C’est ce qu’espère tout directeur général d’une équipe de la LNH : des jeunes qui font écarquiller les yeux durant le calendrier préparatoire. Marc Bergevin l’a répété à maintes reprises; il n’y a rien qui lui ferait plus plaisir que d’avoir à prendre des décisions délicates quant à la composition de sa formation, d’ici au 3 octobre prochain.

Il est facile et même normal de se laisser impressionner par les performances de jeunes patineurs qu’on nous a longtemps vanté. Nick Sukuzi et Ryan Poehling ont bien entamé le camp à l’attaque, tout comme Cale Fleury à la défense et Cayden Primeau dans les buts.

Les réponses que cherchent Bergevin et l’entraîneur-chef Claude Julien, ce sont les jeunes qui leur apporteront par leur façon de se comporter en situations de match et à l’entraînement.

Depuis le temps qu’on en parle, on voit de manière assez claire maintenant à quel point la relève du Canadien est reluisante. Cependant, ce qu’il faut garder en tête, c’est qu’il y a un ou deux postes offensifs disponibles dans l’immédiat, et non quatre ou cinq. Il y a présentement 15 attaquants dans l’organisation qui possèdent un contrat de la LNH à un seul volet. C’est beaucoup, vous en conviendrez, même si les décideurs ne seraient pas du genre à hésiter à envoyer un de ceux-ci avec le Rocket de Laval si c’est pour le bien de l’équipe. Évidemment, à moyen ou long terme, des facteurs extérieurs comme des blessures peuvent rapidement changer la donne.

Il faut être en mesure de croire, si on décide de garder Poehling et/ou Suzuki avec le grand club, qu’on a bien identifié le rôle qu’ils peuvent jouer de manière à assurer leur bon développement. Les responsabilités et le temps de jeu que l’on souhaite leur donner vont-ils contribuer ou nuire à leur progression chez les professionnels? Ce sont des choix qui se font après avoir évalué plusieurs variables.

À mon sens, malgré leurs belles performances, ce n’est pas une garantie que ces deux jeunes attaquants seront de la formation dans une dizaine de jours. On a vu leur potentiel à l'oeuvre, maintenant il faut voir une constance de la part de Suzuki, Fleury et Poehling – quand ce dernier sera prêt à reprendre l’action.

Plusieurs raisons de privilégier les jeunes

Si l’état-major en vient à la conclusion qu’on ne peut leur offrir un scénario propice à contribuer au succès collectif, je ne vois absolument aucun mal à ce que ces espoirs prennent la direction de la Ligue américaine pour un mois ou deux pour apprendre des enseignements de Joël Bouchard. Ce ne serait pas un constat d’échec ou un désaveu envers eux, mais simplement une étape supplémentaire dans le processus.

La tendance à travers le circuit Bettman est d’offrir aux joueurs de 19-20 ans toutes les chances d’intégrer l’alignement et d’y rester. Ça s’explique par plusieurs facteurs, dont l’élément « préparation ». Plus que jamais, des joueurs repêchés il y a un ou deux arrivent au camp avec une grande maturité et une compréhension exemplaire des réalités du hockey professionnel. Règle générale, ils se présentent au camp bien mieux outillés qu’il y a une décennie ou deux. Ça rend l’expérience bien moins intimidante pour eux.

Suzuki en met plein la vue

Bien entendu, il y a également le facteur « masse salariale » qui influence les décisions. Les DG recherchent des patineurs qui peuvent aider l’équipe à gagner à salaire modique. Et à cet égard, quoi de mieux que de miser sur des jeunes jambes évoluant sur leur contrat d’entrée dans la ligue?

Cela dit, avec une somme supérieure à 6 millions $ disponible sous le plafond salarial avant de commencer la saison, ce dernier élément est plus ou moins applicable à la situation du CH. Ce ne sera pas cet argument qui décidera de la présence ou non des trois espoirs dans la formation qui affrontera les Hurricanes à Raleigh, dans un peu moins de deux semaines.

Drouin : la cible facile?

Comme ç’a été le cas la saison dernière, Jonathan Drouin est un des joueurs que partisans et médias suivent de près. Il est probablement le joueur possédant le plus d’habiletés naturelles, alors on tend à être exigeant envers lui.

Puisqu’on a entendu parler amplement du sérieux de sa démarche cette année, on aurait aimé le voir commencer le calendrier préparatoire sur les chapeaux de roue, mais peu importe les raisons, ce n’est pas ce qui s’est produit. Personnellement, je le comprends de ne pas vouloir, comme vétéran, mettre la pédale au fond dès le Jour 1. Par exemple, le match joué à Bathurst est une splendide expérience pour toute une communauté. Pour un joueur cependant? Ça ne doit pas être aussi enivrant de jouer dans un petit aréna sans qu’il y ait d’enjeu.

Je suis donc prêt à donner le bénéfice du doute à Drouin pour ses prestations en demi-teinte dans les deux premiers matchs auxquels il a pris part. Mais il n’en demeure pas moins qu’il doit absolument bien performer à l’aile cette saison. C’est une position à laquelle le CH n’a pas énormément de profondeur, mais on parle de donner à Artturi Lehkonen sa chance dans le top-6, et on voit le potentiel offensif de Suzuki. Il ne faudrait pas que le Québécois crée une situation dans laquelle on se met à parler de la possibilité de le rétrograder au 3e trio.

La culture que le Tricolore cherche à implanter renferme un concept bien simple : les opportunités viennent au mérite pour tous et chacun. Logiquement, on peut penser qu’une fois la saison entamée, Claude Julien n’acceptera pas qu’un vétéran – et Drouin n’est pas le seul dans cette équation – sous-performe dans un rôle important.

Une des façons de le faire fonctionner offensivement est de le placer à la pointe lors des avantages numériques. C’est l’expérience qui est présentement tentée avec Drouin. Il est un des passeurs les plus intelligents de l’équipe, et il arrive à faire ses jeux rapidement. C’est ce qui fait que Drouin est un très si bon candidat à patrouiller la ligne bleue avec Shea Weber sur la première unité d’attaque massive. Plus de la moitié des équipes de la LNH ont officiellement adopté cette façon de faire, et il sera intéressant de savoir si elle peut rapporter pour les Montréalais, qui formaient (a-t-on besoin de le rappeler?) une des pires formations à cinq contre quatre l’an dernier.

C’est un défi que lui propose le personnel d’entraîneurs, car il aura régulièrement la rondelle à la ligne bleue. À lui de fournir la réponse : est-il l’homme de la situation avec la vision du jeu qu’on lui connaît, pour faire fonctionner cette unité? Disons que si l’avantage numérique s’améliore de façon substantielle en 2019-2020, Jonathan Drouin aura certainement eu son mot à dire dans cette amélioration.

* propos recueillis par le RDS.ca

Suzuki continue de gagner des points