MONTRÉAL – « Je ne suis pas un statisticien, je suis un goaler! » Cette note, écrite par Marc-André Fleury il y a 25 ans, avait d’abord fâché son entraîneur Pascal Vincent. Mais c’est aussi là qu’il a réalisé qu’il se rendrait loin, très loin.
Au tournant des années 2000, dans la LHJMQ, les équipes se débrouillaient avec peu de ressources pour comptabiliser les statistiques. Chez les Screaming Eagles du Cap-Breton, Vincent demandait au gardien réserviste de noter les chances de marquer de l’équipe adverse.
Un soir, Vincent a dû remplacer un jeune Marc-André Fleury qui connaissait un mauvais match. À l’entracte, Vincent a eu droit à une surprise en voulant consulter les statistiques.
« Il n’y avait rien, la feuille était blanche. Je la tourne et c’était écrit “Je ne suis pas un statisticien, je suis un goaler!” », a raconté Vincent, qui venait d’avoir une preuve de son grand instinct de compétiteur.
Un quart de siècle plus tard, Vincent est émotif en réalisant que le gardien qui s’était présenté, à 15 ans, au Cap-Breton avec « avec ses petites pads bleues trop courtes » accroche ses jambières pour de bon.
Samedi soir, Fleury les enfilera pour la dernière fois dans la LNH alors que les Penguins ont eu l’idée géniale de lui faire disputer un match préparatoire dans l’uniforme ayant créé sa légende qui le mènera au Temple de la renommée.
Maxime Talbot a joué ses six premières saisons à Pittsburgh. Fleury a trouvé en Talbot un complice qui aimait, autant que lui, se défoncer sur la patinoire et rigoler à l’extérieur.
Leur destin est également uni par le match ultime du printemps 2009. Talbot avait compté les deux buts des siens alors que Fleury – avec un arrêt dont il a le secret – avait volé Nicklas Lidstrom en fin de partie pour confirmer la conquête de la coupe Stanley.
« Je trouve ça incroyable pour lui, mais aussi pour les partisans des Penguins », a confié Talbot en étant fier de la contribution de son ami.
« L’héritage qu’il lègue est énorme. Marc-André Fleury, c’est l’humain derrière le masque et l’humain derrière le joueur. La recette de son succès, c’est d’avoir réussi d’une manière tellement saine avec son plaisir contagieux. Oui, le hockey est une grosse business, mais il jouait », a ciblé Talbot en voulant que les jeunes s’inspirent de son approche.
Justement, Fleury n’avait que 7 ans quand il a entamé une merveilleuse association avec Stéphane Ménard, un fascinant entraîneur des gardiens.
Cet été, c’était la première fois en 33 ans que Ménard ne préparait pas Fleury en vue de sa prochaine saison.
« C’est dur pour moi, je ne veux pas tomber émotif, mais c’est un athlète que j’ai comme élevé, il y a un peu de moi en lui. Je l’ai amené ailleurs dans sa tête et il a fait la même chose pour moi. Je crois qu’on a livré la marchandise et on a toujours eu le sourire dans la face », a réagi Ménard qui a insisté pour travailler très fort dans le plaisir.
La veille, Vincent nous avait fourni une réponse qui confirmait le tout.
« Je n’ai pas vu beaucoup de joueurs – incluant les attaquants et les défenseurs - dans ma trentaine d’années dans le coaching qui travaillent plus fort que lui », a vanté Vincent.
« Marc-André est l’ultime coéquipier, c’est extraordinaire. J’en ai rencontré des bonnes personnes dans ma vie, mais Marc est dans le top-3. La personne humble qu’on voit, il était pareil à 16 ans », a-t-il ajouté.
Celui qui dirige désormais le Rocket de Laval avait un exemple révélateur. Au printemps 2018, les Golden Knights de Vegas ont atteint la finale de la Coupe Stanley en éliminant les Jets de Winnipeg. Vincent oeuvrait alors pour le club-école des Jets, le Moose du Manitoba.
« Pendant que son équipe célébrait d’aller en finale, il m’a écrit pour me dire “Désolé, c’était toute une bataille”. Il est ce genre de personne et il est comme ça avec tout le monde. »
On pourrait ajouter qu’il prend encore plus soin de la relève. D’après Talbot, Fleury a signé bien plus d’autographes qu’il a stoppé de rondelles. « Il a sûrement le record au monde des jeunes qu’il a touchés ou inspirés en passant du temps avec eux. C’est extraordinaire. »
De façon encore plus concrète, Fleury a tenu à s’entraîner avec Gabriel D’Aigle, un gardien québécois repêché par les Penguins en troisième ronde en 2025.
« C’est important pour Marc-André et c’est tout à son honneur. Mon deuil (de Marc-André) va se faire grâce à Gabriel », a exposé Ménard.
La carrière de Fleury n’a pas été parfaite du début à la fin et c’est probablement la beauté de l’histoire. Le Québécois a subi des coups durs, notamment chez les Penguins et les Golden Knights, mais il a démontré la résilience et le positivisme pour se relever plus vite qu’il le fait sur la patinoire.
Ménard, ses amis et ses proches ont toujours tenu à le supporter à leur tour.
« Quand tu parles avec Marc-André, il est contagieux, il dégage quelque chose. Il était dans le parking et on sentait qu’il entrait dans l’aréna. Pourtant, ce n’est pas lui qui parle le plus », a exposé Ménard.
Voilà, Fleury a cette aura spéciale dont on s’ennuiera.
« Oui, on va s’ennuyer, Marc-André c’est l’un des plus gardiens, l’un des plus grands joueurs de hockey », a lancé Talbot avec amour.
« Il y a des joueurs qui marquent la game, le hockey, ils sont uniques. Ce sont des unicorns. Son influence sur les jeunes gardiens de but, sur ses entraîneurs, sur ses coéquipiers… Marc-André est un unicorn, il n’y a personne comme lui. On va s’ennuyer », a conclu Vincent avec un sentiment partagé.





