BUFFALO – Il y a un bout de temps que Cole Reschny n'a pas joué une partie de Bunnock.
De quoi?
De Bunnock. Ce jeu, s'apparentant aux fers, est une grosse affaire à Macklin, petite localité rurale de la Saskatchewan dont Reschny est l'un des 1247 habitants*.
Le principe est fort simple. Deux équipes composées de huit à dix joueurs érigent à 10 mètres de distance et de façon parallèle une rangée de 22 os de chevilles de chevaux. La première à faire tomber la ligne adverse en y lançant le moins d'os l'emporte.
Macklin se veut la capitale planétaire de ce passe-temps que vous ne connaissiez sans doute pas avant de lire ces lignes.
Tellement, qu'à l'entrée de cette ville située tout près de la frontière avec l'Alberta trône une réplique d'os de cheville de cheval haute de 35 pieds hébergeant un centre touristique où on peut tout apprendre de ce loisir imaginé par des militaires russes au début des années 1800.

Un arrêt obligatoire pour tous ceux qui chaque année convergent vers Macklin pour la tenue du Championnat du monde de la discipline.
Un Mondial de Bunnock, oui, ça existe.
« La population de la ville double, voire triple durant cette fin de semaine », témoignait récemment Reschny à Buffalo, où il avait été convié pour le Camp d'évaluation des meilleurs espoirs de la LNH en vue du prochain repêchage.
« C'est très cool de voir autant de monde dans une aussi petite ville. »
Reschny, bien sûr, a déjà pris part à l'événement à plusieurs reprises. Mais sa dernière participation remonte à il y a déjà quatre ans.
« Mes étés sont pas mal occupés », faisaient-ils remarquer. On ne devient pas l'un des meilleurs espoirs de sa cohorte en passant ses vacances à la maison à lancer un os de cheval. En effet.
Encore plus quand on provient d'un coin aussi reculé. Des sacrifices, l'attaquant a dû en faire pour se hisser au 27e rang du classement des meilleurs espoirs à patiner en Amérique du Nord selon la Centrale de recrutement de la LNH.
À commencer par celui de quitter la maison au début de l'adolescence pour partir à la conquête d'un rêve.
« Il faut trouver une façon de se débrouiller quand on n'a pas les ressources que les autres enfants ont. Vivant un peu au milieu de nulle part, on n'a pas le choix de voyager. »
C'est ainsi que Reschny s'est joint au programme du Northern Alberta Xtreme, une école préparatoire de la province voisine.
« Je n'avais que 13 ans, mais je pense que ça m'a permis de gagner en maturité et aidé à devenir le jeune homme que je suis aujourd'hui. [...] J'ai grandi en voulant jouer au hockey et devenir le meilleur joueur possible pour prouver que de petites villes peuvent produire d'excellents joueurs. »
Choix de première ronde des Royals de Victoria, le troisième au total du repêchage de 2022 de la Ligue junior de l'Ouest (WHL), Reschny a amassé près d'un point par match à sa première campagne dans le circuit en 2023-2024 (21 buts et 59 points en 61 rencontres.
Membre de l'équipe canadienne championne de la Coupe Hlinka Gretzky l'été dernier, le fabricant de jeu a ensuite bouclé le calendrier régulier de la WHL avec une récolte de 26 buts et 66 passes en 62 sorties avant de transporter les Royals sur son dos en séries.
Au moment de l'élimination de son équipe au deuxième tour, l'athlète de 5 pi 11 et 183 lb roulait à un rythme de plus de deux points par matchs avec 9 buts et 16 mentions d'aide amassées en 11 rencontres.
« Après le Match des meilleurs espoirs [de la LCH] et la pause de Noël, je me suis mis à jouer de mieux en mieux sans jamais regarder derrière. Les bonds m'étaient favorables, la rondelle rentrait et j'étais de plus en plus en confiance », a-t-il observé.
« J'ai prouvé que je pouvais jouer au plus haut niveau et être un joueur d'impact. Je pense m'être placé en bonne position [pour le repêchage]. »
Un positionnement favorable qu'il n'a fait que renforcer aux yeux des recruteurs au dernier Mondial U18, où en plus de faire sa part avec 5 buts et 3 passes en huit matchs, il a exercé un rôle de leader au sein de la sélection canadienne championne.
« C'est un des meilleurs leaders vocaux que j'ai vus depuis longtemps », révèle le Québécois Mathieu Turcotte, l'entraîneur adjoint qui veillait sur les attaquants canadiens durant le tournoi présenté au début mai à Frisco au Texas.
« Les jeunes de la nouvelle génération ne parlent plus beaucoup. Ils ont parfois peur de dire les vraies affaires à leurs coéquipiers. Mais Reschny, s'il y a de quoi, il va te le dire dans ta face », a développé Turcotte, traçant un parallèle avec l'espoir du Canadien de Montréal Xavier Simoneau, qu'il a côtoyé chez les Voltigeurs de Drummondville.
« Il ne s'en fait plus beaucoup des comme lui. »
Si bien que s'il a une remarque constructive à formuler envers un entraîneur, disons pour secouer un jeu de puissance léthargique, Reschny ne se gênera pas non plus, a pu constater Turcotte.
« Contre la Slovaquie en demi-finale, ça allait moins bien après deux périodes. On était 0 en 3. Il est venu cogner à mon bureau et m'a demandé : "Qu'est-ce que je peux faire pour améliorer le powerplay? Aimerais-tu que je change de place?". J'avais l'impression de discuter avec un gars de 25-30 ans qui m'expliquait comment il voyait ça », a récemment raconté Turcotte au RDS.ca.
« J'ai mis ça entre ses mains. Je lui ai dit que c'était une bonne idée et qu'on allait y aller avec ça. La première shot qu'il a pris, elle est rentrée. »
Reschny n'est donc pas qu'un leader vocal. Ses aptitudes offensives font de lui un choix de premier tour potentiel selon la grande majorité des experts. Notre réputé confrère de TSN Bob McKenzie le voit comme le 29e meilleur espoir dans son plus récent classement, alors que son collègue Craig Button le place aussi haut qu'au 13e échelon.
L'équipe de dépisteurs du site Elite Prospects, qui le classe 25e, décrit quant à elle Reschny comme « l'un des meilleurs fabricants de jeu de la cuvée ».
Rencontré par 26 équipes au cours de se semaine passée à Buffalo pour le « Combine », Reschny n'a pas été invité par l'état-major du Canadien, détenteur des 16e et 17e sélections. L'organisation montréalaise a toutefois été la première à rencontrer Reschny en personne en début de campagne.
Écran de fumée?
Le Tricolore n'est-il pas à la recherche de candidats au poste de centre pour compléter un jour Ivan Demidov? Quoi de mieux qu'une partie de Bunnock, invention russe, pour développer des affinités...
*Données du recensement canadien de 2021.





