SHERBROOKE – Les regards étaient surtout tournés vers Xavier Villeneuve la semaine dernière au Match des espoirs de la LHJMQ.
Cette attention était prévisible. Quelques heures avant le début de l’événement, la Centrale de recrutement de la LNH l’avait identifié comme l’un des deux participants, avec l’attaquant des Tigres de Victoriaville Egor Shilov, susceptibles d’être sélectionnés au premier tour au repêchage en juin.
Mais même un néophyte n’ayant aucune idée du statut des joueurs en action aurait pu identifier Villeneuve comme l’un des acteurs principaux du spectacle. Avec son aisance sur patins, son don pour détecter rapidement le bon jeu à effectuer et sa capacité à l’exécuter avec plus de facilité que la moyenne de ses confrères, le défenseur de l’Armada de Blainville-Boisbriand ressortait du lot.
Depuis quelques années déjà, son style est comparé à celui de Lane Hutson ou encore Quinn Hughes. Les réseaux sociaux sont tapissés de ses tours de magie. Villeneuve est habitué d’être le centre de l’attention.
« Je pense que j’étais pee-wee, avec les événements Hockey Québec, quand ça a commencé, racontait-il dans une récente rencontre avec RDS. Avec mon ami Nathan Lecompte, qui est ici lui aussi, on était pas mal les tops au Québec. Pis là on dirait que j’ai commencé à aimer ça. »
Villeneuve se corrige presque aussitôt. « Ce n’est pas tant l’attention. Ce que j’aime, c’est savoir que l’enjeu est grand, que je joue pour de quoi de gros. » Où certains rapetissent, se cachent, se dégonflent, lui veut toute la place. La peur d’échouer ne l’atteint pas. L’envie de réussir le place dans un état de grâce où il se sent presque intouchable.
« On dirait que j’ai tout le temps fait exprès dans tout ce que je faisais, poursuit-il. C’est drôle, je parlais de ça avec un préparateur mental. Quand je joue au golf, disons que j’ai un roulé de dix pieds à faire, je me dis tout le temps : “Ok, il y a 10 000 personnes qui me regardent. Si je ne le cale pas je vais me faire huer, mais je vais le caler et tout le monde va applaudir”. J’entre dans cet état d’esprit où je m’en mets toujours plus sur les épaules. Comme ça, quand j’arrive sur la glace, je ne sens rien pantoute. »
À 15 ans, Villeneuve s’est promis qu’il serait un choix de première ronde au repêchage de la LHJMQ. Le problème : « j’étais 5 pieds 1 pouce et 108 livres je pense. » Il n’a pas joué dans la Ligue M18 AAA du Québec, décidant plutôt de s’exiler vers les États-Unis. Pendant cet hiver en Pennsylvanie, il a grandi de six pouces et gagné en confiance.
À la fin de l’année, « je suis venu jouer à la Coupe LHJMQ, c’était à Boisbriand. Je me disais : “C’est ma chance. J’ai un casque jaune, tout le monde va me voir sur la glace, c’est à moi de performer”. Pis j’ai performé comme un fou. Je pense que j’ai tout le temps aimé avoir cette petite pression sur moi. »
L’Armada l’a repêché au septième rang quelques semaines plus tard.
Faire mentir Hockey Canada
Cet autoportrait peint par Villeneuve concorde avec le jeune homme que Mathieu Turcotte a appris à connaître dans les deux années durant lesquelles il a été à la barre de l’Armada. « C’est quelqu’un qui adore jouer avec cette pression-là. Je pense qu’il est à son meilleur dans ces moments-là », approuve l’entraîneur.
Turcotte dirigeait Villeneuve depuis quelques semaines seulement lorsque celui-ci a pris congé de l’Armada pour aller participer au Défi mondial des moins de 17 ans.
« Il serait peut-être le premier à te dire qu’il n’a pas eu le meilleur tournoi, mais pour moi ça a été un moment vraiment important dans son développement. Quand il est revenu, c’est là qu’on l’a mis sur notre première vague d’avantage numérique. Il n’avait que 16 ans, mais c’est là pour nous que son jeu a pris un autre niveau. »
L’année suivante, Turcotte a fait partie du personnel d’entraîneurs du Canada au Championnat du monde des moins de 18 ans. Il a dû se battre pour que les patrons de l’équipe nationale considèrent la candidature de Villeneuve, qui venait pourtant de connaître une saison exceptionnelle sur le plan offensif avec 62 points en seulement 61 matchs.
« Initialement, il a percé notre alignement comme sixième ou septième défenseur... et ça n’a pas fait l’unanimité. Chez Hockey Canada, on est beaucoup axé sur comment tu as performé pour l’équipe nationale dans le passé. Il y avait eu un travail de vente à faire. À part moi, je dirais que son plus grand fan chez Hockey Canada, c’était Kyle Turris. On avait été convaincants en parlant de ce qu’il pourrait faire pour nous sur l’avantage numérique, mais il avait su prendre cette pression là pour démontrer qu’il n’était pas loin d’être notre meilleur défenseur tout court là-bas. »
« Je pense qu’il a vraiment prouvé à tout le monde, dans ce qui est le plus gros spotlight, qu’il était un des meilleurs défenseurs au pays. Et ce n’était même pas son année de repêchage. C’est encore plus impressionnant quand tu y penses. »
Une « connexion » avec la glace
Turcotte décrit Villeneuve comme « un gars hyper, hyper motivé » pour qui les journées de congé n’existent pas. Quand le personnel d’entraîneurs de l’Armada ne prévoyait pas d’entraînement sur glace ou en salle de musculation, il trouvait généralement son quart-arrière sur une surface synthétique en train de pratiquer son lancer. « Bon match, mauvais match... En fait, ça arrivait encore plus souvent après ses moins bons matchs. »
Jonathan Barolet, qui est dépisteur et directeur du développement des joueurs pour le Drakkar de Baie-Comeau, fait le même constat. Depuis une dizaine d’années, il aide celui qui a grandi à Les Cèdres à améliorer ses techniques de patinage durant l’été.
« Je travaillais avec un petit groupe de jeunes de 6 à 8 ans dans ce temps-là. Il y avait beaucoup de pédagogie, d’enseignement avec l’iPad. Ce n’est pas toujours facile d’aller chercher l’attention des jeunes à cet âge-là. Mais lui, il était déjà sur la job. »
Barolet utilise à répétition des mots comme résilience, passion et éthique de travail pour décrire son élève.
« Le patin, ce n’est pas toujours le fun parce que tu n’as pas le plaisir de jouer avec la rondelle tout le temps. Mais Xavier, je te le dis, c’est vraiment compliqué de le sortir de la glace après une séance d’une heure et demie. Moi c’est le genre d’athlète avec qui j’aime travailler. T’es capable d’en faire un peu plus avec lui parce qu’il en mange. Il veut juste s’améliorer. Même s’il a un excellent patin, pour lui ce n’est jamais assez. »
« J’ai tout le temps été un passionné de hockey, témoigne celui qui se fait surnommer Villy. Il y en a qui sont là, qui aiment ça, mais moi si je pouvais... L’été j’embarquais, je patinais quatre heures par jour pis je ne m’écoeurais pas. J’ai développé comme une connexion avec la glace. Genre, je rentre dans une zone, j’ai l’impression que je me feel... Je ne pense pas, je suis juste là, dans le moment présent. »
Villeneuve utilise le même champ lexical pour tenter de décrire le talent presque ésotérique qu’il s’est découvert tout jeune, à force d’entendre son frère aîné Charles-Olivier l’encourager à transporter la rondelle et à tenter de déjouer ses adversaires.
« Ça a vraiment commencé de même, ça s’est développé, pis là c’est du pur instinct qui embarque à la ligne bleue. Souvent, je regarde les clips pis je suis comme : “À quoi je pensais à ce moment-là?” pis je ne suis pas capable de trouver la réponse. »
Ceux qui l’affrontent non plus.



