MONTRÉAL - Le Canadien était à sept victoires de sa 25e conquête de la coupe Stanley.
Il est donc normal que les « meilleurs partisans de hockey au monde » soient convaincus que la vague sur laquelle ils ont surfé avec leurs favoris au cours des sept semaines les propulsera encore plus loin l’an prochain.
Jusqu’en grande finale?
Jusqu’au Saint-Graal du hockey?
Ça ne coûte pas cher de rêver. Ça attisera l’impatience des partisans qui piaffent déjà à l’idée de reprendre les Olé! Olé! Olé à l’intérieur du Centre Bell, autour de l’amphithéâtre, dans les bars, les salons, les voitures; partout où ils vivront au rythme de leurs favoris. Ça amènera même du soleil dans les journées grises de l’été.
Mais parce que la coupe Stanley est le trophée le plus difficile à gagner dans le sport professionnel, il est tout aussi normal que le directeur général Kent Hughes et son patron Jeff Gorton soient convaincus, qu’aussi sensationnelle ait été la poussée de leur équipe ce printemps, elle ne garantit rien de rien en vue de la prochaine saison.
Pas une coupe Stanley; pas même une grande finale.
Parce qu’il compte sur un noyau qui, malgré sa jeunesse, n’a rien à envier aux noyaux des 31 autres formations de la LNH, à commencer par ceux de ses rivaux directs dans la Section Atlantique, bien sûr que le Canadien devrait survoler la saison régulière 2026-27 avec autant, sinon plus, d’éclat qu’il a survolé la saison régulière qui vient de prendre fin.
À moins que ce noyau au grand complet ne soit miné par des blessures en cascade, le Canadien sera donc des séries.
L’élimination expéditive et un brin gênante aux mains des Hurricanes de la Caroline a prouvé que le Tricolore est encore très loin de son objectif. Comme Lane Hutson l’a candidement reconnu après le quatrième revers consécutif de son équipe.
Les joueurs le savent. Leur entraîneur-chef Martin St-Louis le sait. Ses patrons le savent également.
Ce serait donc une grave erreur de s’en remettre simplement à l’expérience acquise depuis sept semaines pour remplir le fossé que cette équipe devra franchir pour se rendre aux grands honneurs.
Un fossé qui était un gouffre il n’y a pas si tant longtemps. Il sera donc important de ne pas « garrocher » n’importe quoi dans ce fossé. Ce ne sont pas de l’argile, des souches et des grosses pierres dont le Canadien a maintenant besoin.
C’est de la terre de qualité dont le Canadien a besoin pour terminer son aménagement.
Adieux Brendan Gallagher!
Parce qu’ils sont débarqués devant les journalistes avant de rencontrer les joueurs, Kent Hughes et Jeff Gorton ont pu parler une trentaine de minutes sans rien dévoiler de concluant sur ce qu’ils entendent faire au cours des prochaines semaines, des prochains mois.
Oui le Canadien doit être meilleur en défensive!
Pas besoin de directeur général pour savoir ça!
Oui le Canadien devra regarder autour de la LNH pour trouver des éléments susceptibles d’aider le noyau à s’imposer une fois en série plutôt que de piquer du nez comme il l’a fait au cours des sept dernières semaines!
Pas besoin d’être vice-président aux opérations hockey pour établir ce scénario.
Par où commencer? Dans quelle talle se diriger pour faire la meilleure récolte possible ? Ou non! La récolte nécessaire pour compléter les excellentes réalisées au cours des dernières années?
Le duo Gorton-Hughes n’a rien dit. Comme nous devions tous nous y attendre...
La dernière année de son contrat sera-t-elle rachetée pour lui donner l’occasion d’aller jouer à rabais avec les Canucks, dans son autre chez lui à Vancouver? Sera-t-il échangé alors que Geoff Molson paiera la moitié de son salaire pour faciliter une transaction.
On verra! Ce qui est acquis, c’est que le Canadien traitera Gallagher avec le respect qui lui revient de plein droit. C’est Kent Hughes qui l’a confirmé.
Et quand on sait que le Canadien a mis un avion privé à la disposition de Gallagher l’an dernier pour qu’il puisse faire l’aller-retour à Vancouver pour assister aux obsèques de sa mère, il est assuré que Geoff Molson offrira une fois encore à Gallagher le respect qu’il mérite.
Mais on devra s’y faire. Gallagher n’enfilera plus le chandail qu’il a honoré depuis son arrivée avec le Canadien.
Ce gars-là a été deux, trois, cinq fois plus important que les 246 buts et les 487 points accumulés au fil de 991 matchs de saison régulière qu’il a disputés. Que ses 14 buts et 34 points amassés en 79 matchs de séries éliminatoires.
Carey Price a été la pierre d’assise du Canadien du début à la fin de sa carrière. Avec un petit intermède lors du printemps Halak!
Mais le cœur du Tricolore battait au rythme de celui de Gallagher. Il battait avec la vigueur de celui de Gallagher.
Mon jupon dépasse, je l’admets tout de go! Car j’ai toujours eu un mélange d’admiration et d’affection pour ce petit joueur plus grand que nature.
Vrai que les jambes et le souffle n’arrivaient plus à pousser au rythme dicté par le cœur. Et je comprends très bien que Martin St-Louis ne pouvait croire que son retour au sein de la formation ferait de son équipe un meilleur club. Un club capable de tenir tête, ou d’au moins résister un brin ou deux, aux Hurricanes.
Mais de le voir en larmes, lundi matin, faire ses adieux alors qu’il n’a pas eu la chance d’être sur le champ de bataille jusqu’à la toute fin pour tomber au combat avec des coéquipiers qu’il a tous accueillis, motivés, soutenus et épaulés au cours de son règne amorcé dans la belle et bonne humeur en 2012-2013, ça brisait le cœur.
Gallagher ne pouvait plus jouer à la hauteur des attentes. Les siennes comme celles de l’équipe.
Mais personne au sein de la formation actuelle ne peut et ne pourra remplacer Gallagher en matière de leadership.
Sauver des millions, sacrifier des espoirs
Outre Gallagher, Patrik Laine jouera ailleurs l’an prochain. Dans la LNH? Dans sa Finlande natale?
Peu importe.
Le fait que le Canadien formait une meilleure équipe avec Laine sur la touche plutôt que sur la patinoire en dit long sur ce joueur. Une valeur tout à l’opposé de celle de Gallagher alors que les buts et les points du Finlandais dépassent par deux, trois, cinq sa réelle valeur.
Les dossiers de Gallagher et Laine seront sans doute les plus faciles à régler.
Comme celui de Samuel Montembeault. À moins que le Canadien ne se fasse offrir la lune pour Jacob Fowler ou Jakub Dobes – est-il besoin de rappeler que Jaroslav Halak a été échangé après le printemps qui porte toujours son nom? – Montembeault défendra le filet d’un autre club de la LNH l’a prochain.
À titre d’auxiliaire sans l’ombre d’un doute. Car ce gentil bonhomme, ce gars d’équipe qui a pris son trou sans jamais distraire et encore moins nuire à ses coéquipiers, sera toujours à son meilleur dans un rôle de second. Et il n’y a rien de désolant à être un excellent second!
Pour revenir à Dobes, il est certain que le duo Gorton-Hughes ne laissera pas partir son gardien en pleine gloire pour Lars Eller et Ian Schultz comme l’a fait Pierre Gauthier en juillet 2010.
Surtout que Jacob Fowler est loin d’avoir établi qu’il sera un jour un deuxième Carey Price.
Mais si un club comme les Oilers d’Edmonton qui se sont royalement trompés avec Tristan Jarry et qui amorcent une reconstruction à laquelle ses grandes vedettes – oui je parle ici de Connor McDavid et Leon Draisaitl – y allaient d’une offre folle pour Dobes, le Canadien ne pourrait pas refuser.
Il faudrait aussi sacrifier des jeunes. Pas seulement pour obtenir une grande vedette. Mais aussi pour trouver un deuxième centre. Un autre ailier capable d’évoluer au sein du top-6. Un autre solide défenseur droitier si David Reinbacher continue d’être hypothéqué par les blessures.
Et de bons jeunes : Michael Hage? Alexander Zharovsky? Au nombre de jeunes déjà solidement installés au sein de sa formation, l’état-major peut certainement songer à sacrifier quelques jeunes.
Il est même peut-être temps de le faire.
Va pour sacrifier des jeunes. Mais il faudra aussi économiser des millions $ pour accueillir des vedettes établies au sein de la masse salariale du Tricolore.
Le départ de Laine permettra d’économiser 8,7 millions $. Celui de Gallagher : entre 2,6 et 3,25 millions $ selon que son contrat soit racheté ou échangé.
Il faudra se poser des questions sur Kirby Dach. Pour garder ses droits, le Canadien devra lui soumettre une offre qualificative de 4 millions $ pour un an. C’est beaucoup d’argent pour un gars qui est loin d’en avoir donné pour son argent au Canadien.
Est-ce que ces 4 millions $ seraient mieux utilisés sur un autre joueur ? Aucun doute... à mes yeux.
Mais est-ce que Kent Hughes acceptera de le perdre sans rien obtenir un retour. Lui qui a payé cher – un choix de première ronde obtenu des Islanders de New York en retour d’Alexander Romanov – pour faire son acquisition lors de la séance de repêchage de 2022 au Centre Bell?
Cette réponse, comme les autres associées aux contrats des Bolduc, Xhekaj, Veleno, viendra au cours des prochaines semaines. Des prochains mois.
N’importe quoi!
Les joueurs l’ont répété à l’unisson lundi. Les joueurs importants est-il besoin de préciser.
Martin St-Louis a le respect de ses joueurs. Comme Rod Brind’Amour en Caroline.
Et vous savez quoi?
Bonne finale si vous vous donnez la peine de la regarder. Et vous devriez car elle sera sans l’ombre d’un doute très relevée.
Si non : bon été!











