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Alexandre Giroux : immortel et fier

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« Il faut être fier de se rendre là »

« Il faut être fier de se rendre là »

« Ce que je voulais, c'était de jouer dans la LNH »

« Ce que je voulais, c'était de jouer dans la LNH »

MONTRÉAL – Une question de monsieur et madame Tout-le-monde a longtemps rendu Alexandre Giroux inconfortable.

- Tu fais quoi dans la vie?

Révéler alors qu’il était joueur de hockey n’engendrait qu’une chose. Une sous-question. Souvent la même.

- Ah ouin, où ça? Il me semble que je n’ai jamais entendu ton nom dans la LNH…

« Quand j’étais dedans, c’était comme si j’avais honte de dire que je jouais dans la Ligue américaine. »

Et pourtant.

L’ancien attaquant québécois ne s’est peut-être jamais établi à temps plein dans la grande ligue, y jouant un total de 48 matchs, mais jetez un coup d’œil à quelques-uns de ses exploits accomplis en parallèle dans la LAH.

  • 771 matchs joués en saison régulière, 118 en séries;
  • 368 buts marqués en saison régulière (7e dans l’histoire, 1er parmi les Québécois);
  • Deuxième meilleur buteur de l’histoire en séries (52 buts);
  • Des saisons successives de 60 et 50 buts;
  • Un record de 15 matchs de suite avec au moins un but;
  • Un championnat des pointeurs;
  • Un titre de joueur par excellence;
  • Deux coupes Calder;

Pas de quoi être gêné, donc. Loin de là.

« C’est sûr qu’avec la maturité et l’âge, j’apprécie peut-être plus ce que j’ai accompli », relativise aujourd’hui le retraité de 44 ans.

« Et c’est le message que je vais lancer dans mon discours. »

Mercredi prochain à Rockford, Giroux prendra la parole. En marge du Match des étoiles de la LAH, c’est le privilège que lui conférera son intronisation au Temple de la renommée du circuit.

Élu à l’unanimité dès sa première année d’admissibilité, il remerciera bien sûr ceux qui l’ont aidé à devenir un immortel. Et, il aura un mot pour ses pairs. Ceux qui, comme il l’a fait pendant une dizaine d’années, effleurent leur rêve.

« Il ne faut pas banaliser jusqu’où on s’est rendu, ce n’est pas rien », prêchait-il récemment dans un entretien avec le RDS.ca.

« Encore aujourd’hui, quand le monde me demande si j’ai joué dans la Ligue nationale, je réponds parfois : “Oui, juste 50 matchs”. Je sais que c’est juste 50 matchs, mais quand même… Pendant 17 ans, j’ai joué professionnel et j’ai fait ce que j’aime. »

Grâce à une mentalité de fer.

La LNH, rien d’autre

Sa première soirée dans la Ligue américaine, Giroux l’a passé dans les estrades.

Il était en pleine forme et ses débuts professionnels allaient devoir attendre, mais peu importe. Il était heureux.

Car il avait sa place.

Lui, un lointain choix de 7e tour des Sénateurs d’Ottawa en 1999, venait de percer la formation 2001-2002 des Griffins de Grand Rapids.

« J’ai réussi! » se souvient d’avoir ressenti Giroux, à l’époque une recrue de 20 ans qui se donnait bien peu de chances de s’établir dans un circuit où il était coutume à l’époque que les équipes n’emploient que trois trios et deux attaquants d’extra.

« J’étais healthy scratch et je n’ai fait que le warm up du premier match, mais j’étais juste content d’être là. »

Giroux a passé deux saisons et demie avec le club-école de Sénateurs, la compétition pour du temps de jeu se corsant rapidement.

« À ma deuxième saison, Jason Spezza, Antoine Vermette et Chris Kelly sont arrivés en même temps. […] Tu comprends assez vite qu’il faut que tu commences à performer rapidement si tu veux garder ta place dans la Ligue américaine et avoir toi aussi une chance de monter. »

Malgré une respectable production, le rappel à Ottawa n’est jamais venu. Échangé aux Rangers de New York à mi-chemin de sa troisième campagne, Giroux a poursuivi sa progression dans les mineures chez le Wolf Pack d’Hartford.

Ce n’est que deux ans plus tard, à la veille de devenir joueur autonome, que Giroux a obtenu sa première audition dans la LNH avec les Rangers.

Elle n’a duré que 2 minutes 50 secondes.

« À 25 ans, j’avais déjà des offres dans la KHL et dans d’autres ligues pour partir et faire plus d’argent. Mais ce n’était pas ça que je voulais pantoute. Ce que je voulais, c’était de jouer dans la LNH. »

—  Alexandre Giroux

Malgré sa brève apparition sur la plus grande scène, Giroux s’est donc accroché et a fait ses valises.

Destination : Hershey.

L’envol

C’est au sein du club-école des Capitals de Washington, qui venaient de lui offrir un contrat d’un an à deux volets à l’aube de la saison 2006-2007, que Giroux a fait la rencontre de Bruce Boudreau, alors pilote des Bears.

« Je l’ai adoré dans la Ligue américaine, il était incroyable. »

Sous sa direction, le joueur de centre s’est vite épanoui. Pour la première fois de sa carrière professionnelle, il a d’abord franchi le plateau des 40 buts en une saison, en inscrivant 42 en 67 rencontres.

À nouveau joueur autonome au terme de ce calendrier qui l’a vu disputer neuf matchs avec les Caps, Giroux s’est ensuite brièvement joint à la filiale des Thrashers d’Atlanta, avant d’être rapatrié à Hershey à la date limite des transactions.

La table était mise pour la saison de sa vie.

« Bruce m’a dit : “T’es un joueur offensif, laisse-toi aller”. J’avais 26 ans, c’était un peu sur le tard, mais c’est là que j’ai pris mon envol. »

Giroux a inscrit 60 buts en 69 rencontres lors de la campagne suivante, éclipsant au passage une marque de Brett Hull en marquant au moins une fois dans 15 matchs de suite. Un record qui tient encore à ce jour.

Plus impressionnant encore, Giroux est parvenu à établir cette marque même si sa séquence a été entrecoupée d’un rappel d’une durée d’un mois à Washington.

« Souvent, quand ils reviennent dans la Ligue américaine, certains joueurs ont de la misère à renouer avec les succès qui ont mené à leur rappel. Moi, je ne sais pas pourquoi, c’était le contraire. Quand je descendais, j’avais un boost. C’était mes meilleures semaines, mes meilleurs matchs. »

Giroux se souvient encore parfaitement de l’un d’entre eux. Contre Claude Lemieux, qui tentait alors de revenir dans la LNH, dans l’organisation des Sharks de San Jose. De retour dans la LAH la veille, Giroux venait de prolonger à six sa série de matchs avec un but.

« On était au cercle de mise en jeu quand Claude m’a dit : “À soir, ma job c’est de te checker“. »

Il a échoué. Lamentablement.

Giroux a conclu la rencontre avec quatre buts et une passe, incitant la légende à reconnaître qu’il n’avait « vraiment pas fait [sa] job ».

Dans les séries qui ont suivi, Giroux a tout sauf ralenti, marquant 15 buts en 22 matchs et aidant les Bears à remporter la Coupe Calder.

Alexandre Giroux Alexandre Giroux, des Bears de Hershey, célébrant la conquête de la coupe Calder dans la LAH. (AHL)

Avec 75 buts en 82 matchs, Giroux croyait alors que ça y était. Il aurait enfin sa chance à Washington. Mais avec entre autres des Alex Ovechkin, Nicklas Backstrom et Alexander Semin à leur disposition, les Capitals misaient déjà sur beaucoup de profondeur en attaque.

« J’avais 27 ans, ça commence à être tard pour qu’une équipe se dise on va prendre une chance sur lui. »

De retour à nouveau dans la LAH l’automne suivant, malgré l’incitation de son agent à tenter l’expérience de la KHL, Giroux s’est néanmoins résout à faire ce qu’il a toujours fait. Être à son meilleur pour être rappelé.

Une saison de 50 buts et une autre conquête de la Coupe Calder n’ont toutefois pas suffi à ce qu’il s’enracine dans le vestiaire des Caps.

Les Oilers d’Edmonton lui ont bien offert un contrat d’une saison à un volet ensuite, mais il a tout de même passé l’essentiel de la campagne dans la LAH.

« Quand je me suis fait descendre, je me suis demandé ce que je pouvais faire de plus? »

Des récits à la Mathieu Darche, qui a percé dans la LNH à la mi-trentaine, l’ont peut-être incité à persévérer encore, mais à 31 ans Giroux a finalement tourné la page.

« Avant de signer le papier [pour aller jouer dans la KHL], le plus dur était d’accepter que plus jamais je n’aurais une chance de jouer un autre match dans la LNH. C’était de se dire : si je pars, je ne reviendrai pas.

« Mais je ne l’ai jamais regretté. J’ai étiré ça le plus que je pouvais. »

En Europe, Giroux a prolongé sa carrière pendant six ans dans la KHL, en Suisse et en France, avant de rentrer à la maison et dépanner dans la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH), ne faisant que retarder l’inévitable.

Son intronisation. Et son discours.

« Il faut être fier de se rendre là », promet-il alors de rappeler.

« Il n’y a rien de honteux à dire à quelqu’un qu’on joue dans la Ligue américaine, simonac! On travaille tellement fort pour être là. On est payé pour faire ce qu’on aime. C’est la base dans la vie. »