TAMPA BAY - Sur un long mur derrière lequel Jon Cooper et ses adjoints partagent un large bureau, une photo géante commémore la dernière conquête de la coupe Stanley du Lightning en 2021.
En premier plan, on voit Andrei Vasilevskiy être assailli par ses coéquipiers tout juste après la confirmation de leur victoire de 1-0 aux dépens du Canadien de Montréal dans le cadre du cinquième et dernier match de cette grande finale.
En deuxième plan, d’autres joueurs du Lightning, les mains au ciel, convergent à vive allure vers le but pour prendre part à la fête.
En troisième plan, un brin hors foyer, on voit un joueur du Canadien, la tête basse, le dos courbé, le bâton appuyé sur les genoux glissant vers le banc du Tricolore. Ce joueur est Corey Perry qui portait alors le chandail numéro 94 lors de son bref séjour à Montréal avec le Canadien.
Cette photo déplaît à Corey Perry. Il l’admet sans retenue. Car cette photo lui rappelle chacune des cinq défaites encaissées en grandes finales de la coupe Stanley depuis six ans. Avec les Stars de Dallas en 2020, le Canadien l’année suivante, le Lightning en 2022 et les Oilers d’Edmonton deux fois plutôt qu’une en 2024 et 2025. Chaque fois aux mains des Panthers de la Floride.
À défaut de pouvoir déchirer cette photo, Corey Perry espère au moins l’effacer de ses souvenirs cette année alors qu’il amorcera les 18es séries éliminatoires de sa carrière. Alors qu’il disputera, à 40 ans, la 238e partie de sa carrière. Chris Chelios (266), Nicklas Lidstrom (263) et Patrick Roy (247) sont les seuls à avoir disputé plus de matchs que lui en séries dans l’histoire de la LNH.
Si le Lightning se rend en finale de la coupe Stanley et que chacune des séries se décide en sept matchs, Perry dépassera Chelios.
« Ce serait bien, mais ce n’est pas ce qui me motive », a assuré Corey Perry qui a reçu le plus d’attention médiatique dans le vestiaire du Lightning après l’entraînement de vendredi.
Ce qui motive Perry c’est une deuxième conquête de la coupe Stanley. Une conquête qui lui permettrait de replonger dans sa jeunesse et de revivre celle qu’il a célébrée avec ses coéquipiers des Mighty Ducks d’Anaheim en 2007 alors qu’il avait 21 ans. Une deuxième conquête qui lui permettrait surtout de partager les joies d’une telle consécration avec son fils Griffin qui est âgé de neuf ans.
« Je veux qu’il puisse saisir ce que ça représente. Je veux qu’il puisse y toucher. Je veux partager tout ça avec lui », d’insister Perry.
Tout ça est bien beau. Mais rien n’est acquis pour Perry alors que le Lightning est négligé cette année pour soulever la coupe Stanley. De fait, il est loin d’être unanimement favorisé pour éliminer le Canadien dès la première ronde.
Peu importe, le vétéran fera tout ce qu’il sera en mesure de faire pour contribuer à bafouer les prédictions et à se rendre, enfin, à une deuxième coupe Stanley.
Changer le cours d’un match
Il y a deux ans, à Edmonton, alors que Corey Perry jouait justement avec son fils à une extrémité du vestiaire des Oilers à l’aube des séries, Leon Draisaitl lui avait rendu hommage. Il avait balayé du revers de la main les prétentions de ceux et celles qui croyaient que Perry, trop vieux, ne pouvait aider les Oilers.
« Ce gars-là a tout fait en séries. Il a tout vu. Sa simple présence, le calme qu’il affiche, le leadership qu’il démontre sont des atouts pour nous », avait assuré Draisaitl.
Bon! Ça n’a pas évité aux Oilers leurs deux défaites face aux Panthers.
Deux ans plus tard, Perry jouit-il d’une aussi bonne réputation? Confiné à un quatrième trio par Jon Cooper – il est aussi employé en avantage numérique –, Perry aura-t-il l’occasion de vraiment aider la cause du Lightning?
« Corey est tellement intelligent que c’est comme si je profitais d’un joueur-entraîneur sur le banc. Il est “ratoureux”. Il sait quoi faire pour déstabiliser l’adversaire et aussi quand le faire. Et quand ton équipe a besoin de revenir en force dans un match, il est capable d’aller chercher le groupe. De la faire réagir », que l’entraîneur-chef du Lightning a affirmé avec un brin de respect dans les yeux.
Sans surprise, le principal intéressé est d’accord avec son coach.
« Nous sommes en séries. Et quand on est en séries, il faut être prêt à mettre sa vie en danger pour aider l’équipe à gagner. Il faut encaisser les coups, il faut bloquer des tirs, il faut accepter de remplir de petits rôles et de faire de petits gestes qui ont de grosses conséquences sur l’issue des matchs et des séries. Et ça, je suis encore prêt et capable de le faire », a lancé Perry avec un sourire narquois.
On a d’ailleurs vu Corey Perry «préparer» la série qui commencera dimanche en « bardassant » Lane Hutson lors du dernier duel Lightning-Canadien de la saison régulière, le 9 avril, au Centre Bell.
Perry et ses coéquipiers pourront s’en prendre à Hutson et à ses coéquipiers tant qu’ils le voudront, mais s’ils se rendent coupables d’indiscipline et offrent six, huit, voire dix minutes d’attaque massive par match au Canadien, ils mineront les chances de victoire du Lightning.
La patinoire est moins grande en séries. Elle a la même dimension, mais il y a moins de place pour bouger tant le jeu est serré. Les arbitres seront toujours sévères avec les coups à la tête et les répliques. D’où l’importance d’encaisser les coups et de se concentrer sur ce qui arrive entre les coups de sifflet.
Vasilevskiy le meilleur
Avec l’expérience acquise au fil de sa carrière de 21 saisons, Corey Perry sait à quel point un gardien de premier plan peut mousser les chances de victoire d’une équipe.
Quand un collègue lui a demandé s’il pouvait identifier le meilleur gardien avec lequel il a eu la chance de jouer, Perry a levé la tête pour ensuite faire un signe sur sa gauche, en direction d’Andrei Vasilevskiy qui retirait son équipement.
« Il est gros, il est rapide, il compétitionne sur chaque tir. Il nous rend meilleurs », a assuré Perry.
Le principal intéressé s’attend à une grosse opposition de la part du Canadien. « C’est une équipe jeune et pleine de talent. Nous avons beaucoup d’expérience, c’est vrai. Mais à elle seule, l’expérience ne t’assure pas de gagner. Il faut aussi travailler. Et travailler fort. Nous venons de terminer une saison qui a été longue et difficile. Il faudra amener toute l’énergie et l’émotion qu’il nous reste », a commenté le gardien de 31 ans.
« Je n’ai pas les statistiques en tête, mais je suis certain que la majorité des trophées Conn-Smythe ont été remportés par des gardiens. Ça montre leur importance dans les succès d’une équipe en séries. Vasi est avec nous depuis longtemps. On sait à quoi nous attendre de sa part », a ajouté Jon Cooper en parlant de son gardien numéro un.
Après vérifications, 17 gardiens, dont Patrick Roy (3) et Bernard Parent (2) qui sont les seuls gardiens à l’avoir gagné plus d’une fois, ont gagné le Conn-Smythe en 53 remises depuis 1965 alors que Jean Béliveau, capitaine du Canadien, a été le premier récipiendaire… soit 32 %.











