour, j’y pense au quotidien et je sais que la victime doit également composer avec ça », a-t-il ajouté.

« Logan a travaillé très fort sur lui »

Mailloux réalise qu’il ne peut pas effacer son énorme erreur et il aurait souhaité agir autrement.

« Je changerais tout ce que j’ai fait ... J’ai grandement changé comme personne, je n’étais pas éduqué à cette époque et je sens que je le suis maintenant. »

« Avec ce qui est arrivé, ce n'était pas facile. Je l'ai côtoyé tout au long de la saison l'an dernier, il était pas mal à terre. Il a travaillé très fort, il a rencontré beaucoup de monde pour s'en sortir. Aujourd'hui, je pense qu'il est une meilleure personne », a déclaré Francis Bouillon qui participe au développement des joueurs.

Dans un sens, la grande attention médiatique dirigée vers cet incident peut mener à une évolution nécessaire. Ce contexte permet à de nombreux jeunes d’être sensibilisé au consentement et au respect. Puisque comme Mailloux le précise, il faut que les programmes d’éducation soient répandus dans le milieu du hockey – et des autres sports.

« Tout le programme qui est déployé (au sein de l’organisation du Canadien) est merveilleux. Toutes les équipes LNH et de niveau junior devraient en faire de même. Il faudrait que ça commence dès le hockey mineur », a-t-il souhaité pour éviter les dérapages trop fréquents comme on peut le constater avec les dossiers camouflés par Hockey Canada.

Chose certaine, Mailloux est encore plus reconnaissant de pouvoir participer à ce camp de développement du Canadien.

« À 100 %. J’ai beaucoup travaillé dans la dernière année et je veux être un Canadien de Montréal. Ce fut assurément un long cheminement pour me rendre ici », a confié celui qui avait été tenu à l’écart des activités du Tricolore jusqu’à présent et qui avait été suspendu durant trois mois par la Ligue de hockey de l’Ontario.

Mailloux a été invité à se prononcer, a posteriori, sur la décision du Canadien de le repêcher.

« Euh, comme je l’ai dit avant le repêchage, je trouvais que je ne méritais pas ce privilège. C’est un privilège et non un droit d’être repêché et de faire partie de l’organisation du Canadien. J’aborde le tout avec humilité et j’obtiens un grand support de l’organisation. Les dirigeants m’ont beaucoup aidé », a-t-il témoigné.

L’incident s’est produit en novembre 2020, en Suède, et Mailloux n’a pas été en contact avec la victime depuis.  

« À sa demande et celle de la cour, je ne lui ai pas parlé durant les deux dernières années. Mais, comme je l’ai déjà dit, j’espère qu’elle comprendra que je vis avec cet incident et que j’y pense tous les jours. Je vais devoir composer avec ça pour le reste de mes jours et elle également. J’espère qu’elle comprendra à quel point je suis sincère dans mes démarches », a réitéré Mailloux.

Ramage est impressionné par les efforts investis par Mailloux

Mailloux a donc pu compter sur le support fréquent de Ramage. Ce dernier était la personne la mieux placée pour l’encadrer puisque Ramage a causé la mort, en conduisant en état d’ébriété, de son ami Keith Magnuson.

« On a discuté ensemble pratiquement chaque semaine depuis que je suis membre de l’organisation. Il a été un merveilleux mentor et quand j’ai traversé des moments plus difficiles, j’ai pu m’appuyer sur son aide », a souligné Mailloux.

« Il a investi les efforts. Quand j’ai vu tous les programmes qu’il devait compléter, je me disais que c’était beaucoup de travail. Mais il l’a fait pour devenir une meilleure personne et avec sincérité. Je suis également content qu’il puisse continuer son parcours au hockey. Il a payé le gros prix et il a accepté le tout. Ça va toujours le suivre et il le sait. C’est la même chose pour moi. Mais c’est ce que tu accomplis aujourd’hui qui importe désormais », a exposé Ramage.

En ce qui concerne le directeur général Kent Hughes, il préfère attendre avant de lui octroyer la récompense d’un premier contrat professionnel.

« Le Canadien considère qu’il a accompli les efforts sinon il ne serait pas ici », a tout de même précisé Ramage qui semblait dire que la LNH veut répandre de tels programmes éducatifs.

Que dire au niveau hockey

Au niveau hockey, le talent de Mailloux ne fait aucun doute. Le droitier a pu reprendre l’action avec les Knights de London en janvier et il a amassé neuf points (trois buts et six aides) en douze matchs avant de se blesser à une épaule.

Cette blessure le contraint d’ailleurs à se limiter à des exercices en solitaire au camp de développement.

« Évidemment, c’était une année difficile, je n’ai pu jouer que 12 matchs. Mais je trouve que j’ai été chanceux de pouvoir m’entraîner avec London pendant toute l’année. En étant loin des matchs, ça m’a donné l’occasion de beaucoup apprendre et de m’éduquer », a indiqué l’athlète de six pieds trois pouces et 208 livres.

Au final, Mailloux espère un jour pouvoir tirer du positif de son geste regrettable. Pourquoi ne pas devenir un meneur dans cette sensibilisation.

« Assurément, c’est une chose que je souhaite depuis l’incident. Que je puisse transformer cet incident extrêmement négatif en quelque chose de positif. Il faudra que ça arrive au bon moment dans mon cheminement, mais j’aimerais pouvoir éduquer la prochaine génération de jeunes joueurs. Si je pouvais le faire, ce serait génial », a conclu Mailloux qui doit se prouver, mentalement, qu’il mérite cette chance de percer dans la LNH.

Le camp de développement s'amorce chez le CH