L’onde de choc provoquée par le changement de réglementation de la National Collegiate Athletic Association (NCAA), qui accepte désormais les joueurs ayant évolué dans la Ligue canadienne de hockey (LCH), se fait toujours ressentir, deux ans après sa mise en œuvre.
Si l’exode de talent appréhendé ne s’est pas nécessairement matérialisé, il n’en demeure pas moins que le visage du hockey junior canadien a considérablement changé. Considéré comme le meilleur espoir en vue du prochain repêchage de la Ligue nationale de hockey, le défenseur Landon DuPont a notamment quitté les Silvertips d’Everett pour joindre les rangs de l’Université du Michigan, imitant le premier choix du dernier repêchage, Gavin McKenna.
Dire que le commissaire de la Ligue de hockey junior Martimes Québec, Mario Cecchini, ne s’attendait pas à vivre de tels bouleversements, lorsqu’il a succédé à Gilles Courteau, en mars 2023, relève de l’euphémisme. Mais comme c’était le cas pendant sa carrière de dirigeant dans l’univers médiatique, Cecchini a réfléchi avant de proposer un plan d’action.
« Nous avons vécu un véritable changement de paradigme, a-t-il rappelé en entrevue avec RDS.ca, un peu plus tôt cette semaine. Les jeunes de 15 ans, qui avaient un choix à faire, n’ont plus à faire ce choix-là. Ils peuvent se dire à 15 ans : « Parfait, je m’en vais dans la LHJMQ, et je vais voir si je vais éventuellement aller jouer dans une université américaine.
« Il y a une notion de changement de route, de parcours, et ç’a entraîné tout ce que nous savons maintenant. Ç’a entraîné l’influx de talent de joueurs américains. Ç’a entraîné les jeunes de 10 ans qui choisissent de partir plus tôt de leur parcours junior. Ç’a entraîné une internationalisation de notre ligue, avec l’ajout d’un troisième joueur européen. Et ç’a entraîné une compétition nettement plus vivre entre les ligues, avec l’USHL, notamment. »
Mais alors que l’United State Hockey League, qui est sous l’égide de Hockey USA, a décidé de se braquer et d’appliquer une forme de protectionnisme, Cecchini et ses homologues à la tête de la Ligue de l’Ontario et de la Ligue de l’Ouest prônent une philosophie différente.
L’idée, c’est fondamentalement de placer le joueur et sa famille au centre des priorités. Que les équipes s’assurent que les hockeyeurs qui se retrouvent dans l’une des 18 organisations LHJMQ vivent la meilleure expérience, tant sur, qu’à l’extérieur de la patinoire.
« Ce n’est pas ce qu’il y a de plus sexy, ce n’est pas ce qu’il y a de plus vendeur, mais c’était de vraiment s’assurer que les équipes de la ligue livrent la marchandise, a indiqué Cecchini. Nous avons élevé nos standards en doublant notamment nos investissements sur l’école. Nous encourageons nos équipes à rendre l’endroit très accueillant, comme l’est une école.
« Et il y a tout ce qui découle de 2023 (le « code du vestiaire » adopté par la ligue dans la foulée de révélations sur des initiations violentes, NDLR). C’étaient d’ailleurs nos journées d’introduction, et chaque année, nous les bonifions. L’expérience du joueur reste au cœur. »
Le commissaire est conscient que le travail est loin d’être terminé, et de toute manière, il rappelle qu’il a été embauché pour être un vecteur de changements. Parmi ses prochaines cibles : faire passer le nombre de matchs en saison régulière de 64 à 60 ou encore la mise sur pied d’un tournoi de mi-saison pendant lequel des bourses d’études seraient à l’enjeu.
« Notre grand thème, cette année, c’est oser, a expliqué Cecchini. Il faut vraiment oser, parce qu’en comptant les propriétaires, les directeurs généraux et les entraîneurs-chefs, il y a environ 75 personnes. Il ne faut pas attendre que tout le monde soit d’accord, parce qu’il n’y a jamais rien qui va se passer. À un moment donné... il faut finir par essayer des choses.
« Personnellement, je n’ai jamais eu peur d’essayer des choses, et si jamais nous essayons, des choses qui ne fonctionnent pas , nous expliquerons que nous n’avons pas atteint nos objectifs et que nous allons essayer quelque chose d’autre. Mais le hockey est un environnement très conservateur. Dans les faits, le sport en général est très conservateur. »
Et parmi les dossiers que Cecchini a l’intention de rouvrir, il y a celui de la refonte de la Coupe Memorial, dont le format actuel date de 1983. Cela fait d’ailleurs près d’une quinzaine d’années que l’idée d’un important tournoi à l’image de celui du hockey universitaire américain est dans l’air, mais personne n’a encore osé adopter cette formule.
Mais il ne faut jamais dire jamais. Après tout, le hockey junior canadien est condamné à évoluer.






