MONTRÉAL – « Wow! Ce serait une belle affaire de travailler dans la même ligue qu’elle. » Le souhait de Pascal Rhéaume s’est concrétisé alors qu’il a été embauché pour diriger les Sceptres de Toronto tandis que sa sœur, Manon, est devenue directrice générale de la nouvelle équipe de la LPHF à Detroit.
Au fil des ans, malgré la distance reliée à leurs différents mandats, Pascal et Manon ont conservé l’habitude de se parler presque tous les jours.
« Déjà, on se parlait de hockey quand on s’appelait. Mais là, on va pouvoir se parler de comment ça se passe dans la LPHF », a noté, avec bonheur, Pascal Rhéaume en entrevue avec le RDS.ca.
L’embauche de Rhéaume à Toronto a suscité des réactions partagées. Certains ont salué le geste de la DG Gina Kingsbury qui s’est tournée vers une nouvelle voix et une nouvelle perspective, mais d’autres ont déploré l’inexpérience de Rhéaume au hockey féminin.
À 52 ans, Rhéaume n’a rien perdu de sa franchise et son humilité.
« C’est sûr que j’ai beaucoup de devoirs à faire parce que je tombe dans un autre monde », a avoué Rhéaume qui a dirigé dans la Ligue américaine de hockey, l’ECHL, la LHJMQ et la LHJAAAQ.
« ll ne faut pas se le cacher, il y a des joueuses que je me disais ‘Ah oui, c’est une Olympienne’. Il faut que je le sache. C’est un beau défi que je voulais relever », a ajouté celui qui dirigera notamment Renata Fast et Natalie Spooner.
Évidemment, Rhéaume pourra se tourner vers sa sœur pour parfaire ses connaissances de la LPHF, mais ils n’ont pas tardé à tracer une limite à ne pas franchir pour les informations plus stratégiques.
« Oui, le but demeure de s’entraider quand tu arrives dans un nouveau milieu. Mais j’ai été clair avec Gina : Manon travaille pour Detroit et moi pour Toronto. Elles (avec leur poste de directrice générale) vont se parler régulièrement et il y a des choses que je ne veux même pas savoir », a décrit Rhéaume.
Ironiquement, les règles du processus d’expansion ont permis à Manon Rhéaume de ravir deux joueuses (Jesse Compher et Daryl Watts) à l’équipe de son frère.
« On en aurait un peu moins parlé publiquement si Vegas avait pris nos joueuses, mais c’était sa job de le faire pour avoir un gros club », a commenté celui qui a disputé 17 saisons professionnelles.
Rhéaume pourra également se tourner vers ses deux filles, Alexane et Logane, qui étaient emballées que leur père fasse le saut vers le hockey féminin.
« Elles ont chacune joué au niveau universitaire. Elles me disaient ‘Tu vas coacher telle fille et telle fille’ et j’ai répondu ‘Ah oui, elles sont bonnes?’ J’aurais aimé être leur entraîneur quand elles étaient plus jeunes, mais j’ai seulement eu la chance de le faire dans des tournois estivaux », a raconté Rhéaume qui est grand-papa pour une première fois.
Il ne faudrait pas oublier sa femme qui « écoute le hockey plus que moi durant les séries » et son fils Nick qui a évolué dans l’ECHL en 2025-2026.
Un milieu critique, mais d’abord du plaisir et du travail
La saison dernière, les Sceptres ont raté les séries d’une petite place au classement. Cependant, l’ajout de quatre équipes d’expansion a dépouillé la formation torontoise ce qui accentue le défi pour Rhéaume.
Même l’entraîneur, Troy Ryan, a opté de quitter pour écrire le premier chapitre de l’équipe de San Jose.
Rhéaume n’a pas l’intention de tout changer, mais il a commencé à déployer son identité.
« Je veux deux choses : quand on arrive à l’aréna, on a du fun et quand on met le pied sur la glace, c’est business. Après ça, vous ferez vos TikTok ou vos publications et on s’amusera. Mon but, c’est que les filles viennent à l’aréna et se disent ‘Wow, c’est trippant. La porte du coach est toujours ouverte, il nous parle beaucoup et il est tout le temps positif. Je n’ai jamais été un coach criard », a décrit Rhéaume qui aimait l’approche accueillante de son premier entraîneur Robbie Ftorek qui prenait son café avec les joueurs.
Au niveau tactique, les Sceptres ont terminé la saison 2025-2026 au dernier rang pour les buts marqués. Il va de soi que Rhéaume s’attardera à cet enjeu, mais tout en s’ajustant aux ressources qui seront à sa disposition.
Rhéaume insistera sur plusieurs détails à bien maîtriser incluant les mises au jeu et le travail défensif. L’enseignement sera au cœur de ses priorités pour favoriser le dévouement de ses athlètes.
En attendant de connaître l’identité de celles qui vont se greffer à son groupe, Rhéaume a analysé le jeu des joueuses demeurant dans l’uniforme bleu et jaune.
« Une de nos joueuses (Emma Gentry) est l’une des plus grandes et plus costaudes de la ligue. Je crois que je serai capable de l’aider à mieux utiliser son physique. Pour Renata (Fast), c’est une fille qui patine super bien. Elle aime appuyer l’attaque et j’ai remarqué des choses à lui montrer », a noté Rhéaume qui a remporté la coupe Stanley et la coupe Calder (Ligue américaine de hockey).
Rhéaume a hâte de partager son expérience avec son ouverture d’esprit habituelle et il sait très bien que le marché de Toronto sera très critique.
Ça tombe bien parce qu’il veut remporter plusieurs des 30 matchs de la saison régulière et il ne voudra surtout pas échapper ceux contre la Victoire de Montréal et Detroit.
« C’est sûr que ces matchs peuvent être encore un peu plus excitants. Ce sera comme quand j’allais jouer à Montréal contre les Canadiens. L’après-midi, je n’étais pas capable de dormir parce que je savais que tous mes proches allaient me regarder à télévision ou viendraient au match », s’est-il rappelé.
Parlant de la LNH, c’est l’appel qui le ferait renoncer à son poste à Toronto car il a l’intention de s’implanter dans la LPHF.
« Je ne suis pas loin de la maison et je vais diriger le meilleur calibre féminin. Ce qui serait mieux, ce serait la LNH. Mais présentement, je suis concentré sur ce projet et j’aimerais rester quelques années », a conclu Rhéaume.



